Insécurité: ce qu’en pensent les Français de Barcelone

par Leslie Singla

Samedi, les Barcelonais sont appelés à se mobiliser contre l’insécurité en participant à une grande manifestation. Si certains expatriés français n’hésitent pas à montrer leur ras-de-bol, d’autres estiment que le thème ne mérite pas une telle attention. Rencontres.


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“Il faut vraiment commencer à se bouger” s’inquiète Xavier Hernandez. Installé depuis 18 ans à Barcelone, le quarantenaire se joindra à la manifestation de ce samedi 14 septembre, convoquée par Tsunami Veïnal (tsunami de voisins). Le mouvement, dont font partie des associations de quartiers et commerçants, souhaite alerter les pouvoirs publics sur l’insécurité, et réclamer des mesures urgentes. Pour montrer leur mécontentement, les participants commenceront à 17h30 en partant de différents quartiers (Gòtic, Poblesec, Barceloneta, Poblenou et Besòs) pour se rejoindre à 18h devant la grande poste de la Via Laietana et ensuite aller devant la mairie.

Au début de l’été, le baromètre municipal révélait que l’insécurité restait la préoccupation principale des Barcelonais. Les chiffres récents du ministère de l’Intérieur espagnol ont mis le feu aux poudres: les vols avec violence et intimidations ont augmenté de 30% au cours du premier semestre 2019, en comparaison avec la même période de l’année dernière. Selon Xavier Hernandez, la situation s’est considérablement empirée depuis deux ans. “Désormais cela touche tous les quartiers. J’habite à Sants-Badal et ma voisine a été attaquée. Alors qu’elle rentrait tranquillement chez elle, un homme lui a arraché son collier dans son dos. Depuis, nous avons installé un miroir à l’entrée de l’immeuble pour vérifier que personne ne soit derrière. Ils osent s’en prendre à une vieille dame, ça montre l’insécurité qui règne. Sans parler des narco-appartements qui continuent également d’exister en centre-ville” raconte ce professionnel du secteur médical.

vol barcelone

Pour lui, c’est aux habitants de faire entendre leur voix: “aucune instance ne prend ses responsabilités face à la hausse de l’insécurité, tout le monde se renvoie la balle, on en a assez”. Un sentiment partagé par Pierre-Jean Trebuchet. “Quand j’entends qu’il y a un manque de moyens je ne suis pas d’accord, on choisit de mettre les moyens ailleurs. Je ne suis pas du tout satisfait du gouvernement et des politiques actuelles”. Cet avocat français ira donc lui aussi manifester samedi, aux côtés de d’autres Barcelonais, en restant pacifique malgré son indignation. “Le climat général ne doit pas être vu comme une fatalité, en tant que citoyen je ne peux pas considérer l’insécurité comme une fatalité. La justice doit protéger les citoyens, nous avons besoin d’actions immédiates” lance-t-il.

Julien, qui a préféré rester anonyme, a décidé de jeter l’éponge: “Après 5 ans je pars de cette ville car je ne l’aime plus à cause des injustices. J’habite à Barceloneta, je connais une dizaine d’endroits dangereux où il n’y a jamais de présence policière. J’ai déjà été agressé, mes amis aussi, j’ai vu une fille se faire menacer avec un couteau sous la gorge il y a trois semaines pour un téléphone”.

“Barcelone reste une ville sûre”

“On est dans une psychose. Nous vivons à Poblenou, à 5 minutes à pied de l’école et ma femme ne veut pas que ma fille y aille toute seule. À Paris, les enfants de mes amis font 45 minutes de métro avec changement, personne ne pense au fait que ça peut être dangereux” raconte Florian Macé de Lepinay. Pour lui, il y a bel et bien une montée de l’insécurité, mais “on en parle trop dans les médias. C’est exagéré par les partis politiques de droite, on veut nous faire croire que le sujet est simple, qu’il suffit de mettre plus d’agents de police pour régler le problème, mais la réalité est bien plus complexe. Il faut prendre en compte le contexte de la ville, les phénomènes sociaux, les lois, les budgets comme celui pour mettre les délinquants en prison” explique-t-il. Barcelone ne serait pas plus dangereuse qu’une autre grande ville européenne.

centre ville barcelone

Interrogées par Equinox, des sources des Mossos expliquaient “qu’il n’y a pas de crise de la sécurité. Les chiffres en augmentation reflètent une hausse du nombre de plaintes. Beaucoup de délinquants font partie de groupes criminels organisés, qui font l’objet d’enquêtes. Une grande partie des homicides sont liés à des histoires de drogue”.

Les Français de passage dans la capitale catalane ont également une opinion sur le sujet. Installé à Paris, Tristan aime se rendre à Barcelone plusieurs fois par an. Pour cet étudiant “la ville est très sûre dans l’absolu, surtout en comparant à Paris. En revanche, c’est vrai qu’il y a un problème avec le Raval. J’aime beaucoup ce quartier atypique et animé, mais il y a des agressions le soir et surtout la nuit. Il y a trop de pickpockets qui s’en prennent aux touristes, c’est dommage.” Le jeune homme a lui-même été victime d’une agression. “Un voleur m’a tiré sur un doigt où j’avais un pansement et des points de suture pour me voler ma valise le jour du départ. Je crois qu’il y a aussi quelques petits problèmes vers la plage mais comme il y a toujours du monde c’est rassurant” confie-t-il.

Le thème de l’insécurité fait toujours polémique. La maire de Barcelone Ada Colau a, de son côté reconnu début septembre qu’il y avait “un problème” et a demandé à ses administrés de lui faire confiance pour le résoudre en collaboration avec les autres institutions.

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