Dr Blanco: « Il semble difficile que le coronavirus ait disparu cet été en Espagne »

par Aurélie Chamerois
Dr.-Julià-Blanco covid19 espagne

Le docteur Julia Blanco est virologue à l’hôpital barcelonais Germans Trias i Pujol. Le professeur est également un chercheur dans la lutte contre les virus. Interview pour faire le point sur la situation et le futur de la crise du coronavirus en Espagne.

Comment devrait se dérouler le déconfinement ?

Pour un bon déconfinement, il faudrait connaître les bons chiffres. Savoir combien de personnes sont infectées. Nous n’avons que des données partielles. Il y a probablement beaucoup plus de personnes touchées que ce que nous savons. C’est un grand handicap qui pourrait être un piège dans ce déconfinement. Ils existent les tests PCR pour détecter directement le virus. Il y a aussi les tests sérologiques qui détectent les anticorps. Ils sont utilisés massivement en Chine ces derniers jours. Ils arrivent en Espagne au compte-goutte car il y a une demande mondiale incroyable pour en recevoir.

On note que la courbe des nouveaux cas de coronavirus est en hausse ces derniers jours. C’est en raison de l’augmentation des tests ?

Oui, c’est une conséquence directe qui est en lien avec la meilleure capacité du système hospitalier pour pratiquer ces tests. Cela reste cependant des chiffres partiels. En Catalogne, il est probable que 10% de la population soit contaminée. Ça fait plus de 500.000 personnes. En Espagne il est possible qu’il y ait plus d’un million de personnes infectées par le Covid-19. Mais il nous faut des tests massifs pour avoir une photographie réelle. Ce qui nous permettra de définir un politique sanitaire adaptée.

Le retour d’un million de personnes au travail le 12 avril dernier a-t-il fait monter les cas de contagions ?

C’est possible, les déplacements de population favorisent la circulation du virus. Ceci étant dit, il y a un changement de comportement des citoyens. Avant le confinement, il n’y avait pas de mesures de préventions appliquées par les gens. Aujourd’hui les personnes sont conscientisées, portent des masques, se protègent et possèdent une conscience sociale qui limite la propagation du Covid-19.

Peut-on encore améliorer nos comportements ?

Oui, par exemple retirer les gants que l’on a mis pour aller faire les courses. On ne peut pas toucher la poignée de porte de son immeuble ou appuyer sur un bouton d’ascenseur avec des gants utilisés au supermarché. Pour les masques, si ils ne sont pas de bonne qualité, on s’expose au mêmes risques que si l’on n’en portait pas.

La question de la chaleur faisant disparaître le virus est souvent évoquée, quelle est votre analyse ?

C’est une possibilité car beaucoup de virus des voies respiratoires disparaissent avec la chaleur. Ceci étant dit, la résistance du virus, en ce moment, est très forte et nous sommes face à une situation de pandémie mondiale. Vu l’étendue, il est donc difficile de pronostiquer que le virus va totalement disparaître  même avec la chaleur. Ça serait effectivement le cas avec tout autre virus, mais le Covid-19 a pénétré les sociétés avec tant de force qu’il est difficile d’imaginer sa disparition.

En revanche, ce qui est absolument certain, c’est que nous aurons une deuxième vague de contaminations du coronavirus en octobre prochain. Dès cet été, nous aurons une photographie plus réelle et nous saurons exactement où nous en sommes. Nous aurons une visibilité sur la baisse de la courbe de contagion. Nous constatons que la descente est très lente. En Espagne la baisse est plus rapide qu’en Italie, mais ça reste lent. Si nous suivons ce rythme, nous devrons continuer avec des limitations en été, mais qui seront beaucoup moins fortes.

Faut-il prendre des mesures au niveau territorial comme le suggère le gouvernement ? 

Faire une norme unique pour des conditions qui sont différentes serait une erreur. Il y a des situations territoriales complètement distinctes, elles doivent donc être gérées d’une manière différente.

Un habitant d’une zone très touchée par le coronavirus comme c’est le cas de Barcelone pourra passer ses vacances d’été dans une zone comme la Galice ou les Asturies où il y a très peu de cas ?

Je pense que c’est une mauvaise chose de penser aux vacances. Je ne conseillerais pas à quelqu’un de Barcelone de se déplacer en Espagne cet été. Les vacances seront totalement anormales cette année.

Vous conseillez donc à un Barcelonais de passer ses vacances en Catalogne ?

Au jour d’aujourd’hui, je ne le conseille pas non plus. Nous verrons comme je l’ai dit si la courbe descend avant de pouvoir prendre quelconque décision.

Vous êtes chercheur, où en sont les progrès pour trouver des remèdes contre le virus ?

On travaille sur le vaccin, des médicaments et de nouvelles thérapies contre le virus. Nous travaillons aussi sur la préparation de la seconde vague d’octobre. Au niveau du matériel de protection et de détection des cas, et des médicaments pour limiter les effets du Covid-19. On travaille notamment avec des médicaments que l’on utilisait pour lutter contre Ebola.

Que pensez-vous de l’hydroxychloroquine qui génère un grand débat en France ?

Apparemment l’hydroxychloroquine ne génère pas un bénéfice clinique important chez les personnes infectées qui se trouvent hospitalisées et certaines dans un état grave. En Espagne on l’utilise en prévention, dans ce domaine, nous n’avons aucune donnée concernant les résultats de l’hydroxychloroquine.

Le monde que nous connaissions avant le confinement ne reviendra jamais ? 

Non, il ne reviendra pas. Nous devons maintenant penser à la santé de la planète, à la santé environnementale et à la santé animale. Si nous ne changeons pas notre façon de vivre et ne prenons pas soin de la planète, de l’environnement et des animaux, d’autres pandémies du type de ce Covid-19 viendront.

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