1500 entreprises, 93 institutions de recherche, 92 % des essais cliniques actifs d’Espagne : la Catalogne s’est hissée, presque en silence, au rang de puissance mondiale de la biotechnologie. Le lancement du CaixaResearch Institute n’est que la partie visible d’un secteur qui pèse déjà 8 % du PIB régional.
Il y a une vingtaine d’années, Barcelone ne figurait sur aucune carte des grands hubs biomédicaux mondiaux. Aujourd’hui, elle rivalise avec Boston, Cambridge ou Bâle. Ce basculement ne doit rien au hasard : il est le fruit d’une stratégie patiente, construite par des institutions publiques, des fondations privées et des chercheurs qui ont choisi de rester, ou de venir. La Catalogne a trouvé son pétrole et il ne sort pas du sol mais des laboratoires.
Barcelone, capitale européenne des sciences de la santé
Biocat est la fondation public-privée créée en 2006 pour structurer et promouvoir l’écosystème d’innovation en santé catalan. Son directeur général, Robert Fabregat, résume l’avantage compétitif de la région : « Barcelone et la Catalogne combinent ce qui est difficile à reproduire ailleurs : excellence scientifique, hôpitaux universitaires de premier niveau, talent, infrastructures et une culture de collaboration public-privé très consolidée. À cela s’ajoutent des fonds d’investissement spécialisés, essentiels pour transformer la connaissance en projets capables de croître à l’international. »
Ce qui distingue le modèle catalan, insiste-t-il, c’est le rôle actif des hôpitaux : « En Catalogne, les hôpitaux et centres de recherche ne sont pas seulement des récepteurs d’innovation, mais aussi des générateurs directs de nouvelles solutions pour les patients. Ils concentrent connaissance clinique, capacité scientifique et accès direct aux besoins réels qui apparaissent en consultation, au bloc opératoire ou dans les services de diagnostic. » Des institutions comme le VHIO, IrsiCaixa ou le tout nouveau CaixaResearch Institute, dédié à l’immunologie et adossé à un réseau de sept centres spécialisés, en sont l’illustration directe.
| Les centres de recherche catalans | Spécialité | Statut |
|---|---|---|
| CaixaResearch Institute | Immunologie | Nouveau (2026) |
| IrsiCaixa | VIH / maladies infectieuses | Actif |
| ISGlobal | Santé mondiale et tropicale | Actif |
| VHIO | Oncologie | Actif |
| Barcelonaβeta Brain Research Center | Alzheimer | Actif |
| Institut de Recerca Sant Joan de Déu | Pédiatrie | Actif |
| Gulbenkian Institute for Molecular Medicine | Biomédecine fondamentale | Portugal |
Ces sept centres partagent un conseil scientifique commun et un budget global annuel de plus de 200 millions d’euros. Ils ont intégré plus de 5 700 patients dans des essais cliniques en 2025. Tous sont liés à la Fundación La Caixa.
Un géant aux pieds d’argile
Les chiffres confirment la puissance du modèle. Selon le rapport BioRegión 2025 de Biocat, la Catalogne compte 93 institutions de recherche et 1 500 entreprises dédiées aux sciences de la santé, pour un impact de 8 % sur le PIB régional et 7 % de l’emploi. La région concentre 92 % des essais cliniques actifs de toute l’Espagne. À l’échelle nationale, le secteur biotech représente 13 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 131 000 emplois.
Pourtant, Fabregat ne cache pas le principal point de friction : « Nous avons une science de premier niveau et un réseau hospitalier très puissant. Le défi est maintenant de mieux transformer cette connaissance en propriété intellectuelle, en entreprises, en produits et en solutions qui arrivent au marché et au système de santé. » Passer du laboratoire à l’industrie reste, ici comme ailleurs en Europe, le maillon le plus fragile de la chaîne.
Vingt ans de construction, une décennie pour convaincre
Vingt ans après la création de Biocat, l’ambition a changé d’échelle. Le défi, selon Fabregat, « n’est plus seulement de croître, mais de scaler » : renforcer le transfert technologique, faciliter l’adoption de l’innovation dans le système de santé, attirer et retenir les talents et les investissements internationaux, développer des capacités industrielles dans des domaines stratégiques comme les thérapies avancées et l’IA appliquée à la santé.
La Catalogne a prouvé qu’elle savait construire un écosystème scientifique de premier rang. La prochaine étape, transformer durablement cette science en industrie, en emplois, en solutions pour les patients, sera le vrai test de maturité d’un modèle que le reste de l’Europe observe avec attention.




