Le Mémorial du Camp de la Bota inauguré à Barcelone: un difficile travail de mémoire

par Karim Joutet

La mairesse de Barcelone, Ada Colau, a inauguré fin février le nouvel Espace Mémoriel au Camp de la Bota. C’est à cet endroit qu’ont été exécutées nombre de personnes lors des représailles qui ont suivi la guerre civile. 

Le nouveau projet en souvenir des victimes exécutées au Camp de la Bota a été impulsé par la Mairie de Barcelone, à travers la commission des Programmes de Mémoire. L’espace porte le nom de Parapet de les executades i executats 1939-1952 (Mur des exécutées et des exécutés, 1939-1952) et est dédié aux personnes fusillées au Camp de la Bota et, plus généralement, aux 1.706 personnes qui sont mortes exécutées à Barcelone, pour la plupart dans cet espace du littoral barcelonais.

Le Camp de la Bota, un espace douloureux

Le Parapet, édifié en commémoration des victimes, rappelle le mur d’exécutions qui s’est retrouvé sous les eaux du port sportif dès 2004. Œuvre de l’artiste Francesc Abad, son installation coïncide aussi avec la commémoration du quatre-vingtième anniversaire de l’entrée des troupes franquistes à Barcelone et du début de la répression systématique et des exécutions sommaires.

En effet, dès la fin de la guerre civile en 1939, la répression franquiste s’étend à travers toute l’Espagne et se traduit par des exécutions sommaires. Le nom de «Terreur blanche» est utilisé par les historiens pour désigner cette période. Il existe en Espagne entre 600 et 800 charniers de républicains et d’opposants à la dictature franquiste.

À Barcelone, le Camp de la Bota était un des lieux d’exécutions réalisées par la dictature franquiste. Les dernières s’y sont déroulées le 14 mars 1952. Tristement connu des Catalans, cet endroit se situe à la limite de la ville de Sant Adrià de Besos et du quartier barcelonais de Sant Martí. En mémoire des personnes disparues, une plaque et un monument de la Fraternité – œuvre du valencien Miquel Navarro – étaient jusqu’alors présents. Depuis le 24 février 2019, le Parapet sert également de lieu de mémoire.

Un lieu de mémoire hors norme

Sur le mur de 55 mètres de long et 3,5 de hauteur installé à la Plaça del Forum, les noms des 1.706 personnes exécutées sont inscrits afin de lutter contre l’oubli et l’indifférence. Cette action s’inscrit d’ailleurs dans le programme municipal Aparata la Indiferència (Mets de côté l’indifférence) destiné à évoquer l’occupation franquiste de la ville dès le 26 janvier 1939. Les personnes fusillées étaient des femmes et des hommes qui avaient participé aux mouvements syndicaux, à la défense armée de la république ou qui avaient dirigé des mairies ou des administrations républicaines.

Inauguré quarante-quatre ans après la mort de Franco, cet espace mémoriel est une preuve supplémentaire du difficile travail de mémoire que continue de réaliser la Catalogne et l’Espagne depuis la Transition démocratique.

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