La crise migratoire de Ceuta est devenue un marché particulièrement lucratif pour les réseaux de passeurs. Des organisations criminelles réclament désormais jusqu’à 9.000 euros aux migrants pour traverser clandestinement le détroit de Gibraltar. Cinq personnes viennent d’être arrêtées par la police espagnole.
Trois semaines après l’arrivée massive de migrants à Ceuta, une nouvelle conséquence de la crise apparaît. Des réseaux criminels profitent de la présence de milliers de personnes bloquées dans l’enclave espagnole pour leur proposer un passage clandestin vers l’Espagne continentale.Le prix peut atteindre 9.000 euros par personne pour quelques dizaines de kilomètres de traversée entre Ceuta et les côtes de Cadix.
La Police nationale espagnole a annoncé vendredi 21 août avoir démantelé deux organisations spécialisées dans ces traversées et arrêté cinq personnes. Les enquêteurs ont constaté que les tarifs avaient augmenté depuis les arrivées massives des 30 et 31 juillet. « Il y a davantage de demande et les mafias ont augmenté les prix », expliquent des sources policières citées par nos confrére du journal El País.
Des migrants cachés dans des garages avant la traversée
Le fonctionnement de l’un des réseaux a pu être reconstitué par les enquêteurs. L’organisation opérait entre le Maroc, Ceuta et La Línea de la Concepción, en Andalousie. Ses membres repéraient à Ceuta des migrants prêts à payer plusieurs milliers d’euros pour rejoindre clandestinement la péninsule.
Ils étaient ensuite conduits dans des appartements, des garages ou d’autres lieux servant de cache avant le départ.Des petites embarcations rapides quittaient parallèlement les côtes de Cadix, traversaient le détroit jusqu’à Ceuta, récupéraient les passagers puis repartaient immédiatement vers l’Andalousie
Les pilotes étaient spécialement recrutés pour leur capacité à naviguer rapidement et à échapper aux contrôles policiers, particulièrement renforcés depuis la crise migratoire.Quatre hommes de nationalité espagnole ont été arrêtés dans cette première enquête, deux à Ceuta et deux à La Línea de la Concepción. Ils sont notamment soupçonnés d’appartenance à une organisation criminelle et d’aide à l’immigration irrégulière.
Sept personnes à la dérive pendant cinq heures
Une seconde affaire montre les risques considérables pris lors de ces traversées. Dans la nuit du 13 au 14 août, sept personnes ont embarqué à bord d’une barque d’à peine cinq mètres de long pour rejoindre la côte espagnole.Elles auraient déboursé environ 8.000 euros chacune, soit potentiellement 56.000 euros pour une seule traversé. Le voyage a pourtant tourné au cauchemar.
La petite embarcation s’est retrouvée sans carburant en pleine mer. Les sept passagers ont dérivé pendant plusieurs heures, dans le froid et un épais brouillard, leurs vêtements trempés par les vagues. Ils ne disposaient d’aucun gilet de sauvetage alors que, selon la police, presque aucun d’entre eux ne savait nager.
Après environ cinq heures en mer, l’embarcation est finalement arrivée sur la plage d’El Burgo, près de La Línea de la Concepción. Le pilote présumé a été arrêté puis placé en détention provisoire. La justice retient notamment le danger auquel les passagers ont été exposés.
Une nouvelle conséquence de la crise historique de Ceuta
Ces réseaux profitent directement de la situation exceptionnelle que connaît actuellement l’enclave espagnole. Plus de 80.000 personnes sont entrées à Ceuta à la nage les 30 et 31 juillet, lors d’un mouvement migratoire d’une ampleur sans précédent pour la ville. Selon les dernières estimations officielles, environ 5.000 migrants seraient encore présents à Ceuta, même si d’autres sources avancent un chiffre plus élevé. Parmi eux figureraient plus de 2.000 mineurs.
La concentration de milliers de personnes cherchant désormais à quitter l’enclave a créé une clientèle particulièrement lucrative pour les passeurs. Et les autorités craignent que d’autres réseaux tentent de profiter de la situation.



