Seconde vague dans les hôpitaux de Barcelone : « le système peut s’effondrer »

par Aurélie Chamerois

Les soignants des hôpitaux de Barcelone et de Catalogne sont à nouveau sur le front alors que l’augmentation des hospitalisations pour Covid19 menace le système sanitaire. Si l’accélération des cas est moins intense qu’en mars dernier, la situation inquiète. 

N’a-t-on rien appris de la première vague? « Rien » répond Xavi Tarragon, responsable syndicaliste à l’Hospital del Mar. Alors que la Catalogne vient d’annoncer de nouvelles restrictions et un confinement périmétrique, les hôpitaux de Barcelone voient chaque jour arriver un nombre croissant de patients atteints du Covid-19.

Maîtrisée depuis le déconfinement, la courbe des nouvelles hospitalisations grimpe sans trêve depuis près de trois semaines consécutives. « Pour l’instant, c’est sous contrôle, mais nous sommes à la limite, nous pouvons perdre le contrôle à tout moment, notre système peut tout à fait s’effondrer » poursuit l’infirmier auxiliaire. L’arrivée du mauvais temps a accéléré l’engorgement des urgences dans les centres hospitaliers et centres d’attention primaire. Aux malades habituels de l’hiver s’ajoutent des malades du Covid19.

soignant barcelone

Xavi Tarragon

« Nous avions prévu une augmentation des cas à partir de novembre, avec l’arrivée du froid, mais là ça fait déjà deux semaines que nous sommes à la limite de la saturation, raconte Winnie Ngoune, infirmière à l’hôpital Pere Virgili, nous avons plus de matériel qu’en mars, et nous pouvons faire des tests, mais il manque beaucoup de personnel, et la situation est vraiment critique ».

Le cruel manque de professionnels pour faire face à l’afflux de malades, c’est aussi ce qui inquiète Xavi Tarragon. « Le manque de soignants entraîne déjà de longues attentes aux urgences, mais il faut aussi savoir que nous avons des unités fermées, avec des lits vides, car nous n’avons pas assez de personnel pour les gérer » explique le responsable syndicaliste.

Hôpitaux de Barcelone : les urgences déjà saturées

Premier affecté donc : le service des urgences qui n’arrive plus à faire face à l’afflux d’arrivées depuis deux semaines. Entre 100 et 150 par jour. Des patients qui dorment dans les couloirs, parfois jusqu’à sept jours d’affilée. « Une gestion désastreuse » lâche un urgentiste.

Couloirs des urgences de l'Hospital de Mar (19 octobre 2020)Le problème de l’augmentation des hospitalisations pour Covid-19, c’est qu’elles ne sont pas prévues dans les capacités du système sanitaire actuel. Et à cause de la vitesse de propagation, les cas de coronavirus finissent par prendre toute la place.

Selon les chiffres de la Santé publique catalane, le Covid occupe actuellement 51% des lits des services de réanimation (40% il y a 7 jours, 30% il y a deux semaines). Sans les strictes restrictions décrétées hier, les prévisions estimaient que dans deux semaines 900 patients atteints du virus se trouveraient en réanimation et 1500 dans un mois. Soit un chiffre très proche des 1529 malades du mois de mars qui ont précédé le confinement total.

Mercredi à l’hospital del Mar, des 18 lits en réanimation, 15 étaient occupés par des malades de coronavirus, ne laissant plus aucune marge pour toute nouvelle admission dans ce service. « Outre le fait que nous ne pourrons peut-être plus soigner tous les malades du Covid, cette situation entraîne aussi que les autres pathologies, ou les personnes en attente d’opération, ne peuvent plus être traitées correctement, c’est en ce sens que la saturation est dangereuse pour l’ensemble de la société » poursuit l’auxiliaire infirmier.

En noir, la courbe des hospitalisations totale pour Covid19 à l'Hospital de MarL’Hospital del Mar n’a pas encore annulé ses opérations prévues hors Covid, comme de nombreux hôpitaux espagnols l’ont déjà fait. Une question de jours, tout au plus de quelques semaines selon le personnel sur place.

Mais les héros du printemps sont fatigués. Ils ont dû rattraper cet été toutes les interventions retardées pendant le pic de l’épidémie. Et n’auront finalement eu aucun répit avec la seconde vague, dont les contours évoquent déjà un véritable tsunami. « Nous craignons et nous pensons que cette fois-ci sera peut-être pire que la première vague » confie avec inquiétude Winnie Ngoune.

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