Tribune libre de Guillaume Rostand, président de la French Tech Barcelona, à l’occasion des 15 ans d’Equinox.

Je suis arrivé à Barcelone à peu près quand Equinox est né. Pure coïncidence. Comme tous les hasards qui finissent par ressembler à des rendez-vous.

On débarque dans une ville avec deux valises et un vocabulaire de survie, et l’on découvre un soir, à l’écran, un magazine en français.

C’est idiot, mais on respire.

Car Equinox, d’abord, c’est l’endroit où l’on se rassure. La preuve, post après post, qu’on n’est pas seul : il y a d’autres Français à Barcelone, beaucoup, beaucoup.

Combien ? Assez pour faire un magazine qui leur soit dédié, pas assez pour qu’on s’avoue tout à fait acclimaté. Disons que nous nous sommes installés ; l’acclimatation, elle, attendra. Ou bien elle a déjà eu lieu sans qu’on s’en aperçoive, ce qui serait plus troublant encore.

Et ces Français, on découvre qu’ils nous ressemblent jusque dans leurs perplexités. Nous voulons tous les mêmes choses, au même moment : une bonne adresse récente, un coin d’arrière-pays catalan dont on jurera à la famille restée en France qu’il est sublime (il l’est), un rapide coup d’œil à l’actualité espagnole dont il faut avouer qu’on la suit d’assez loin, et le fin mot de l’affaire du caganer, ce petit bonhomme accroupi que la Catalogne glisse dans ses crèches avec un sérieux désarmant.

On ouvre Equinox comme on appelle un cousin : pour vérifier qu’on pense bien comme la famille.

Equinox, ensuite, est le miroir assez fidèle de la petite société que nous formons ici ; et dans laquelle, par accident, je suis devenu une manière de notable. On y croise des noms connus. On y apprend l’ouverture d’une nouvelle boulangerie française ; il faudra bientôt une carte interactive des boulangeries françaises, sur le modèle de ces comparateurs du prix du litre d’essence. On y salue un nouveau cabinet d’ostéopathie : il y a désormais, à Barcelone, plus d’ostéopathes français que de vertèbres dans un diplodocus. Voilà à quoi se reconnaît une colonie heureuse : à ses baguettes et à ses vertèbres.

Equinox a beau être un magazine structuré, il finit tout de même par nous ressembler. Car ses colonnes laissent voisiner le grave et le presque anecdotique : une vraie interrogation de société (la crise du logement, la hausse des taxes), puis, trois lignes plus bas, une curiosité à la limite de la futilité (le dernier brunch à la mode, le récit d’une journée d’un wedding planner).

C’est exactement la composition de nos journées ici : une mauvaise nouvelle le matin, une terrasse le soir, et l’on s’en veut à peine.

On fait défiler l’écran et l’on reconnaît une rue traversée la veille, un visage croisé l’avant-veille. C’est à cela qu’on mesure qu’on est chez soi : le jour où le journal local cesse de parler d’inconnus.

Au fond, l’exil n’est plus ce qu’il était. On ne quitte plus la France : on l’emporte, en version réduite, illustrée et de bonne compagnie.

Alors merci. Merci Aurélie, merci Nicolas, merci à toute l’équipe de tenir, article après article, ce miroir devant nos existences un peu flottantes. Nous y sommes, ma foi, plutôt à notre avantage. Joyeux anniversaire, Equinox ; et longue vie : il nous reste tant de boulangeries françaises à inaugurer.

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Guillaume Rostand

Président de la French Tech Barcelone et CMO de Liligo.com
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