Après les fortes pluies et les alertes météo de ces derniers jours, un terme revient régulièrement : l’épisode méditerranéen. Ce phénomène, typique de l’automne sur les côtes de la Méditerranée, peut transformer en quelques heures un ciel menaçant en pluies torrentielles. Et la Catalogne est une zone particuliérement à risque.
À Barcelone, le contraste est déconcertant. Quelques heures de pluie intense peuvent succéder à des journées presque estivales. À la fin du mois de septembre, la température de la Méditerranée atteignait encore 25 °C au large des plages barcelonaises, selon le Servei Meteorològic de Catalunya. Plus au sud, elle atteignait même 26 °C à Torredembarra. Cette mer encore très chaude constitue l’un des éléments qui permettent de comprendre les violents épisodes pluvieux qui touchent régulièrement la Catalogne entre la fin de l’été et l’automne.
Une Méditerranée qui agit comme un immense réservoir d’humidité
Un épisode méditerranéen se produit lorsque de l’air chaud et chargé d’humidité provenant de la mer rencontre une atmosphère beaucoup plus instable. Après plusieurs mois de fortes chaleurs, la Méditerranée reste chaude alors que les premières masses d’air plus froid commencent à atteindre le sud de l’Europe. L’air situé au-dessus de la mer se charge alors en vapeur d’eau. Lorsqu’il est poussé vers les côtes et contraint de monter, il se refroidit, l’humidité se condense et d’importantes quantités d’eau peuvent tomber en très peu de temps. Météo-France définit ces épisodes comme des périodes de très fortes précipitations concentrées entre quelques heures et une journée. Dans les situations les plus complexes, plus de 200 mm peuvent tomber en 24 heures, soit plus de 200 litres d’eau sur chaque mètre carré. La Catalogne est particulièrement bien placée pour connaître ce type de situation. Le Meteocat souligne que la Méditerranée constitue une source permanente d’humidité pour le territoire et que les pluies torrentielles sont caractéristiques de l’automne, notamment dans les zones littorales et prélittorales.
Pourquoi la Catalogne est particulièrement exposée
Cependant, la mer n’explique pas tout. Le relief catalan joue également un rôle important. Lorsqu’un vent humide provenant de la Méditerranée arrive sur la côte, les masses d’air rencontrent rapidement les reliefs situés derrière le littoral. Elles sont alors forcées de s’élever. En prenant de l’altitude, l’air refroidit et la vapeur d’eau se transforme en gouttelettes. Lorsque l’atmosphère est particulièrement instable, de puissants orages peuvent alors se former.
Ce mécanisme explique pourquoi les zones littorales et prélittorales peuvent enregistrer des cumuls considérables. Il peut aussi arriver que les cellules orageuses se reforment continuellement au même endroit. Une commune reçoit alors plusieurs orages successifs alors que quelques kilomètres plus loin, les précipitations restent beaucoup plus limitées.
C’est ce caractère extrêmement localisé qui rend ces phénomènes spectaculaires et parfois difficiles à anticiper avec précision. Les météorologues peuvent identifier plusieurs jours à l’avance une situation favorable aux pluies intenses, mais déterminer exactement quelle commune recevra les plus gros cumuls reste plus compliqué.
Une dépression n’est pas forcément synonyme de pluies torrentielles
En Espagne, un autre terme apparaît presque systématiquement lorsque de fortes pluies sont annoncées : DANA, acronyme de « Depresión Aislada en Niveles Altos », autrement dit une dépression isolée située dans les couches supérieures de l’atmosphère. Mais une DANA et pluies torrentielles ne sont pas synonymes. Ce phénoméne peut favoriser une forte instabilité atmosphérique, mais sa présence ne suffit pas à provoquer des inondations. À l’inverse, de très fortes précipitations méditerranéennes peuvent se produire sans la DANA.
L’Aemet rappelle que les épisodes de pluie intense dépendent d’une combinaison de facteurs : circulation des vents, humidité disponible, température de la Méditerranée, relief et situation atmosphérique en altitude. Autrement dit, une mer à 25 °C ne signifie pas qu’un déluge est imminent. Elle constitue plutôt un énorme réservoir potentiel d’énergie et d’humidité. Encore faut-il que les conditions météorologiques permettent de l’exploiter.
Pourquoi ces pluies sont particulièrement dangereuses en Catalogne
Le problème ne réside pas seulement dans la quantité d’eau qui tombe, mais surtout dans la vitesse à laquelle elle arrive. Des précipitations très importantes concentrées sur trente minutes ou une heure peuvent rapidement saturer les réseaux d’évacuation. Dans les zones urbanisées, une grande partie des sols est imperméabilisée par le béton et l’asphalte. L’eau ruisselle alors très rapidement vers les points les plus bas.
Les conséquences possibles sont alors multiples : rues inondées, routes coupées, garages souterrains envahis par l’eau, crues soudaines ou glissements de terrain. Les épisodes de pluies torrentielles font d’ailleurs partie intégrante de l’histoire climatique catalane. Le Meteocat répertorie de nombreux épisodes majeurs, notamment les inondations monstres de septembre 1962 ou les pluies exceptionnelles de septembre 1971.
Le réchauffement de la Méditerranée peut-il aggraver le phénomène ?
La question est suivie de très près par les climatologues. Les mesures réalisées à l’Estartit, sur la Costa Brava, montrent que la température de surface de la Méditerranée a augmenté d’environ 1,5 °C depuis 1974. Une mer plus chaude peut fournir davantage de vapeur d’eau à l’atmosphère lorsque les conditions sont favorables aux orages.
Il faut cependant rester prudent avant d’établir un lien entre cette hausse des températures et chaque épisode de fortes pluies. Pour la Catalogne, le Servei Meteorològic de Catalunya indique qu’aucune tendance suffisamment nette ne permet pour le moment d’affirmer une intensification générale des précipitations extrêmes à l’échelle quotidienne.
Une chose, en revanche, ne change pas : septembre et octobre constituent traditionnellement une période particulièrement sensible sur le littoral catalan. Après des mois d’été, la Méditerranée est encore chaude au moment précis où l’atmosphère commence à devenir beaucoup plus instable. Une combinaison qui explique pourquoi, en Catalogne, quelques heures peuvent parfois suffire pour passer d’une journée presque estivale à des pluies diluviennes.



