L’extrême droite au centre du jeu politique espagnol

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La victoire de la droite dans les différentes régions espagnoles n’assure pas aux conservateurs l’accès au pouvoir en Espagne. Explications. 

Depuis six mois, la droite locale sortante déclenche des élections régionales pour démontrer une chose : le Parti socialiste perd tous les scrutins. Le but de la manœuvre est d’étrangler un peu plus le Premier ministre socialiste. Sans majorité parlementaire, sans capacité à faire voter les budgets de l’Espagne, cerné par les affaires de corruption, loser de toutes les élections régionales, du point de vue de la droite, il n’y a qu’une solution : la démission Pedro Sánchez, la dissolution du Parlement et des élections anticipées.

Un scénario qui n’aura pas lieu. Accroché comme une moule politique à son rocher du pouvoir, Sánchez ne partira pas. Après avoir résisté à toutes les tempêtes, le Premier ministre restera aux affaires jusqu’à la dernière seconde. Les élections, selon le calendrier électoral, auront lieu en 2027.

Le Partido Popular (PP) gagne quasiment tous les scrutins régionaux depuis plusieurs mois, mais c’est une victoire à la Pyrrhus. En Estrémadure, en Aragon, en Castille-et-León et, plus récemment ce week-end, en Andalousie, les soirées électorales se suivent et se ressemblent : fiasco des socialistes, droite en tête, mais pas suffisamment forte pour diriger les régions sans l’aide de Vox, l’équivalent espagnol du Rassemblement national. Et pour offrir son soutien, les radicaux mettent sur la table des négociations l’outil de la préférence nationale. C’est-à-dire réserver les aides sociales et les logements publics aux nationaux avant les étrangers. Une demande qui se heurte à la Constitution et à son principe d’égalité entre les citoyens. Mais qu’importe : Vox veut surtout envoyer un message symbolique à ses électeurs. La vraie droite, c’est nous ; le PP, c’est la « droite socialiste » pour reprendre une punchline de Vox.

Le mittérandisme à la sauce espagnole

Un schéma qui risque de se reproduire à l’échelle nationale lors des fameuses législatives. Même si Sánchez, qui a déjà annoncé sa candidature, se prend un gadin politique, la droite devra fricoter avec les extrêmes pour prendre le pouvoir. Un scénario qui met mal à l’aise Alberto Feijóo, l’actuel leader du PP, issu de la frange modérée du parti.

Pedro Sánchez se rêve déjà en Mitterrand moderne. Le socialiste français avait tout fait pour que le FN de Jean-Marie Le Pen occupe l’espace politique et médiatique afin de gêner au maximum la droite républicaine de l’époque, avant d’imposer le fameux cordon sanitaire pour que les manettes du pouvoir restent figées à gauche.

Avec ses prises de position sur la Palestine et la régularisation massive de 500 000 personnes sans papiers, le Premier ministre ratisse, certes largement, sur sa gauche. Mais simultanément, il hérisse les électeurs les plus conservateurs et fait monter Vox. Une théorie confirmée par les résultats des urnes. Dans toutes les régions précitées, la droite nationaliste a fortement progressé, allant jusqu’à doubler son nombre de conseillers régionaux en Estrémadure.

Alberto Feijóo n’est pas encore Premier ministre. Sánchez et Vox sont en embuscade.

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Image de Nico Salvado

Nico Salvado

Cofondateur et directeur d’Equinox, Nico Salvado est journaliste spécialisé en politique et économie. Passé par Radio France et NRJ, il est aujourd’hui correspondant pour Europe 1 en Espagne, où il décrypte l’actualité nationale et les enjeux économiques du pays.
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Nico Salvado

Cofondateur et directeur d’Equinox, Nico Salvado est journaliste spécialisé en politique et économie. Passé par Radio France et NRJ, il est aujourd’hui correspondant pour Europe 1 en Espagne, où il décrypte l’actualité nationale et les enjeux économiques du pays.
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