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Contre Manuel Valls, la maire Ada Colau se rapproche des indépendantistes

Ada Colau tourne ses regards vers les indépendantistes afin de barrer la route à Manuel Valls. La campagne des municipales de Barcelone a commencé.

Ada Colau est probablement un des personnages politiques les plus souples du pays. Cette ancienne actrice puis activiste, installée dans le siège de mairesse de Barcelone, a poussé à l’extrême sa théorie de l’équidistance dans le conflit indépendantiste qui oppose la Catalogne au reste de l’Espagne.

Depuis 2014, Ada Colau réussit la performance de répondre à des centaines d’interviews sans jamais prendre parti dans le plus grand conflit politique de l’Espagne moderne. Durant la campagne du référendum, le positionnement de la maire de Barcelone a frisé la caricature. Contrairement aux mairies dirigées par les indépendantistes, Barcelone a refusé de céder ses locaux publics pour y installer les bureaux de vote. Cependant impossible de ranger Colau avec les maires en faveur de l’unité de l’Espagne, puisqu’au dernier moment les équipes municipales ont laissé d’une manière officieuse une quinzaine de locaux ouverts pour laisser le vote s’y dérouler. Le jour du référendum, Ada Colau s’est présentée pour voter… en déposant un bulletin blanc.

50 nuances d’extrême-gauche

Si Ada Colau brouille les cartes dans le débat indépendantiste, c’est d’abord pour ne pas fâcher ses propres amis. Colau est arrivée au pouvoir avec une coalition aussi plurielle que confuse : Podem, la branche locale de Podemos ; Barcelona en Comú le parti créé par Ada Colau qui est lui-même une confédération de groupuscules (Procés Constituent a Catalunya, Trobada Popular Municipalista, Partit X, Equo) ; Esquerra Unida i Alternativa et ICV. Le consensus autour de la question identitaire catalane est extrêmement difficile dans ces 50 nuances d’extrême-gauche.

A l’approche du scrutin, en juin  prochain, Ada Colau et ses équipes semblent opter pour la stratégie du déplacement du curseur vers un discours plus souverainiste. Mercredi 11 octobre, veille de la fête nationale espagnole, le parlement de Catalogne vota une motion -symbolique- réclamant la fin de la monarchie et une réprobation du chef de l’État, le roi Felipe VI. Un texte voté avec enthousiasme par tous les députés indépendantistes mais proposé par le groupe parlementaire d’Ada Colau : Catalanya en Comu.

Elisenda Alamany, patronne du groupe parlementaire de la gauche radicale et nouveau bras droit d’Ada Colau, affiche fièrement devant les médias et sur Twitter son coup d’éclat dans l’hémicycle catalan. Alamany ne peut agir en autonomie : il est évident que Colau a donné son feu vert à cette motion. Non seulement, les amis de la maire de Barcelone tiennent un discours anti-monarchique, mais pour la première fois, ils ont approuvé un texte avec les indépendantistes. Ce rapprochement, les séparatistes en rêve depuis 2015. Coincé avec ses 48% dans les urnes, le camp indépendantiste veut revendiquer les 8% que représente Catalunya en Comú afin d’afficher un grand rassemblement politique représentant 55% du corps électoral.

Manuel Valls dans la ligne de mire

Si Ada Colau se rapproche des indépendantistes, c’est par un double calcul. Première phase : rassembler autour de sa candidature à un grand pôle clairement à gauche et indépendantiste-friendly afin de renforcer sa crédibilité face à un Manuel Valls social-démocrate favorable à l’unité de l’Espagne.

Seconde phase : si Colau arrive en tête de l’élection, elle n’aura pas de majorité absolue au conseil municipal. Pour se faire investir pour un second mandat, elle aura besoin de l’appui de conseillers municipaux d’autres groupes. Les indépendantistes, si ils ne sont pas assez nombreux pour former une majorité, pourraient appuyer Ada Colau si celle-ci se montre plus ouverte sur les questions souverainistes. Le but serait, une nouvelle fois, de faire barrage à Manuel Valls.

Madrid furieuse

Pour l’heure, la sortie anti-monarchie passe très mal à Madrid. Dans les milieux conservateurs du Partido Popular et de Ciutadans bien sûr. Mais aussi au sein du gouvernement socialiste, et même jusqu’à Podemos. Si Ada Colau collabore avec Podem, la branche locale du parti de gauche radicale, le courant n’est jamais bien passé entre le chef du parti Pablo Iglesias et la Maire de Barcelone.

Podemos réclame un référendum légal en Catalogne mais se prononce totalement contre tout projet séparatiste. La gauche radicale de Podemos a formé une coalition gouvernementale avec le très sage parti socialiste espagnol, et voit d’un mauvais œil les effets de manche anti-monarchie en Catalogne. D’autant plus que la motion contre le roi a été présentée le jour où Podemos annonçait officiellement qu’il avait négocié  avec les socialistes une hausse du SMIC à 900 euros. La polémique royale a complètement gâché l’effet d’annonce médiatique d’une mesure populaire dans l’ensemble de l’Espagne.