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Barcelone, la capitale touristique qui n’avait pas de grands musées

La fête, l’architecture, l’art de rue et l’art de vivre, Barcelone attire chaque année des millions de visiteur. Mais très peu passent par ses musées. Et pour cause : l’offre est pauvre et insuffisante pour un public habitué aux grandes métropoles européennes. 

Dans la liste des musées les plus visités publiée par le magazine de référence The Art Newspaper, le Louvre n’a pas d’équivalent dans le monde, avec 10 millions de visiteurs l’année dernière. Plus de 20% des touristes à Paris ont donc visité le musée. Viennent ensuite le British Museum et la National Gallery à Londres, avec plus de 6 millions de visiteurs chacun et vers la 15e place les musées du Prado et de la Reina Sofia à Madrid.

Barcelone émerge à la 64e place grâce au musée Picasso, qui accueille près d’un million de personnes chaque année, dont plus de 80% sont des touristes étrangers. Le Musée National d’Art de Catalogne (MNAC) affiche quant à lui 500.000 visiteurs étrangers par an, et le Musée d’Art Contemporain de Barcelone (MACBA) 200.000. Une goutte d’eau si on compare ces chiffres aux 30 millions de touristes annuels, dont 8 millions de touristes étrangers qui passent au moins une nuit dans la ville.

Pas de budget pour les grandes expositions

Pourtant, la capitale catalane veut toujours se voir comme une capitale culturelle. “Bien sûr que Barcelone possède de grands musées!” lâchait récemment à notre rédaction un influent intellectuel indépendantiste, visiblement étonné d’un possible retard de sa ville sur les autres grandes villes européennes. “La culture apparaît plus que jamais comme l’un des points forts de Barcelone, l’année dernière les principaux musées de Barcelone ont enregistré 17 millions de visiteurs” assure la plaquette commerciale de l’Office du tourisme, qui oublie de préciser qu’elle compte dans ses musées des sites architecturaux comme la Sagrada Familia et le Park Güell… qui ne sont pas des musées. Quatre millions de touristes étrangers chaque année pour le temple expiatoire de Gaudi, et près de trois pour le parc. Un décalage frappant avec l’affluence dans les musées.

“Il n’y a pas d’investissement public suffisant pour monter des expositions importantes, ou qui mériteraient au moins une brève dans le presse étrangère” assurait récemment l’écrivain Xavier Bru de Sala au journal El Periódico. La mairie de Barcelone regrette pour sa part recevoir peu d’aides de l’Etat pour développer son offre de musées et souligne qu’elle dédie 5% de son budget à la culture, plus que la plupart des autres villes espagnoles. Mais l’équipe d’Ada Colau privilégie la culture pour les Barcelonais, et non pour les touristes. Depuis sa prise de pouvoir au printemps 2015, elle a fait de la décentralisation culturelle dans les quartiers moins favorisés une priorité. Et alors que le magazine The Art Newspaper évoque le “boom mondial des musées”, la capitale catalane semble avoir manqué le coche.

Barcelone, qui a déjà perdu une partie de son tourisme haut de gamme avec la crise politique, peut-elle se permettre de ne pas développer son offre culturelle? Pour Ramon Serrat, professeur de Tourisme à l’Université de Barcelone, les décisions budgétaires et politiques d’aujourd’hui détermineront le succès de demain. “Pour continuer à répondre à la forte demande en escapades urbaines sans que le visiteur ne se lasse d’une même destination, il faut impérativement opter pour la diversification et une offre plus large” avertit l’expert.