Valls candidat : ce qu’en pensent les Français de Barcelone

par Aurélie Chamerois
Manuel Valls maire de Barcelone

Manuel Valls a annoncé hier qu’il serait candidat aux municipales de Barcelone. Comme beaucoup des 50.000 Français installés dans la capitale catalane, il a décidé de plaquer sa vie parisienne pour une nouvelle aventure, aussi exaltante qu’incertaine. 

“Franchement, entre Evry et Barcelone, je comprends la tentation!” blaguait la semaine dernière un dynamique quinqua lors d’un cocktail de chefs d’entreprises francophones organisé dans l’Eixample. Dans la diverse et pétillante communauté française de Barcelone, l’arrivée de Manuel Valls est accueillie avec une certaine bienveillance. “Je suis heureux qu’enfin en Europe on arrive à avoir des candidatures transfrontalières et je m’insurge contre ceux qui critiquent Manuel Valls parce qu’il serait Français, lui disant de rentrer chez lui” confie Richard Onses, président de l’association Cercle des Français. “Je n’ai jamais été socialiste mais je le respecte en tant que politicien, il a la capacité de gérer une ville comme Barcelone, et de la maintenir en Europe” poursuit ce fervent unioniste qui vit en Catalogne depuis plus de vingt ans.

La toute nouvelle vie barcelonaise de l’ancien Premier ministre ne manque pas d’intriguer ses concitoyens. Est-il inscrit au Consulat? A-t-il réussi à obtenir l’indispensable document de résidence (NIE)? Affrontera-t-il les mêmes obstacles, moments de doute, coups de blues que les autres expatriés? Manuel Valls le répète depuis hier, il a fait un “choix de vie avant tout”, il quitte sa vie parisienne pour s’installer à Barcelonet et y “rester quoi qu’il arrive”. D’ailleurs il a déjà trouvé un appartement, carrer Paris dans l’Eixample, mais aussi un emploi, puisqu’il enseigne trois heures par semaine dans la prestigieuse ESADE, école privée nichée dans le très chic quartier de Pedralbes, à deux pas de la résidence du Consul de France et du Lycée français.

Lisa Tarride, originaire de l’Essonne, s’est elle aussi récemment installée à Barcelone…  pour étudier à l’ESADE. “On dirait qu’il me poursuit!” lâche la jeune brune dans un sourire. “Je comprends qu’un politique puisse changer de pays, et que les compétences ne sont pas limitées à une frontière, assure l’étudiante, mais il donne l’impression de tout juste débarquer dans un terrain miné dont il n’a pas vraiment idée, en utilisant la réputation de sa famille et de sa sœur pour entrer dans un paysage politique qui n’est pas le sien”.

Légitimité ou parachutage

Tout juste installé et moins connu que ses adversaires par la population locale, Manuel Valls a certes encore un long chemin à parcourir avant de devenir maire de Barcelone. “Je ne trouve pas génial que quelqu’un vivant en France veuille soudainement devenir le maire d’une ville d’un autre pays, même s’il a des origines catalanes” opine Yoann, trentenaire expatrié en Catalogne depuis cinq ans. “C’était un personnage qui me plaisait et j’aime le côté unité de l’Europe dans sa démarche mais je trouve que dans son cas cette décision fait office d’aveu de faiblesse, on a l’impression qu’il a échoué à Paris et donc qu’il vient ici pour avoir le pouvoir à tout prix” renchérit Thomas Hin, stagiaire dans le secteur numérique.

Dans son bureau de l’élégant Passeig de Gràcia, le chef d’entreprise et conseiller consulaire Pascal Bourbon semble, lui, plutôt ravi de cette candidature. “Si on ne parle pas de la dernière présidentielle qui a été compliquée pour tout le monde, Manuel Valls a un parcours exceptionnel en France, estime-t-il, il a de vraies racines ici, il a l’air sincère lorsqu’il dit vouloir s’impliquer pour la ville, et Barcelone a vraiment besoin d’un changement”. L’entrepreneur craint toutefois que ce transfert inédit soit mal perçu par les Catalans. “Est-il vraiment légitime? C’est la grande question et nous, Français, nous sommes mal placés pour y répondre!” ajoute-t-il

Observateurs privilégiés d’une expatriation pas comme les autres, les Français de Barcelone auront aussi le droit de vote lors des municipales du 26 mai prochain. Près de 20.000 d’entre eux sont déjà inscrits sur les listes électorales et comptent bien faire porter leur voix dans une élection qui promet d’être particulièrement serrée.

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