Supprimés en 2021, les péages pourraient faire leur retour sur l’autoroute France Espagne et sur les principales routes de Catalogne. Mais les anciennes barrières ne devraient pas être réinstallées. Le gouvernement étudie plusieurs systèmes de paiement automatisé, inspirés notamment du Portugal.
Cinq ans après la disparition des péages sur une grande partie du réseau autoroutier catalan, leur retour n’est plus un sujet tabou. Face aux embouteillages, aux accidents et à la dégradation de l’autouroute France Espagne, l’AP-7, le gouvernement catalan envisage désormais de faire à nouveau payer les automobilistes sur les routes les plus fréquentées.
Le président du gouvernement catalan, Salvador Illa, a lui-même reconnu que la suppression généralisée des péages avait peut-être été une erreur. Le secrétaire gouvernemental à la Mobilité, Manel Nadal, estime que la mesure ne concernerait pas uniquement l’AP-7, mais aussi l’autoroute l’AP-2, les routes menant vers les Pyrénées, comme la C-16, la C-14 et la C-12, ainsi que l’Eix Transversal, la C-25.
Pourquoi la Catalogne veut remettre des péages
Depuis la levée des barrières, le 1er septembre 2021, le trafic a fortement progressé sur les anciennes autoroutes payantes. L’AP-7 concentre notamment une part importante du transport routier entre l’Espagne et la France.
Environ 15.000 poids lourds franchissent quotidiennement la frontière française par cette autoroute. Dans le Vallès, jusqu’à 35.000 camions emprunteraient chaque jour certains tronçons. La circulation est particulièrement difficile autour de la frontière, dans la grande couronne de Barcelone et dans le sud de la Catalogne, où l’autoroute ne compte parfois que deux voies.
Selon Manel Nadal, les anciens péages permettaient de mieux répartir les camions entre les différentes routes. Leur suppression aurait encouragé une grande partie des poids lourds à se concentrer sur l’AP-7, désormais gratuite.
Le gouvernement catalan défend également la nécessité de trouver une source de financement stable pour entretenir les routes. La ministre catalane au Territoire, Sílvia Paneque, considère que l’AP-7 a atteint « la limite de sa capacité », mais exclut un retour au modèle traditionnel, dans lequel une entreprise concessionnaire gérait directement les barrières et encaissait les paiements.
Des péages sans barrières inspirés du Portugal
L’option privilégiée serait celle d’un péage entièrement automatisé, similaire au système déjà utilisé au Portugal. Des portiques installés au-dessus de l’autoroute enregistreraient la plaque d’immatriculation du véhicule lors de son passage. Des caméras haute définition, des capteurs et éventuellement un boîtier électronique permettraient de calculer la distance parcourue. L’automobiliste recevrait ensuite la facture ou serait prélevé automatiquement.
Ce système, souvent appelé « free flow », présente l’avantage de ne pas interrompre la circulation. Les conducteurs n’auraient donc pas à s’arrêter devant une cabine ni à ralentir pour franchir une barrière.
Le montant pourrait varier selon plusieurs critères : la distance parcourue, le type de véhicule, ses émissions polluantes, le niveau de fréquentation de la route ou encore l’heure du trajet. Les véhicules les plus polluants et les poids lourds pourraient ainsi payer davantage.
La vignette annuelle également envisagée
Une autre possibilité serait d’introduire une vignette, sur le modèle suisse. Chaque automobiliste paierait un montant fixe pour pouvoir circuler pendant une année sur les routes concernées.
Ce système serait plus simple à gérer, mais également moins équitable. Un conducteur utilisant l’autoroute quotidiennement paierait la même somme qu’une personne ne l’empruntant que quelques fois par an.
Le gouvernement considère surtout cette option comme provisoire. La réglementation européenne doit progressivement privilégier les systèmes fondés sur l’utilisation réelle de la route et les émissions des véhicules. Le modèle de la vignette forfaitaire pourrait donc ne plus être autorisé sous sa forme actuelle après 2032.
Un système uniquement catalan difficile à appliquer
Le principal obstacle reste politique. La Generalitat ne souhaite pas que la Catalogne soit la seule région espagnole à réintroduire des péages. Pour Manel Nadal, il serait difficilement compréhensible que les camions circulent gratuitement dans le reste de l’Espagne avant de devoir payer dès leur entrée en Catalogne. Le gouvernement catalan réclame donc un système commun et homogène à l’échelle nationale.
Cette question rappelle également l’ancien sentiment d’injustice exprimé par de nombreux Catalans, qui ont payé pendant plusieurs décennies pour utiliser des autoroutes gratuites dans une grande partie du reste de l’Espagne. Les associations du transport routier s’opposent, de leur côté, à ce que les usagers financent seuls le mauvais état des infrastructures. Elles réclament avant tout un programme continu d’investissements publics pour l’entretien du réseau.
Aucune décision définitive n’a encore été prise. Mais le débat est désormais clairement ouvert : les autoroutes catalanes pourraient redevenir payantes d’ici deux ou trois ans, sans cabines ni barrières, mais avec des caméras capables d’identifier chaque véhicule.




