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Quitter Barcelone: déprime, regrets… et retour

Se sentir comme un étranger chez soi? Une expérience étrange mais courante pour les expatriés qui rentrent en France. Même si pour la grande majorité d’entre eux, le retour est prévu dès le début de l’aventure, quitter Barcelone après plusieurs mois voire années peut s’avérer compliqué. Reportage.

«Jamais je ne reviendrai en France» affirme Laetitia, dynamique française installée à Barcelone depuis 2007 et auteure du blog Letizia Barcelona. En 2014, elle décide de rentrer pour rejoindre son compagnon de l’époque. Pour elle, ce retour fut un véritable choc culturel. Après six ans passés sous le soleil barcelonais, elle vit très mal le froid lyonnais. En manque d’exotisme, elle se sent triste. «Je pleurais tout le temps, j’étais en dépression» confie l’assistante export de 39 ans, originaire de Franche-Comté. Pourtant, elle trouve un emploi en 5 jours. Mais cela n’a pas suffi. «Trois mois après mon arrivée en France, j’ai fait le déménagement en sens inverse». Laetitia retrouve vite ses marques, une vie sociale bouillonnante et un emploi dans la capitale catalane. «Je me sens mieux dans ma peau à Barcelone, c’est une ville qui me porte chance» nous confie-t-elle.

« Rentrer en France, c’est un super choc » explique Marjorie Murphy, créatrice d’ExExpat, une série de podcasts dédiés à guider et accompagner les ex-expatriés. Elle a elle-même connu un retour difficile après dix ans vécus à Toronto. « Il faut se rendre compte qu’on ne rentre pas chez nous. C’est comme une deuxième expatriation, assure la journaliste, d’ailleurs on ne devrait pas dire retour, on arrive dans un nouveau pays, tout est difficile ».

Préparer son retour en France

Selon le Quai d’Orsay, entre 2 et 2,5 millions de Français sont expatriés. Le retour, quand il est précipité ou mal anticipé, peut être très mal vécu. Marjorie Murphy conseille de bien le préparer au niveau administratif mais aussi au niveau psychologique: « il faut redevenir un peu Français ». Elle conseille également de rejoindre des pages facebook ou de s’inscrire dans des associations dédiées aux ex-expats. Plus l’impatriation sera bien préparée, mieux elle sera vécue.

Pour Cécile et ses enfants, le retour en France a été pensé pour se faire en douceur. En 2016, la galeriste originaire de Rennes partait s’installer à Barcelone avec ses deux enfants de 10 et 5 ans. C’est alors l’opportunité de « leur faire vivre une expérience à l’étranger et leur faire apprendre de nouvelles langues ». Partie pour une année, la petite famille vit finalement deux ans à Barcelone, le mari de Cécile, resté en France, les rejoignant toutes les deux semaines.

Aujourd’hui, si « les enfants sont nostalgiques » de leur quotidien barcelonais, tous ont plutôt bien vécu la réinstallation à Rennes en août 2018. Cécile et son mari ont également choisi de changer de logement et de scolariser leurs enfants dans une autre école que celle de l’avant-Barcelone. « Cela nous a permis de ne pas vivre notre retour en France comme un retour en arrière » explique la galeriste.

La tentation de Barcelone

Barcelone restera tout de même gravée dans l’histoire de la famille. « Nous avons aimé l’ébullition de la ville, les sorties, les restos, les déjeuners les pieds dans le sable » confie Cécile, non sans une pointe de regret. Pour Laetitia, c’est aussi le cadre de vie et la population barcelonaise qui ont été les plus difficiles à quitter. «Les gens sont plus cools, moins tendus à Barcelone» explique-t-elle.

fille labyrinthe

Comme elle, nombreux sont les Français qui décident de revenir vivre à Barcelone, après une année Erasmus, un stage, ou une expérience professionnelle.

En école de commerce à Barcelone depuis septembre dernier, Clément doit rentrer à Toulouse dans deux mois. Mais voit déjà son avenir dans la capitale catalane. «J’aurais vraiment aimé rester, Barcelone est une super ville et dès que j’aurai la possibilité de revenir, je reviendrai ! » conclut le jeune homme.

«Roda el món i torna al Born» dit le célèbre dicton catalan.