Quelle est cette nouvelle affaire judiciaire qui secoue le parti socialiste espagnol ?

Nouveau coup dur pour le gouvernement espagnol. Hier, des agents de l’unité anticorruption de la Guardia Civil (UCO) ont passé près de douze heures au siège national du Parti socialiste espagnol (PSOE), rue Ferraz à Madrid, dans le cadre d’une vaste enquête judiciaire sur une organisation interne présumée, destinée à freiner des procédures judiciaires gênantes pour l’entourage de Pedro Sánchez.

Cette affaire intervient à peine une semaine après la mise en examen de l’ancien chef du gouvernement José Luis Rodríguez Zapatero dans un autre dossier sensible, accentuant encore la pression politique autour du PSOE. Cette fois, ce n’est plus seulement un ancien dirigeant ou quelques proches du parti qui sont visés, mais directement la structure même du PSOE.

Le juge de l’Audience nationale Santiago Pedraz soupçonne l’existence d’une organisation destinée à « déstabiliser de façon systématique et continue » toute enquête judiciaire ou policière susceptible d’affecter les intérêts du gouvernement ou du parti socialiste. Dans son ordonnance, le magistrat évoque une structure qui aurait utilisé les moyens du PSOE pour financer des opérations clandestines visant notamment des juges, procureurs, policiers ou témoins impliqués dans des dossiers sensibles concernant l’entourage de Pedro Sánchez.

Leire Díez, « la plombière » du PSOE

Au cœur du dossier figure Leire Díez, ancienne militante socialiste surnommée « la plombière » par la presse espagnole pour sa capacité supposée à gérer discrètement les crises internes.

Selon les enquêteurs, elle aurait joué un rôle central dans cette organisation. La justice soupçonne qu’elle ait été rémunérée via différentes sociétés intermédiaires afin d’éviter toute traçabilité directe avec le PSOE. Le juge détaille notamment plusieurs mécanismes de paiement présumés. D’abord via la société Zaño Consultora de l’ancien dirigeant socialiste Gaspar Zarrías, qui lui aurait versé environ 4 000 euros mensuels pendant plusieurs mois. Puis via des sociétés liées à l’avocat Ismael Oliver, à travers lesquelles plus de 27 000 euros auraient transité.

Les enquêteurs estiment que ces paiements servaient à financer des actions destinées à discréditer ou influencer certaines procédures judiciaires touchant notamment Begoña Gómez, l’épouse de Pedro Sánchez, ou encore des affaires liées au PSOE.

39 réunions secrètes et une cellule organisée

L’enquête révèle également l’existence d’au moins 39 réunions entre Leire Díez et plusieurs responsables ou proches du PSOE entre avril 2024 et mai 2025, dont 22 directement organisées au siège national du parti à Madrid.

Le juge considère même qu’une réunion organisée le 26 avril 2024 au siège du PSOE constitue un « point de bascule » dans l’affaire. À partir de ce moment-là, les protagonistes auraient commencé à coordonner différentes actions pour tenter de neutraliser certaines enquêtes en cours.

Les investigations évoquent notamment des tentatives d’obtenir des informations confidentielles sur des magistrats ou policiers , des offres d’argent à des témoins, des stratégies de discrédit contre des procureurs anticorruption, des promesses de postes ou d’avantages professionnels, des tentatives d’influencer certaines décisions judiciaires.

Parmi les éléments les plus sensibles du dossier figure un supposé projet de versement de 50 000 euros à une témoin afin qu’elle modifie son témoignage concernant des remises d’argent présumées au siège du PSOE. Le dossier mentionne également une note manuscrite évoquant « 300 000 euros pour aider un procureur ».

Hier, les agents de la Guardia Civil ont exigé l’accès aux courriels internes de plusieurs responsables du parti, aux livres comptables de 2024 et 2025, aux systèmes de validation des dépenses ainsi qu’au registre des visites du siège socialiste.

Un gouvernement sur la selette

De son côté, Pedro Sánchez continue d’afficher une ligne de défense très ferme. Depuis le Vatican, où il rencontrait le pape Léon XIV, le président du gouvernement a assuré que le PSOE collaborerait pleinement avec la justice. « Si des comportements irréguliers sont confirmés, le Parti socialiste agira avec fermeté », a-t-il déclaré.

Le chef du gouvernement répète également qu’il souhaite aller jusqu’au terme normal de la législature, prévu en 2027.

feijoo wikicommons

Mais politiquement, la pression devient de plus en plus forte. Le leader du Parti populaire, Alberto Núñez Feijóo, a immédiatement demandé des élections anticipées, dénonçant une « situation d’agonie » et un gouvernement « indécent ».

Même certains alliés parlementaires du PSOE commencent à prendre leurs distances. La dirigeante de Podemos, Ione Belarra, a reconnu que la législature apparaissait désormais « très compromise », tout en refusant pour l’instant de soutenir une motion de censure de la droite.

 

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Image de Aurélie Chamerois

Aurélie Chamerois

Cofondatrice d’Equinox et rédactrice en chef, Aurélie Chamerois est basée à Barcelone depuis 2008. Spécialisée dans les thématiques économiques et de société, elle décrypte les mutations du quotidien en Espagne et en Catalogne. Elle couvre aussi l’actualité espagnole pour RTL, BFMTV et Ouest-France.
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Aurélie Chamerois

Cofondatrice d’Equinox et rédactrice en chef, Aurélie Chamerois est basée à Barcelone depuis 2008. Spécialisée dans les thématiques économiques et de société, elle décrypte les mutations du quotidien en Espagne et en Catalogne. Elle couvre aussi l’actualité espagnole pour RTL, BFMTV et Ouest-France.
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