Ambiance de veillée d’armes dans le centre de Barcelone. Avec le week-end d’Halloween rythmé par les appels à l’émeute, les commerces des principales artères comme le Passeig de Gràcia et l’avenue Portal de l’Àngel, ont blindé leurs vitrines pour éviter les pillages et beaucoup ont fermé leurs portes.
La plupart des établissements ayant choisi de renforcer leur sécurité sont de grandes enseignes de mode et de luxe, comme Louis Vuitton, Zara ou encore Loewe, qui ont protégé leurs vitrines. Les groupes sur les réseaux sociaux pullulent de messages appelant à dévaliser en priorité les grandes marques et les boutiques de luxe. Certains commerces les ont recouvertes de panneaux de bois, tandis que d’autres ont installé des barres métalliques pour renforcer leur protection.
Des renforts policiers supplémentaires dans les rues
Le niveau d’alerte opérationnelle de la police a été porté à 4 sur 4, soit le maximum prévu pour les opérations de maintien de l’ordre à partir de vendredi. Une mesure exceptionnelle qui n’avait été activée qu’une seule fois auparavant, lors des violentes manifestations de février 2021 consécutives à l’emprisonnement du rappeur Pablo Hasél.
Dès 15 heures samedi, les Mossos prévoient également de multiplier les contrôles préventifs dans les transports publics, notamment dans les stations de métro et les gares desservant Barcelone depuis sa périphérie. Les policiers souhaitent identifier en amont les personnes susceptibles de participer aux violences.
Les autorités catalanes veulent éviter à tout prix une répétition des scènes de chaos du 24 octobre, lorsque près de 600 jeunes avaient convergé vers le centre de Barcelone à la suite d’appels diffusés sur TikTok, WhatsApp et Telegram. Les violences avaient entraîné plus de 130 interpellations, dont une majorité de mineurs, ainsi que le pillage ou la dégradation de dizaines de commerces. Des incendies de mobilier urbain avaient également mobilisé les pompiers, tandis que plusieurs policiers avaient été blessés.
Sur les réseaux sociaux, les rassemblements sont légion. Des manifestations, avec pour modèle les blocages français, sont annoncées samedi à 17h30 Plaça Catalunya, à 20h, simultanément à Arc De Triumf et la Pedrera sur le Passeig de Gracia.
Face au risque de nouvelles violences, le maire de Barcelone, Jaume Collboni, a convoqué ce jeudi 29 octobre une réunion extraordinaire du Conseil local de sécurité, en présence de la ministre catalane de l’Intérieur, Núria Parlon. Autour de la table, les responsables des Mossos d’Esquadra, de la Guardia Urbana, de la Police nationale, de la Guardia Civil, mais également des représentants de la justice et du parquet.
Objectif : coordonner une réponse commune pour empêcher que les scènes du week-end dernier ne se reproduisent.
2
À l’issue de cette réunion, les autorités ont annoncé une politique de tolérance zéro envers les violences et les dégradations, ainsi qu’un renforcement de la coordination policière et judiciaire.
Le chef présumé de Blocus et plusieurs organisateurs arrêtés
Dans le même sens, la police espagnole est passée à l’offensive. Ce vendredi 30 octobre, plusieurs arrestations ont été effectuées dans le cadre de l’enquête sur les violences qui ont secoué Barcelone samedi dernier. Au total, dix personnes ont été interpellées en 24 heures dans différentes régions espagnoles pour leur implication présumée dans les appels aux émeutes du mouvement Blocus. L’arrestation la plus importante a eu lieu à Picanya, près de Valence. La Guardia Civil y a interpellé un jeune homme de 20 ans soupçonné d’être l’un des principaux responsables de Blocus en Espagne. Il administrait plusieurs groupes Telegram utilisés pour organiser les rassemblements et diffuser des appels aux violences.
Le suspect était particulièrement actif sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Les enquêteurs le relient notamment à la diffusion, mercredi soir, d’une vidéo dans laquelle un homme cagoulé, portant des lunettes de soleil et utilisant une voix déformée, se présentait comme le chef de Blocus. Dans cet enregistrement diffusé sur Telegram, l’individu affirmait s’inspirer des émeutes françaises et annonçait une radicalisation du mouvement. Il assurait vouloir s’attaquer au système politique et économique, tout en tentant de prendre ses distances avec les pillages visant les petits commerces. La vidéo s’achevait sur un message ambigu concernant les nouvelles émeutes annoncées pour ce samedi 31 octobre : « On se verra samedi, ou peut-être pas, ou peut-être que si. »
Les enquêteurs ont identifié l’administrateur du compte ayant diffusé cette vidéo, sans avoir établi publiquement s’il s’agissait de l’homme cagoulé apparaissant à l’écran. La Guardia Civil soupçonne le jeune homme d’avoir créé et administré plusieurs canaux de communication destinés à organiser des actions violentes. Il pourrait être poursuivi pour troubles aggravés à l’ordre public et organisation criminelle.
Trois arrestations en Catalogne, dont deux adolescents
Parallèlement, les Mossos d’Esquadra ont procédé à trois arrestations en Catalogne. La première a eu lieu jeudi après-midi à Bellmunt d’Urgell, dans la province de Lleida. Un adolescent de 16 ans a été interpellé. Il est soupçonné d’avoir créé et administré plusieurs canaux Blocus destinés à organiser de nouvelles violences samedi. Dans la nuit de jeudi à vendredi, un deuxième mineur, âgé de 17 ans, a été arrêté à Sant Sadurní d’Anoia, près de Barcelone. Son rôle présumé dans l’organisation des pillages du 24 octobre est particulièrement documenté par les enquêteurs. Selon les Mossos, l’adolescent aurait diffusé les liens permettant de rejoindre les groupes Telegram et donné des instructions sur le matériel à apporter, les moyens d’échapper aux contrôles policiers et les précautions à prendre pendant les affrontements. Il aurait également proposé plusieurs établissements commerciaux comme cibles potentielles de pillages. Enfin, vendredi matin, un jeune homme de 18 ans a été arrêté à Barcelone. Il participait au même groupe Telegram que le mineur de Sant Sadurní d’Anoia et est soupçonné d’avoir joué un rôle actif dans la mobilisation des participants aux violences.
Des pillages organisés derrière les écrans
L’enquête met progressivement en lumière le fonctionnement du mouvement Blocus, initialement présenté comme une mobilisation spontanée de jeunes. Les organisateurs présumés utilisaient notamment TikTok pour diffuser des vidéos et des affiches, parfois créées avec l’intelligence artificielle. Des codes QR permettaient ensuite de rejoindre des groupes WhatsApp et Telegram dans lesquels étaient relayées les consignes de mobilisation.
Certains messages encourageaient les adolescents à partager les invitations dans leurs groupes scolaires. Les participants étaient également invités à se présenter avec des sacs à dos et du matériel scolaire pour donner l’apparence d’une manifestation étudiante. Les enquêteurs cherchent désormais à identifier l’ensemble des administrateurs, des personnes chargées de recruter les participants et de celles qui ont directement encouragé les attaques contre les commerces et les forces de l’ordre.
Malgré les arrestations et la fermeture de plusieurs canaux Telegram, de nouveaux groupes continuent d’apparaître sur les réseaux sociaux, alimentant les inquiétudes pour ce week-end d’Halloween.




