Ada Colau fragilisée par l’implosion de Podemos

par Nico Salvado

Ada Colau est l’une des principales victimes de l’implosion de la gauche radicale espagnole. Une situation qui complique encore un peu plus sa réélection à la tête de Barcelone en mai prochain.

Hier, Podemos s’est fait hara-kiri. Un des membres fondateurs du parti Iñigo Errejón, en conflit ouvert depuis plus d’un an avec le leader national Pablo Iglesias, a fait imploser le mouvement. Il provoque un schisme en créant son propre parti en y associant la maire de Madrid, l’indépendante Manuela Carmena. Un séisme qui secoue toutes les régions d’Espagne et particulièrement Barcelone, où la maire Ada Colau a été élue en mai 2015 avec l’aide de Podemos.

Difficile de dire si le contexte politique qui entoure Ada Colau entre en crise aujourd’hui, tant l’instabilité est systémique à Barcelone. L’organisation de la gauche radicale en Catalogne n’est pas un long fleuve tranquille. L’idéologie de cette partie de l’échiquier politique se compose d’une ribambelle de ramifications: Podem, la branche locale de Podemos; Barcelona en Comú, le parti créé par Ada Colau qui est lui-même une confédération de groupuscules (Procés Constituent a Catalunya, Trobada Popular Municipalista, Partit X, Equo); Esquerra Unida i Alternativa et ICV. Le consensus est extrêmement difficile dans ces 50 nuances d’extrême gauche.

Finalement, Ada Colau est la seule qui ait réussi à plus ou moins fédérer l’ensemble de la famille de la gauche alternative en 2015, en gagnant la mairie de Barcelone. Son objectif était de consolider l’unité en créant une nouvelle structure: Catalunya en Comú où cohabiteraient les partis et idéologies. Pour trouver l’équilibre, le poste de secrétaire général de Podemos en Catalogne est stratégique. Une place en forme de siège éjectable. Le très médiatique Albano Dante Fachín, proche de Pablo Iglesias, fut éjecté  de son poste par la direction nationale de Podemos après la déclaration unilatérale d’indépendance du 27 octobre 2017. Podemos, qui maintient un difficile équilibre en Espagne et en Catalogne sur le thème indépendantiste, a trouvé Dante Fachín trop indépendantiste compatible.

La démission de Xavier Domènech

Xavier Domènech prit la relève, historien qui s’est brillamment fait élire au Parlement espagnol de Madrid sous l’étiquette locale de Podemos. La maire de Barcelone a demandé à son ami Domènech de quitter le Congrès de Madrid pour revenir en Catalogne et prendre la tête de son mouvement Catalunya en Comú, puis de se présenter aux élections catalanes du 21 décembre 2017. Sauf que le résultat électoral a été particulièrement décevant pour Xavier Domènech: 7,46% des voix et seulement 8 députés.

Xavier Domènech, fragilisé par son revers électoral, cumulait tout de même la direction de Podem, Catalunya en Comú et la présidence du groupe parlementaire. Les désaccords entre toutes les familles de la gauche alternative, traversées de surcroît par le débat indépendantiste, ont brisé la volonté de Domènech qui démissionne de l’intégralité de ses postes et de son siège de député le 5 septembre dernier. Il est remplacé par la très discrète Noelia Bail qui ne possède aucun mandat électoral. Entre-temps, le camp Colau a perdu l’ultra-médiatique Elisenda Alamany qui a quitté le porte-parolat du groupe parlementaire après des mois de guerre interne entre les différentes factions de la gauche radicale locale.

Remettre de l’ordre dans son habitat naturel politique est l’un des défis majeurs d’Ada Colau pour remporter les élections municipales de mai prochain, face aux concurrences d’Ernest Maragall (indépendantiste de gauche) et Manuel Valls (soutenu par Ciutadans).

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