Les cinq possibles futurs présidents de la Catalogne

par Nico Salvado

En 2020 auront lieu les prochaines élections législatives catalanes et l’investiture du 133e président de la Generalitat. Equinox fait le point sur les cinq personnalités qui pourraient se convertir en nouveau chef de la Catalogne. 

2020 sera l’année de nouvelles élections en Catalogne. Le président de la Generalitat Quim Torra a été destitué par la justice après avoir été condamné pour un délit de désobéissance. Afin de protester contre l’emprisonnement et l’exil des responsables indépendantistes, Quim Torra a affiché sur la façade du siège du gouvernement le slogan « Liberté pour les prisonniers et exilés politiques » accompagné d’un ruban jaune. Lors des campagnes électorales de 2018, la commission électorale a demandé au président catalan de retirer la banderole la jugeant partisane et contraire à la neutralité d’un bâtiment public officiel. Quim Torra est sanctionné pour avoir attendu une semaine avant de la détacher, quelques minutes avant l’intervention de la police.

Le président a fait appel de sa condamnation devant le Tribunal suprême et peut ainsi rester au pouvoir quelques semaines de plus. Lorsque la sentence sera rendue ferme par la Haute cour espagnole, Quim Torra devra quitter la présidence et de nouvelles élections seront organisées. Voici les principaux prétendus pour lui succéder avec une estimation de leur chance de réussite.

Pere Aragonès

indépendance de la Catalobne

Technocrate, bon chic bon genre, Pere Aragonès est l’actuel vice-président du gouvernement catalan. L’homme a été placé sur son siège de numéro deux du gouvernement par son prédécesseur, le chef de la gauche indépendantiste catalane (ERC) Oriol Junqueras. Incarcéré depuis octobre 2017 dans le cadre de la déclaration d’indépendance, ce dernier dirige d’une main de fer son parti depuis sa cellule. Pour le moment, ERC est en tête dans les sondages et Aragonès a été désigné par son mentor comme candidat officieux pour la prochaine élection. L’avenir d’Aragonès est lié à celui des négociations autour de l’investiture du socialiste Pedro Sánchez à la tête du gouvernement espagnol. ERC a pris un virage à 180 degrés en passant de la déclaration d’indépendance à la collaboration avec le pouvoir espagnol.

En échange de son soutien pour investir Sánchez, ERC a obtenu la garantie, non écrite, de la création dans quinze jours d’une table ronde entre l’Espagne et la Catalogne, afin de trouver une sortie à la crise indépendantiste. L’accord qui naîtra de ces négociations devra être ratifié par un référendum en Catalogne. Les socialistes ont été très clairs: il n’y aura aucune proposition en matière d’indépendance et de droit à l’autodétermination de la Catalogne. Les pourparlers pourront aborder des thèmes comme le financement de la Catalogne, une décentralisation de certaines compétences et une éventuelle loi d’amnistie pour effacer les condamnations dans le procès de la déclaration d’indépendance. Si Pedro Sánchez respecte ses engagements, un fait qui reste encore à déterminer, et si la proposition séduit la population indépendantiste, l’opération d’ERC sera un franc succès et Pere Aragonès s’installera facilement dans le Palau de la Generalitat. Si la table ronde se transforme en pétard mouillé, ERC perdra son équilibre et devra endosser le rôle du traître qui a vendu le processus d’indépendance pour un plat de lentilles. Un scénario qui donnerait des ailes à la faction musclée de l’indépendantisme: le parti de Carles Puigdemont.

Laura Borràs

independance de la Catalogne

Le mouvement Junts per Catalunya (ensemble pour la Catalogne) de Carles Puigdemont pourrait être représenté par Laura Borràs. L’ancienne ministre catalane de la Culture est actuellement députée à Madrid. Suite au pacte entre ERC et les socialistes, Junts per Catalunya n’a aucune influence dans la capitale espagnole. Laura Borràs a exprimé son souhait de revenir à Barcelone. Proche d’Artur Mas, Carles Puigdemont et Quim Torra, elle représente une personne de confiance dans la sphère de la droite indépendantiste. Profil à la fois bourgeois et politiquement insolente, Borràs semble le pendant féminin de Carles Puigdemont. Le gros point faible de sa candidature est une mise en examen pour avoir supposément détourné des subventions publiques lorsqu’elle dirigeait l’institut des lettres catalanes en 2013.

Miquel Iceta

pedro sanchez socialiste

Quand un parti est au pouvoir nationalement, il améliore automatiquement son score dans les villes et régions. C’est ce qui place le socialiste Miquel Iceta en outsider du prochain scrutin. Probablement l’un des hommes les plus intelligents politiquement de Catalogne, il est dans les rouages de la machine socialiste locale depuis la fin des années 2000. Ultra proche de Pedro Sánchez, Miquel Iceta a largement aidé l’actuel Premier ministre dans la conquête du pouvoir au sein du parti, puis du pays. Possédant actuellement 17 parlementaires, les socialistes attendraient 24 sièges selon le dernier sondage connu. Miquel Iceta n’est certes pas le favori mais se tient en embuscade.

Roger Torrent

independance de la Catalogne

L’actuel président du Parlement catalan meurt d’envie d’être le candidat d’ERC. Comme nous l’avons écrit, le candidat choisit par le président Oriol Junqueras est Pere Aragonès. Cependant, les bases du mouvement devront se prononcer lors d’une primaire. Il n’est pas exclu que Torrent présente sa candidature même s’il apparaît peu plausible que la militance vote contre un choix de son iconique président incarcéré.

Carles Puigdemont

independance de la Catalogne

S’il se présente, Carles Puigdemont est assuré de réaliser un très bon score. Le politique catalan est désormais député européen, détenteur d’un passeport diplomatique et de l’immunité parlementaire. Un sésame qui empêche tout pays européen de poursuivre en justice celui qui est recherché par le Tribunal suprême espagnol depuis la déclaration d’indépendance. Or, le règlement du parlement européen interdit le cumul des mandats et empêche que Carles Puigdemont puisse se présenter à l’élection législative catalane. Pour concourir au scrutin en Catalogne, l’ancien président devrait renoncer à son mandat de député européen et perdre son immunité si durement acquise. Si Carles Puigdemont reste imprévisible et que l’on ne peut rien exclure, sa candidature serait une vraie surprise.

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