Pourquoi Barcelone nous empêche de dormir

par Joséphine Pelois

Difficultés à s’endormir, sommeil léger, insomnies sont le quotidien de beaucoup de Barcelonais. Dans la capitale catalane, le vacarme est constant et les lumières ne s’éteignent jamais. Une situation qui gêne les habitants, surtout la nuit venue. Enquête. 

«Je me réveille durant la nuit, parfois à plusieurs reprises, et après, impossible de me rendormir!» raconte Victoria, qui n’avait jamais eu de problème de sommeil dans sa ville de Perpignan. Selon l’OMS, près de 9 Barcelonais sur 10 estiment vivre dans une ville bruyante. Le trafic routier, le bruit des voisins, les touristes venus faire la fête, les terrasses de café et les bars ouverts tard dans la nuit, sont devenus les chats noirs de ceux qui ne ferment plus l’œil de la nuit.

La proximité dérange aussi. Avec 16.139 habitants au kilomètre carré, Barcelone se place devant New York, Tokyo ou encore Delhi. Une densité pesante, surtout que jusqu’en 1988, il n’y avait pas de norme en matière d’isolation sonore des immeubles barcelonais. Les cloisons sont donc fines dans la plupart des logements construits avant cette date. «J’entends ma voisine chanter toute la soirée, et celui du bas au téléphone jusqu’à 1h du matin» se désole Victoria. Même constat pour Joana, la vingtaine. “Le bruit de mes voisins était devenu insupportable” explique la jeune Guadeloupéenne.

La pollution lumineuse constitue un autre facteur de taille. Les éclairages nocturnes, les vitrines de magasins et les grandes entreprises restent allumées comme si la ville ne dormait jamais. «Le rythme de vie est fatiguant ici, on a l’impression qu’il faut toujours être dehors» lâche Joana.

“Le bruit agit comme un toxique”

Tout cela « hyper-stimule le cerveau et empêche de s’endormir rapidement» explique la docteure Lorena Guzmán García, spécialiste du sommeil de la clinique barcelonaise Tecknon. Contactée par Equinox, elle insiste sur la nécessité d’une phase de relaxation et de détente une à deux heures avant le moment de se coucher, avec un niveau sonore et lumineux réduit.

L’experte en sommeil propose de simples solutions : acheter des bouchons d’oreilles, dormir avec un masque, changer de chambre… Mais « certaines personnes ont génétiquement plus de mal que d’autres à supporter le bruit » reconnait-elle. Couplé à un environnement très bruyant,  ça peut devenir un enfer. « Le bruit agit comme un toxique » affirme la psychologue Àngels Córcoles, de l’association Catalane Contre la Pollution Sonore.

Vivre dans un environnement bruyant crée de l’insécurité, comme si le bruit allait réapparaître à tout moment. La psychologue explique que la seule solution véritablement efficace est de s’éloigner de la source de bruit. Un changement de vie pas toujours envisageable.

Pourtant, à Barcelone, le bruit est réglementé. L’annexe II.7 de l’Ordonnance Générale de l’environnement urbain de Barcelone, fixe des limites de décibels selon l’heure et les pièces de vie. Par exemple, entre 23h et 7h, la limite est de 25dB dans une chambre. Une réglementation pas toujours respectée, obligeant parfois la Guardia civil à intervenir sur demande d’habitants ne tolérant plus les excès de bruit de leur voisins. La police municipale intervient aussi dans les rues de Barcelone, pour réduire le bruit des fêtards.

Un cercle vicieux et stressant

La mairie a créé une carte du bruit selon les différents quartiers de Barcelone, qui sert de base aux politiques publiques. Notamment le plan contre le bruit à Gràcia, Montjuïc et Ciutat Vella. L’installation de double vitrage y est financée jusqu’à 90 % par la ville. Enfin récemment, les horaires de nettoyage des rues ont été modifiés, et plusieurs rues sont devenues piétonnes.

barcelone centre-ville

Mais les mesures restent très faibles face à l’ampleur du problème. Alors comment retrouver le sommeil? Pas facile selon la psychologue Corcoles :“c’est un cercle vicieux, et très stressant” assure-t-elle. Chacun essaie donc ses propres méthodes, comme Victoria “Je compense par une très bonne hygiène de vie, mais je me sens sans cesse fatiguée” explique la quadragénaire. “J’ai quitté mon appartement du centre-ville pour vivre dans un quartier plus excentré, près de la mer, et je dors mieux” raconte Joana.

Un sommeil perturbé n’est certainement pas à prendre à la légère. La docteure Guzmán explique que cela peut causer des difficultés de concentration, de l’irritabilité, voire de l’agressivité. Ou même de sérieux problèmes de mémoire. Mal dormir, c’est aussi plus de risques d’hypertension artérielle, voire de problèmes cardiaques, à cause du stress. Et enfin, moins de résistance aux maladies infectieuses, le système immunitaire se régénérant pendant le sommeil. Autant de raisons pour prendre un minimum de mesures personnelles dès que possible.

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