À Barcelone, l’été ne se contente pas d’arriver : il débarque en fanfare, avec sa cohorte de jeunes gens prêts à conquérir le monde méditerranéen pour la modique somme de 6,50 euros de l’heure.
Dès le coup d’envoi de la saison touristique, les offres d’emplois corrélatives fleurissent avec une régularité aussi mathématique que le retour des stories Instagram proposant une « chambre lumineuse dans le Born, 250 euros du 20 au 22 août » .
Du promoteur de soirée au ramasseur de balles de golf, en passant par la mascotte de parc d’attraction ou la statue vivante, plongeon dans le monde cruel des jobs d’été. Un monde où l’on est parfois payé en cocktails ou en devise étrangère, et où l’on trime sous 40 degrés alors que tout le reste de la planète est officiellement en vacances.
Promoteur de soirée
Cet apôtre de la nuit arpente la Rambla ou les abords des clubs du Passeig Maritim, une liasse de prospectus moites à la main. Il a une seule mission. Officiellement : vous faire passer une nuit inoubliable. Officieusement : rejoindre sa liste d’invités. Sans que vous n’ayez eu le temps de dire “ouf” vous vous retrouvez soudain très seuls avec un lien d’invitation pour une soirée au Shoko. Les 10 dernières minutes vous apparaissent alors comme un rêve fiévreux.
Vous ne sauriez vous expliquer pourquoi vous l’avez suivi sur Instagram ni pourquoi vous venez d’encaisser une promotion pour deux shots gratuits en achetant un billet pour une soirée erasmus. Ce n’est sûrement pas étranger au fait que ce professionnel de la tchatche n’ait pas lâché votre regard une seule fois depuis qu’il vous a demandé « ce que vous faisiez ce soir », et que, derrière son speech enthousiaste, vous avez surpris une lueur de désespoir au fond de ses yeux fatigués.
Pour devenir promoteur, les prérequis sont simples : avoir 18 ans, et vivre à Barcelone depuis au moins deux mois. Il suffit ensuite de remplir un questionnaire sur internet. À la clé, jusqu’à 300 euros par jour (selon les réseaux sociaux) mais plutôt autour de 50 euros la journée. En concurrence avec 150 autres promoteurs qui hurlent « Free entry » ou « Shots à 1 euro », leur quotidien n’est en effet pas si glamour que le laissent penser les promesses de bouteilles de champagne et de carré VIP.

Ramasseur de balle de golf
À la lisière des greens, dans l’ombre des golfettes, le Ball Picker et à l’écuyer ce que le golfeur est au chevalier. Sa routine consiste à se lever aux aurores pour rejoindre l’un des terrains de la Costa Brava, enfiler une casquette à visière bien rigide, et crapahuter dans les buissons de ronces et autres mares vaseuses à la recherche du graal : de petites sphères blanches qui valent autour d’un euro.
Le reste du temps, il attend en plein cagnard qu’un anglo saxon bedonnant, envoie d’un swing, sa balle dans les fossés. Il rentre éreinté chez lui pour laver sa tenue maculée de boue, les jambes pleines de griffures et de piqûres d’insectes. Et le lendemain, rebelote. Dans le train bondé, cet amoureux de la nature qui s’imaginait gambader dans des étendues verdoyantes, se retrouve à élaborer des stratégies pour abolir les classes sociales ; l’image d’un golfeur sirotant un perrier bien frais sous une ombrelle rejouant à l’infini dans sa tête.

Mascotte de parc d’attraction
Woody Woodpecker, Elmo, ou ce personnage improbable dont personne n’a jamais entendu parler mais qui fait le bonheur des enfants de 5 ans… Pour ceux qui aiment faire rire, ont la fibre sociale et aiment les enfants, mascotte à PortAventura sonnait comme le bon plan.
Sauf qu’à 40 degrés à l’ombre, enfiler un costume en feutrine synthétique de 15 kilos, c’est signer pour une expérience thermique que les pompiers qualifieraient de risque majeur.
Dès le mois de juin, chaque selfie parait interminable, chaque câlin une souffrance, impossible de boire de l’eau, impossible de profiter des gouttelettes salvatrices des diffuseurs installés dans le parc. Après être tombé dans les pommes (ce qui arrive plus souvent que l’on ne croit), on se déshabille en silence, le regard vide en se promettant de ne plus jamais remettre les pieds dans un parc d’attraction.

Serveur dans un chiringuito
La perspective de travailler face à la mer tout en maintenant une activité sportive lui paraissait la meilleure manière de concilier sa passion pour le grand air et son activité professionnelle, avec pourboires en prime.
Mais, plateau en équilibre sur une main, slalomant entre les serviettes et les pelles en plastique abandonnées, il commence à regretter son choix.
Entre les Barcelonais qui le questionnent sur les prix, les Français et leurs milles et unes sur les vins, et ce groupe d’Américains qui demandent des glaçons toutes les 30 secondes, il jongle entre 4 langues sans jamais se départir de son sourire. Il finit sa journée avec une haine viscérale des enterrements de vie de garçon, en se disant que finalement, la montée des eaux présente aussi ses avantages.
Et puis il y a le sable. Ce sable qui s’infiltre dans ses chaussures, dans ses cheveux, dans son lit, dans son âme.

Statue vivante sur la Rambla
L’un des métiers les plus anciens de Montmatre et de la Rambla, et certainement le plus incompris : la statue vivante. Ange déchu, extraterrestre, Gaudi ou même ce type en monocycle figé pour l’éternité… Vous les avez sûrement croisés et peut-être même plaint lorsque le soleil tape sur la Rambla. Leur mission : rester parfaitement immobile pendant six heures, couverte de peinture, et donner vie un instant suspendu à leur personnage lorsque résonne une pièce dans leur écueil.
Si ce n’est pas un job saisonnier à proprement parler, (ces artistes de rue paient un permis à l’année auprès de la mairie), l’essentiel de leur chiffre d’affaires, lié au tourisme, se fait principalement l’été.




