Le thermomètre s’affole aussi sous l’eau. En Méditerranée, la température augmente désormais bien plus rapidement que la moyenne mondiale. Une accélération particulièrement visible autour de l’Espagne, avec des conséquences qui pourraient se faire sentir jusque sur la terre ferme.
Jusqu’à six degrés de plus que la normale. C’est l’anomalie spectaculaire enregistrée par endroits en Méditerranée au mois de juin dernier. Et derrière ces températures exceptionnelles se dessine un phénomène plus profond : la mer qui borde une grande partie de l’Espagne est en train de se réchauffer à une vitesse particulièrement élevée.
Selon un rapport international relayé par la chaîne catalane 3Cat, les régions méditerranéennes connaissent un réchauffement nettement supérieur à celui observé à l’échelle de la planète.
Claire Bergin, chercheuse à l’université de Maynooth, en Irlande, estime que le réchauffement atteint environ +2,9 °C en Méditerranée orientale et +3,4 °C dans sa partie occidentale par rapport aux conditions préindustrielles. Cela représente plus du double du réchauffement global de la planète et plus du triple de celui des océans dans leur ensemble. Une situation qui place donc directement les côtes espagnoles et catalanes parmi les zones particulièrement exposées.
Une Méditerranée de plus en plus chaude
Les records s’enchaînent depuis le début de l’été. Fin juin, les données du programme européen Copernicus montraient des anomalies atteignant environ 6 °C dans certaines parties de la Méditerranée occidentale, notamment dans le golfe du Lion. L’Agence spatiale européenne a même relevé localement des écarts pouvant atteindre 8 °C sur ses cartes par rapport à la moyenne 1991-2020.
Plus largement, la première moitié de 2026 a été exceptionnellement chaude. Entre janvier et juin, la température moyenne de surface de la Méditerranée a atteint 18,07 °C, faisant de cette période la troisième plus chaude jamais observée. Près de 98 % du bassin méditerranéen a par ailleurs connu au moins un épisode de vague de chaleur marine au cours de cette période.
Et le phénomène ne s’est pas arrêté avec le mois de juin. Cet été, des températures spectaculaires ont encore été observées dans les eaux espagnoles, avec notamment 33,02 °C enregistrés par une bouée aux Baléares début août.
Des nuits plus difficiles sur les côtes
Ce réchauffement n’est pas uniquement une mauvaise nouvelle pour les poissons. Ses conséquences se font également sentir sur terre. Une Méditerranée anormalement chaude restitue davantage de chaleur et d’humidité à l’atmosphère. Dans les villes côtières comme Barcelone, cela peut notamment contribuer à maintenir des températures nocturnes particulièrement élevées et à rendre les nuits estivales plus difficiles à supporter.
Mais les scientifiques s’inquiètent surtout de l’énergie supplémentaire disponible dans l’atmosphère. Une mer très chaude favorise une forte évaporation et augmente la quantité d’humidité susceptible d’alimenter des épisodes de pluies intenses lorsque les conditions météorologiques sont réunies.
Les chercheurs alertent ainsi sur le risque de tempêtes soudaines, intenses et destructrices. Ils établissent notamment un lien entre les températures exceptionnellement élevées de la Méditerranée occidentale et l’intensité des pluies lors de la DANA meurtrière qui avait frappé la région de Valence en octobre 2024.
Une mer chaude ne provoque donc pas, à elle seule, une DANA. Mais lorsqu’un épisode météorologique favorable aux pluies torrentielles se met en place, toute cette chaleur et cette humidité peuvent contribuer à l’alimenter.
Sous l’eau aussi, les conséquences sont déjà visibles
Le bouleversement est peut-être encore plus spectaculaire sous la surface. Certaines espèces cherchent des eaux plus froides et migrent, tandis que celles adaptées aux températures élevées gagnent du terrain. Ces déplacements finissent par modifier toute la chaîne alimentaire. Des scientifiques ont ainsi observé des dauphins se nourrissant davantage de méduses lorsque leurs proies habituelles, comme le maquereau, deviennent moins disponibles.
Les espèces incapables de se déplacer sont encore plus vulnérables. Coraux, éponges et macroalgues peuvent subir des épisodes de mortalité massive lorsque la température dépasse durablement leur seuil de tolérance. Le problème est que la vitesse actuelle du réchauffement pourrait dépasser la capacité d’adaptation de certains organismes marins.
Et les signaux continuent de s’accumuler. Selon Copernicus, les océans connaissent en 2026 une chaleur persistante et des vagues de chaleur marines particulièrement étendues. Dans cette nouvelle géographie du réchauffement climatique, la Méditerranée apparaît désormais comme l’un des principaux points chauds de la planète.


