Catalogne-Espagne : réconciliation autour des cordons de la bourse

par Nico Salvado
Catalogne espagne

Politiquement 2021 en Catalogne sera aux antipodes de 2017. La dynamique indépendantiste sera remplacée par la logique budgétaire. 

La Catalogne a besoin d’argent. L’Espagne a besoin de stabilité politique. Le président par intérim, Pere Aragonès, candidat favori dans les sondages de l’élection catalane de février prochain nécessite une rallonge budgétaire pour affronter les ravages socio-économiques du Covid.

Le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez ne veut pas être une parenthèse dans l’histoire politique espagnole et souhaite écarter du pouvoir à long terme la droite conservatrice du Partido Popular. Les temps sont mûrs pour la réconciliation entre Madrid et Barcelone après 10 ans de passe d’armes.

L’exécutif espagnol est prêt à desserrer les cordons de la bourse afin de favoriser les régions au détriment de la capitale Madrid. La gauche indépendantiste de Pere Aragonès (ERC) en Catalogne, les socialistes et Podemos au pouvoir en Espagne ont scellé une grande réforme. Elle vise à uniformiser la fiscalité dans tout le pays. Un bonus pour la Catalogne et Valence qui déplorent depuis des années le dumping fiscal de la région de Madrid, paradis fiscal local au sein de l’Espagne. Paradis de liberté corrige la présidente conservatrice de Madrid Isabel Díaz Ayuso.

Un triple coup politique

Le coup politique du gouvernement espagnol est triple. Premièrement avec le retour de la collaboration indépendantiste, l’exécutif s’offre une stabilité parlementaire pour les 3 ans à venir, grâce à la vingtaine de députés souverainistes catalans. Au passage, le plan passe par donner de l’oxygène à Pere Aragonès et son parti ERC pour vaincre le plus largement possible la droite de Carles Puigdemont, lors des élections de février. Plus revêche, la candidate Puigdemontiste, Laura Borras, n’entend pas travailler de concert avec l’Espagne.

Au-delà de la réforme fiscale, si Pere Aragonès remporte les élections, c’est le grand chantier d’un nouveau financement catalan qui s’ouvrira. L’occasion, et c’est le second point du plan, de créer un grand Front Populaire progressiste. Socialistes et Podemos à Madrid et Républicains de gauche à Barcelone.

Pere AragonèsCe qui ouvre la porte au troisième point : en s’assurant à long terme du soutien de la Catalogne, ajouté à celui des régionalistes basques, les socialistes se voient au pouvoir sur un horizon lointain. Isolé avec seul partenaire l’extrême droite de Vox, il serait très dur pour la droite du Partido Popular de dégager une majorité pour revenir aux affaires.

Paradoxalement, l’unique espoir pour la droite espagnole que ce plan déraille s’appelle Carles Puigdemont. L’ancien président, avec son parti à la traîne dans les sondages et face à la victoire de son rival Pere Aragonès, va dégainer sa dernière balle. Celle qui porte le nom de « trahison ».

Pour le votant indépendantiste le plus passionné, toute collaboration avec Madrid entraîne automatiquement la notion de traîtrise. A moins que ce votant n’ait, lui aussi, besoin de la réforme fiscale pour financer la reprise économique.

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