Les clichés autour du travail concernant les Espagnols sont nombreux et encore très présents : le réveil tardif, la pause de 14h à 16h pour la sieste, ou encore une certaine dolce vita. Les Espagnols sont-ils vraiment moins travailleurs que les Français ? Les dernières données européennes dessinent une réalité plus nuancée.
Selon les dernières données d’Eurostat, en 2025, les actifs de 20 à 64 ans ont travaillé en moyenne 36,3 heures par semaine en Espagne, contre 35,6 heures en France, dans leur emploi principal. L’Espagne devance donc légèrement sa voisine, contrairement à l’image d’un pays où l’on travaillerait moins. Les chiffres concernent les heures effectivement travaillées pendant la semaine de référence : ils ne correspondent ni à la durée prévue au contrat ni à la seule durée du travail à temps plein.
À l’échelle annuelle, les données de l’OCDE vont dans le même sens : en 2025, la moyenne s’élevait à 1 633 heures par personne en emploi en Espagne, contre 1 498 en France. Deux indicateurs qui invitent à relativiser le cliché, sans pour autant résumer à eux seuls les conditions de travail dans chaque pays.Deux indicateurs qui invitent à relativiser le cliché. L’OCDE précise toutefois que ses données servent surtout à suivre des évolutions dans le temps et se prêtent mal aux comparaisons directes entre pays.
Un cadre légal différent
En France, la durée légale du travail à temps plein est fixée à 35 heures par semaine (article L3121-27 du Code du travail). Instaurée par les lois Aubry de 1998 et 2000, sous le gouvernement de Lionel Jospin, cette mesure est désormais profondément ancrée dans les mœurs des Français.
Dans la péninsule ibérique, cette durée légale est de 40 heures par semaine. Le gouvernement de Pedro Sánchez, à l’initiative de la ministre du Travail Yolanda Díaz, a tenté de la ramener à 37,5 heures sans baisse de salaire, mais le texte a été rejeté par le Congrès des députés en septembre 2025.
Les heures supplémentaires : une habitude bien française ?
Si la phrase « Travailler plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy est restée gravée dans les mémoires françaises, en bien ou en mal, ce n’est pas anodin. Selon une analyse de Randstad Research fondée sur les données d’Eurostat, fin 2025, 9,7 % des personnes en emploi en France travaillaient habituellement 49 heures ou plus par semaine, contre 6,3 % en Espagne. La France fait ainsi partie des pays de l’UE où ces semaines très longues sont les plus fréquentes, derrière la Grèce et Chypre.
Cet écart doit néanmoins être replacé dans son contexte. L’indicateur inclut les indépendants, chez qui les longues semaines sont bien plus répandues que chez les salariés. Les cadres dirigeants et certains métiers, notamment agricoles, sont aussi surreprésentés. Ce chiffre ne permet donc pas de conclure que les salariés français font davantage d’heures supplémentaires que les Espagnols.
Des congés comparables
Contrairement aux idées reçues, l’écart entre les deux pays est minime en matière de repos. En Espagne, le Statut des travailleurs garantit 30 jours calendaires de congés payés par an, soit environ 22 jours ouvrés, auxquels s’ajoutent 14 jours fériés.
En France, les salariés bénéficient de cinq semaines de congés payés. La cinquième a été instaurée par une ordonnance de janvier 1982, sous la présidence de François Mitterrand. Cela représente 30 jours ouvrables, soit 25 jours ouvrés. S’y ajoutent 11 jours fériés (13 en Alsace-Moselle), mais seul le 1er mai est obligatoirement chômé et payé. Dans les deux pays, l’employeur ne peut pas remplacer les congés par une compensation financière, sauf à la fin du contrat de travail. Sur le papier, Français et Espagnols disposent donc d’un temps de repos très proche.






