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Notre avis – Expo Mai 68, des images saisissantes entre violence et espoir

Depuis le 10 juillet et jusqu’au 11 septembre à Barcelone, le Palau Robert accueille l’exposition “Mai 68 par les photographes de France-Soir”. Une visite qui met en lumière tous les aspects de cet événement historique.


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Situé à l’angle du Passeig de Gràcia et de l’avenue Diagonal, l’élégant Palau Robert se caractérise par ses expositions soigneusement sélectionnées. Pour cet été, le lieu propose “Mai 68 par les photographes de France-Soir”. Elle n’a pas été choisie au hasard puisque 2018 correspond au 50e anniversaire de ces événements historiques. Mai 68, c’est une période rythmée par les grèves générales et les manifestations étudiantes en France. Ce mouvement de contestation politique sociale et culturelle a commencé à Paris, avant de se propager dans tout le pays. Les ouvriers, et d’autres Français par la suite, se sont unis pour montrer leur mécontentement envers l’autorité et le gouvernement gaulliste en place. Des événements qui furent à l’origine de profonds changements.

Peut-être comme beaucoup, je connais seulement les grandes lignes de ce mouvement majeur, sans être une spécialiste de cette époque qui me paraît lointaine. Organisée par l’Institut français de Barcelone en collaboration avec le Palau Robert, l’exposition a l’air intéressante pour découvrir de plus près cette France d’il y a 50 ans. Elle se trouve jusqu’au 11 septembre dans une salle annexe du palais, accessible en traversant le jardin paisible.

Des images brutes

La veille de l’inauguration officielle, j’ai pu assister à une visite réservée à la presse, commentée par le co-commissaire de l’exposition Dominique Lecourt, responsable éditorial de l’Agence Roger-Viollet, qui s’occupe de la diffusion du fonds iconographique de France-Soir. Sur les murs trônent 50 photos, triées à partir de 25.000 archives digitalisées. Pour couvrir ces semaines aux allures de révolution, France-Soir l’un des plus grands journaux de l’époque, avait déployé 25 photographes sur le terrain. “Des ouvriers de la photographie” rarement cités dans les crédits photos. Plusieurs équipes tournaient 24h/24, les plus aigueries étaient de nuit en raison de la violence des événements.

Violence. Un mot que je n’associais pas directement à Mai 68. Pourtant, les manifestations auraient bel et bien fait sept morts selon les historiens ainsi que de nombreux blessés. L’une des photos les plus marquantes de l’exposition reflète cette triste réalité. On y voit un homme assis tête baissée, certainement sous le choc d’avoir reçu un pavé ou un coup de matraque et sur la droite une main tendue vers lui qui semble dire “regardez ce qu’il se passe”. D’autres clichés sont frappants dès le premier coup d’oeil, comme celui montrant des affrontements entre la police et des passants dans le Quartier latin à Paris ou encore la scène d’un homme à terre entouré par une horde de photographes. Au fil de l’exposition, on se laisse facilement subjuguer par ces images brutes, toutes en noir et blanc, où l’espoir et l’optimisme apparaissent parfois aussi. Un style qui n’existe plus aujourd’hui dans les photos de grève pour Dominique Lecourt, car la priorité serait à l’esthétisme.

La réalité de plus près

Grâce aux images sélectionnées, on peut comprendre tous les aspects de Mai 68. De Pompidou après les accords de Grenelle à la mobilisation des acteurs français, en passant par l’extrême droite qui manifeste devant les bureaux du journal L’Humanité et l’armée envoyée pour nettoyer les rues, on effectue un véritable retour en arrière. En regardant de telles images, impossible de ne pas s’interroger sur l’existence d’une censure à l’époque. Le co-commissaire de l’exposition confie qu’il existait une autocensure de la part des médias. Les rédacteurs faisaient attention aux photos qu’ils sélectionnaient. France-Soir était l’un des seuls journaux à publier autant de clichés durant Mai 68. La visite se termine par la diffusion d’images du documentaire “La reprise du travail aux usines Wonder”. Elles mettent en scène une femme refusant de retourner à l’usine, alors que les femmes sont rarement des protagonistes à l’époque.

Sans hésitation, l’exposition mérite d’être vue. Elle s’avère parfaite pour comprendre simplement et rapidement une page de l’histoire de France depuis Barcelone. Chaque photo est accompagnée d’une légende d’une phrase en français, catalan et castillan pour situer le contexte. En plus, cette courte visite est gratuite, alors aucune excuse.

Palau Robert – Infos pratiques

Tous les détails sur le site officiel ici et en français ici.

Prix: Gratuit

Horaires: Ouvert du lundi au samedi de 9h à 20h, dimanche et jours fériés de 9h à 14h30

Adresse: Palau Robert, Passeig de Gràcia, 107, 08008 Barcelona

Transport: Arrêt de métro Diagonal (lignes 3 et 5)