Search for content, post, videos

Josep Irla, le président catalan qui ne revint jamais de l’exil

Equinox publie tout l’été sa grande collection: les présidents de la Catalogne moderne. De Francesc Macià en 1932 à Quim Torra en 2019, retour sur les grandes figures dirigeantes du territoire catalan. 

Josep Irla passe la première partie de sa vie dans la politique municipale. Homme très à gauche, républicain, il devient en 1905, à 29 ans, maire de Sant Feliu de Guíxol près de Gérone. Suite au coup d’État de Primo de Rivera et l’instauration de la dictature en Espagne, Josep Irla stoppe ses activités politiques de 1923 à 1930. 

Dans la période post-dictature, il reviendra dans le jeu politique en se rapprochant de la gauche républicaine catalane (ERC), parti encore au pouvoir de nos jours au sein du gouvernement de Catalogne. Il deviendra le député le mieux élu de Catalogne dans sa circonscription de Gérone. Coup de projecteur qui permet à Irla d’être nommé haut fonctionnaire du gouvernement par le président catalan Francesc Macià.

Culture et social

A la tête des services d’assistance sociale, il agit de manière ambitieuse dans des domaines tels que le traitement des patients en situation de rejet social, la prévention des risques dans l’enfance ou la prise en charge des retraités sans ressource. 

En 1934, le président Lluís Companys déclare la Catalogne République indépendante de l’Espagne, entraînant l’emprisonnement du gouvernement catalan pendant un an et demi.

En 1936 avec la restauration de la Generalitat, Josep Irla travaille pour le ministère de la Culture et prend des mesures pour la préservation du patrimoine archéologique et artistique de la Catalogne.

Président du parlement

Le 1er octobre 1938, la Catalogne est envahie par les troupes franquistes, prémisse de la dictature. Lors de la toute dernière session du parlement de Catalogne avant son interdiction, Josep Irla accepte la charge de devenir le président de l’institution. “Nous étions, nous sommes et nous serons républicains et catalanistes, parce que nous sommes libéraux, parce que c’est un sentiment de notre âme qui nous a amené à ressentir et à connaître les besoins de notre peuple” furent les premiers mots du nouveau président.

Après cette séance crépusculaire, à 62 ans, comme moultes Catalans, Irla prit le chemin de l’exil pour fuir les représailles de l’armée franquiste. Avec sa famille, il s’installa en France, dans la commune frontalière du Boulou.

Président de la Catalogne

Le président de la Generalitat en exil, Lluís Companys, attrapé par la Gestapo française, fut fusillé par l’armée espagnole le 15 octobre 1940. Conformément au statut catalan, le président du parlement se convertit en président de la Generalitat si ce dernier est empêché.

Josep Irla se convertit donc en président de la Generalitat, le seul en fonction qui ne foulera jamais le sol catalan.

Les premières années de son mandat ont été marquées par un contexte extrêmement défavorable, avec de fortes limitations découlant du contexte de la Seconde Guerre mondiale. Les exilés catalans sont une diaspora, les divergences stratégiques sont nombreuses au sein des forces républicaines, et encore plus dans le parti ERC.

A la fin de la guerre, le président nomma le gouvernement de Catalogne en exil composé de personnalités, bien que dépourvu de portefeuilles spécifiques. L’incorporation de Carles Pi i Sunyer, jusqu’alors moteur du Conseil National de Catalogne à Londres, lui a permis de mettre définitivement un terme à la dualité qui existait au sein de la gauche. Irla nomma ministres: Pompeu Fabra, Antoni Rovira, Josep Carner, Joan Comorera, Manuel Serra et Pau Padró. Ce gouvernement (1945-1948) se donna pour mission de préparer un retour en Catalogne, la défense de la langue catalane et la diffusion de la situation du territoire catalan au plan international.

Pour ce faire, en 1946, Irla envoie à l’ONU une lettre dans laquelle, il dénonce les mesures du dictateur franquiste contre l’autonomie, la culture et l’économie de la Catalogne. Le président demande aux Nations Unies de condamner le régime de Franco et de reconnaître le mal qu’il a commis en Catalogne. Il obtient certes une condamnation internationale du franquisme, mais qui ne mentionne ni la République espagnole écrasée par le soulèvement militaire, ni aucune référence au cas catalan.

Les Catalans sont surpris de la longévité du régime dictatorial. Nous sommes en 1948, et le président n’a pas pour intention de jeter l’éponge: “Le travail de la Generalitat ne peut subir aucune interruption et continuera à s’exercer dans l’esprit patriotique de toujours “.

Pourtant, à part ouvrir des délégations catalanes pour défendre la langue dans différents coins du monde, avec le cas notable des États-Unis, l’action de Josep Irla est limitée, faute de moyens financiers.

Fin de vie

En avril 1954, il nomme Josep Tarradellas Premier ministre. A 78 ans, “vieux, malade et pauvre”, selon ses propres mots, il signe une lettre adressée à Josep Tarradellas à Paris, dans laquelle il l’informe de sa démission de président de la Generalitat et demande l’élection d’un nouveau chef. Le 5 août 1954 les députés du Parlement de Catalogne, réunis à l’ambassade de la République espagnole au Mexique, ont élu Josep Tarradellas au poste de président de la Generalitat.

Josep Irla est décédé le 19 septembre 1958 à Saint-Raphaël, en Provence. En 1981, ses restes ont été transférés à Barcelone et reçus solennellement par les présidents Jordi Pujol et Heribert Barrera au Palau de la Generalitat.

Aujourd’hui une fondation porte le nom du président et met le focus sur les thèmes sociaux et linguistes qui lui étaient chers.