Manuel Valls: le grand perdant de l’investiture espagnole

par Nico Salvado

Manuel Valls ambitionnait devenir ministre au sein du nouveau gouvernement espagnol. Le portefeuille des Affaires étrangères était accessible pour le Français. Madrid a pris un chemin politique opposé et met fin aux projets de l’ancien Premier ministre.

Avril 2019. Après les élections législatives nationales, le parlement espagnol est plus fragmenté que jamais. Deux possibles majorités se dessinent pour permettre au socialiste Pedro Sánchez de former un gouvernement. Une coalition avec la gauche radicale et les indépendantistes catalans ou bien un accord avec les libéraux de Ciudadanos. Fort logiquement au regard de son parcours politique, Manuel Valls plaide pour la seconde option. Aile droite du parti socialiste et supporteur sur le tard de la République En Marche de Macron, un accord entre le PSOE et Ciudadanos est la traduction espagnole du positionnement français de Manuel Valls. Nombreux sont les secteurs du PSOE, surtout dans l’Espagne rurale, favorables à cette entente avec les libéraux. Avec en promesse la fermeté face aux indépendantistes catalans.

Cordon sanitaire

Juin 2019, les événements politiques semblent aller dans le sens de Manuel Valls. Lors des municipales, de concert avec les socialistes, Manuel Valls organise un cordon sanitaire pour empêcher que le vainqueur de l’élection, l’indépendantiste Ernest Maragall, devienne maire de Barcelone. Il permet un second mandat à Ada Colau.

Juste avant l’été, le journaliste Javier de Benito Hernández publie un scoop dans le pure player moncloa.com: Manuel Valls négocie avec les équipes de Pedro Sánchez pour devenir le futur ministre des Affaires étrangères dans le nouveau gouvernement. Une nomination qui a du sens. En octobre se publiera le verdict dans le procès judiciaire des indépendantistes catalans qui ouvrira un moment délicat pour l’image internationale de l’Espagne. Manuel Valls, polyglotte, figure internationale et symbole contre le séparatisme catalan semble le porteur idéal de la carte de visite de la diplomatie ibérique.

Changement de sens

Avec seulement 123 députés, le Premier ministre par intérim Pedro Sánchez pense que la bonne fortune électorale peut être plus généreuse avec lui. Inconsciemment, il provoque une seconde législative anticipée dramatique. Les socialistes reculent de trois sièges tandis que l’extrême droite fait irruption avec plus d’une cinquantaine de députés. Pris de panique, Sánchez conclue un accord de gouvernement avec Podemos et quémande le soutien des parlementaires indépendantistes de gauche (ERC).

Une alliance consommée en ce 7 janvier, où le parlement octroie sa confiance à Pedro Sánchez. La gauche radicale obtient la vice-présidence du gouvernement et quatre ministères, du jamais-vu en Espagne depuis le rétablissement de la démocratie. L’investiture montre la porte de sortie à Manuel Valls et son projet centriste. D’ailleurs sur le réseau social Twitter, l’ancien Premier ministre français se désole d’assister à « l’une des investitures les plus tristes et les plus dangereuses pour la démocratie espagnole, d’où émergera un gouvernement faible et une division énorme ».

Pas de plan B

Manuel Valls ne sera pas ministre, mais en plus voit son « plan B » exploser en cours de route. Candidat permanent, l’actuel conseiller municipal de Barcelone, ne ferme pas à la porte à se présenter aux élections catalanes de 2020. Il sait très bien qu’il n’a aucune chance de devenir le prochain président catalan mais il avait projet de refaire un cordon sanitaire. En se faisant élire à la tête d’un petit groupe de députés, Valls aurait pu jouer le rôle d’entremetteur entre les différentes forces en faveur de l’unité de l’Espagne et ainsi empêcher les indépendantistes de revalider la présidence de la Catalogne. Las, en soutenant Pedro Sánchez, la gauche indépendantiste s’offre en même temps son ticket pour diriger la Catalogne après les élections régionales de 2020. Sans nul doute, les socialistes et Podemos permettront avec leurs députés que le candidat d’ERC, Pere Aragonès obtiennent la présidence catalane. Et transforme de fait le plan (et l’avenir politique) de Manuel Valls en coquille vide.

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