Les 10 candidat(e)s à la présidence de la Catalogne

Par Nico Salvado
Publié le Mis à jour le

Si le Covid ne l’empêche pas, l’élection pour désigner le prochain ou la prochaine président(e) de la Catalogne aura lieu le 14 février.

Contrairement à la France, en Catalogne, on ne vote pas directement pour le président. Les électeurs choisissent des députés au scrutin proportionnel qui ensuite investiront le président.

Divisé, l’indépendantisme devrait néanmoins conserver la majorité absolue et diriger le prochain gouvernement. Voici les 10 candidats à la présidence.


Pere Aragonès (Esquerra Republicana de Catalunya)

Pere Aragonès

Depuis la destitution de Quim Torra, le vice-président Pere Aragonès occupe le siège de président de la Catalogne par intérim. Après les élections du 14 fèvrier, l’économiste de formation espère dégager une majorité parlementaire lui permettant de rester assis dans le siège du Palau de la Generalitat.

Le programme de la gauche républicaine indépendantiste (ERC) est clair. Gestion de la pandémie et de ses conséquences socio-économiques marqueront le pas sur le processus indépendantiste. Les solutions sont marquées à gauche, axées sur la sécurité sanitaire avant la reprise économique.

ERC dirige aujourd’hui le ministère de la Santé et se trouve sous le feu des critiques des secteurs de la restauration et du commerce en général pour la lenteur volontaire du plan de levée des restrictions. Socialement, si ERC a réussi un bon coup en gelant le prix des loyers pour la première fois dans l’histoire de la Catalogne. Le ministre du Travail avec le bug des aides aux travailleurs indépendants a toutefois semé le trouble dans la campagne d’Aragonès.

Des failles rapidement exploitées par Junts Per Catalunya, allié gouvernemental d’ERC, mais surtout compétiteur électoral. Proche de Carles Puigdemont, le ministre des Entreprises Ramon Tremosa s’est proclamé défenseur des restaurants face au ministère de la Santé en proposant son plan de réouverture unilatéral. Tremosa n’a pas hésité a faire fuiter son plan dans la presse, « un acte de déloyauté majeur entre membres du conseil des ministres » enrage ERC.

Si les critiques d’Aragonès aiment le présenter comme un homme dénué de toute forme de charisme, le candidat préfère insister sur son visage aimable de l’indépendantisme, européiste, dialoguant et négociateur.



La victoire d’ERC serait un grand retour de la Catalogne dans les arcanes du pouvoir madrilène. Durant le prochain mandat, si Aragonès est président, il n’y aura pas de déclaration d’indépendance de la Catalogne mais un front populaire entre les socialistes et Podemos au pouvoir à Madrid et les républicains à Barcelone.

Laura Borras (Junts Per Catalunya)

Laura BorràsSi Laura Borras devient la première femme présidente de la Catalogne, il n’y aura pas non plus de déclaration d’indépendance servie sur la table, mais on sentira un fumet dans la salle. Borras, proche de Quim Torra, assume le rôle du radicalisme indépendantiste et revendique l’esprit du référendum du 1er octobre, même si il n’y a aucune possibilité réelle de modifier à court ou moyen terme les frontières intérieures de l’Union européenne.

Philologue, l’ancienne ministre de la Culture sera la gardienne du romantisme catalan. Qualifiée dans le petit milieu comme la personne la plus cultivée de Catalogne, Borras, par ailleurs parfaitement francophone, est idolâtrée par les militants du parti de Carles Puigdemont, mais à la traîne dans les sondages. Pour le moment ERC est en tête, Junts Per Catalunya est second.

Miquel Iceta (Parti socialiste)

miquel icetaSosie physique de François Hollande, Miquel Iceta n’est pas très éloigné politiquement de l’ancien président français. Face à une pléiade de candidats progressistes, Iceta veut élargir la base naturelle du parti socialiste. Lors des élections de 2017, il avait déjà noué une alliance avec Units per Avanzar, un parti souverainiste catalan conservateur notamment opposé à l’avortement. Afin de séduire les électeurs de centre-droit, Iceta tente aujourd’hui un rapprochement avec les amis de Manuel Valls de la Ligua Democratica et du petit parti indépendantiste Convergents, dirigé par l’ancien ministre de la Justice d’Artur Mas poursuivi dans une affaire de corruption.



Proche du Premier ministre Pedro Sanchez, Iceta, l’ex-étudiant en chimie, pourra compter sur le soutien du populaire ministre espagnol de la Santé, le catalan Salvador Illa. Actuellement troisième homme des sondages, Iceta espère créer la surprise.

Carlos Carrizosa (Ciudadanos)

Carrizosa

2019, la charismatique Inès Arrimadas, cheffe de l’opposition au parlement catalan, tente sa chance au plan national et devient parlementaire espagnole. Doublure d’Arrimadas, l’avocate Lorena Roldan est élue par les militants de Ciudadanos pour être alors candidate lors des catalanes de 2021.

Las, Roldan n’arrive pas à percer dans les médias et demeure une éternelle inconnue aux yeux du grand public.  En catastrophe, le parti sort le grognard Carlos Carrizosa pour la remplacer, dans ce qui ressemble à un chemin de croix électoral.

Lors du scrutin de 2017, Ciudadanos a remporté 36 députés, constituant le groupe le plus important de l’actuel parlement catalan. C’est d’ailleurs la première fois depuis le rétablissement de la démocratie qu’un parti clairement espagnoliste arrive en tête d’une élection catalane. La participation record afin de stopper le processus indépendantiste après la déclaration d’octobre 2017 a offert à Ciudadanos son heure de gloire.

Trois ans plus tard, l’inflammation indépendantiste apaisée, les votes du parti orange fondent comme neige au soleil. De près de 40 députés en 2017, la liste de l’avocat Carlos Carrizosa n’est pour le moment créditée que de 15 élus dans les sondages.

Jessica Albiach (Podemos)

Catalunya en Comú Podem

Podemos en Catalogne est en respiration artificielle. Manuel Valls a offert en mai 2019 un bouche à bouche à Ada Colau, pour que la gauche radicale puisse sauver son ultime parcelle de pouvoir : la mairie de Barcelone. Si l’on peut remporter une élection perdue après une manœuvre politicienne douteuse en coulisses, il sera difficile de peser réellement dans les urnes en février prochain.

La maire de Barcelone ambitionne depuis longtemps de diriger la Catalogne mais, au vu des circonstances, enverra au casse-pipe Jéssica Albiach , une jeune journaliste venue de Valence. Coincés entre ERC, les socialistes, Manuel Valls et l’extrême-gauche indépendantiste de la Cup, Podemos et sa marque locale « Catalunya en Comú » sont totalement illisibles à trois mois du scrutin. Les sondages relèguent la gauche radicale à 5e place de l’élection avec moins de 8% des voix.

Alejandro Fernández (Partido Popular)

Alejandro Fernández

C’est compliqué pour le politologue Alejandro Fernandez. L’homme semble porter sur ses épaules toute la misère du monde politique. Les violences policières lors du référendum du 1er octobre dénoncées par la bien-pensance catalane incombe au Partido Popular de Mariano Rajoy que représente Alejandro Fernandez.



En même temps et paradoxalement, les supporters les plus radicaux de l’unité de l’Espagne accusent le PP ne pas avoir réussi à empêcher la tenue du référendum et tournent aujourd’hui leurs regards vers l’extrême-droite de Vox. Alejandro Fernandez, jugé par ses pairs comme l’un des meilleurs connaisseurs de l’institution parlementaire, pourrait être victime d’une première dans le pays : que l’extrême-droite attire plus de votes que la droite classique.

Ignacio Garriga (Vox)

Garriga (Vox)

L’actuel député au parlement espagnol Ignacio Garriga sera le représentant de Vox à la présidence de la Catalogne. Candidat à toutes les élections, le dentiste Garriga avait obtenu 3% des voix au municipales de Barcelone. Le discours de Vox est un triptyque : sécuritaire, flirtant avec le complotisme anti-Covid, contre l’indépendance de la Catalogne.

Pour la première fois dans l’histoire moderne de la Catalogne, l’extrême-droite va s’asseoir dans l’hémicycle du Parc de la Ciutadella. Vox obtiendrait selon les sondages entre 4 et 6 députés. Le parti se nourrit des votes du Partido Popular dont il est une excision.

Àngels Chacón (Partit Democrata)

Àngels Chacón

Le Partit democrata d’Artur Mas et de Carles Puigdemont a rompu avec ce dernier. Le mouvement de centre-droit catalaniste n’épouse plus les thèses indépendantistes radicales de l’ancien président. Le Partit democrata est représenté par l’ancienne ministre des entreprises Angels Chacon qui a été expulsée du gouvernement en septembre dernier, justement pour ne pas soutenir Carles Puigdemont.

Antoni Castellà (Démocrates de Catalogne)

Antoni Castellà

Le petit parti démocrate chrétien et ultra-indépendantiste se présentera avec le député Antoni Castellá. Avec la Cup, Démocrates de Catalogne est le seul parti à proposer pour la prochaine législature une déclaration unilatérale d’indépendance. Le mouvement est bien connecté avec une partie de l’intelligentsia barcelonaise indépendantiste.

Le candidat inconnu de la Cup

L’extrême-gauche indépendantiste de la Cup sera présente aux élections, mais n’a pas encore désigné son ou sa candidate.



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