Elections Catalogne : les gagnants et les perdants

Par Nico Salvado

Elections Catalogne : voici le résultat final. Un scrutin serré qui devrait accoucher sur un nouveau gouvernement indépendantiste.

En Catalogne, contrairement à la France, on ne vote pas directement pour le président. Les électeurs choisissent 135 députés, qui ensuite investissent le président. Les différents partis indépendantistes cumulent 74 députés. La majorité absolue étant située à 68 sièges.

Il est cependant également possible de former une majorité de gauche avec le socialiste Salvador Illa. Une option moins probable, les partis indépendantistes s’étant engagés durant la campagne électorale à ériger un cordon sanitaire autour du socialiste, favorable à l’unité de l’Espagne.

Voici les gagnants et les perdants du scrutin.


psc

Salvador Illa : gagnant stérile 

salvador illa

Le ministre espagnol de la Santé arrive premier de l’élection. Il réussit son pari en doublant le nombre de députés socialistes au sein du parlement catalan. De 17 élus à 33. Salvador Illa revendique sa victoire avec 22,99% des voix. L’ancien ministre de la Santé termine l’élection en tête devant les indépendantistes de gauche (21,33%) et ceux de droite (20,10%).

Salvador Illa annonce qu’il se présentera devant le parlement catalan pour tenter d’être investi président de la Catalogne par les députés. Sauf coup de théâtre, il n’obtiendra pas la confiance de la chambre. Le camp indépendantiste possède la majorité absolue au parlement avec 74 députés.

Cependant l’honneur est sauf pour l’ancien ministre. Son bon score ne fragilise pas le Premier ministre Pedro Sanchez et ne remet pas en question la gestion de la pandémie en Espagne.


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Pere Aragonès: probable futur président

pere aragones

L’actuel vice-président de la Generalitat, l’indépendantiste de gauche Pere Aragonès, arrive second mais dispose d’une large majorité indépendantiste. Cependant, le candidat d’un indépendantisme extrêmement modéré et qui a ouvert une table de dialogue avec le gouvernement espagnol va devoir séduire ses partenaires séparatistes. Le camp Puigdemont et sa vision musclée de l’indépendantisme possède 32 députés et les radicaux de la Cup 9 parlementaires. Il n’est pas exclu que ces deux partis mettent la barre très haute pour accepter d’investir président le tiède Pere Aragonès. Il faudra dessiner une feuille de route commune. Le passage de la collaboration avec Madrid mise en place par Pere Aragonès va poser problème.

 


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Laura Borràs : perdante 

laura borras

L’ancienne ministre catalane de la culture et candidate mandatée par Carles Puigdemont est la perdante indépendantiste du scrutin. Elle pensait déjouer les sondages, arriver devant Pere Aragonès et se trouver en position de former son gouvernement.

Avec le score décevant de Borràs, l’avenir de Carles Puigdemont et de la droite indépendantiste catalane est en jeu. Le parti de Carles Puigdemont s’appelle aujourd’hui Junts Per Catalunya (ensemble pour la Catalogne). La plupart de ses cadres et élus provient du parti Convergencia Democratica de Catalunya qui dirigea la Catalogne de 1981 à 2001 avec Jordi Pujol, de 2010 à 2015 avec Artur Mas et depuis 2015 avec Carles Puigdemont et Quim Torra. C’est peu dire que Junts Per Catalunya/Convergencia n’est pas habitué à perdre les élections.

 


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Carlos Carrizosa : le fiasco

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Carlos Carrizosa n’est plus qu’une triste ombre du grand soleil de la victoire d’Arrimadas en 2017. Boosté par la peur indépendantiste, Ciudadanos avait ratissé au-delà de ses frontières naturelles. Principale force parlementaire avec 36 députés, c’était la première fois depuis 1981 qu’un parti ouvertement en faveur de l’unité espagnole se propulsait en tête d’une élection catalane.

4 ans plus tard, le parti a implosé. Faute de colonne vertébrale idéologique, Ciudadanos a pactisé avec le social-démocrate Manuel Valls à Barcelone et l’extrême-droite de Vox à Madrid. Fatiguée de son rôle stérile de chef de l’opposition au parlement catalan, Arrimadas est partie vivre à Madrid pour continuer sa carrière politique au sein de la capitale espagnole. Résultat : sur les 36 députés de Ciudadanos de 2017, il n’en reste plus ce soir que 6.

 


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Ignacio Garriga : grand gagnant 

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Ignacio Garriga, 34 ans, était le candidat le plus jeune de l’élection et il se convertit ce soir en un des grands gagnants du scrutin. Pour la première fois depuis 1981, l’extrême droite siégera au parlement catalan. La liste de Vox conduite par Ignacio Garriga remporte 11 sièges avec 7,68% % des voix. Et c’est également une première : le représentant de la droite classique (Partido Popular, équivalent des Républicains) Alejandro Fernández est derrière avec 3 sièges remportés et 3,84% des voix.

La première grande victoire de Vox a eu lieu en décembre 2019 avec l’élection d’une dizaine de conseillers régionaux en Andalousie. Puis, le parti d’extrême droite a réalisé au printemps 2020 d’excellents scores à Madrid et à Murcia. Dans ces trois régions, Vox soutient les exécutifs composés du Partido Popular et de Ciudadanos. En janvier 2020, Vox devenait le troisième groupe au parlement espagnol avec une soixantaine de parlementaires. Si Vox, scrutin après scrutin, enchaîne les percées électorales, c’est la première fois qu’il se hisse devant la droite classique.

Ignacio Garriga est le seul candidat à faire partie d’une minorité dans une classe politique catalane blanche à 99,99 %. Cet orthodontiste a réussi à faire un bon score avec un programme assez simpliste : mettre un terme au processus indépendantiste catalan.  Vox veut livrer bataille pour récupérer la Catalogne et l’Espagne. Pour ce faire il propose, au besoin, d’incarcérer les dirigeants indépendantistes et d’interdire les partis politiques de cette idéologie. Par ailleurs, Garriga surfe avec le révisionnisme concernant la pandémie du Covid.

 


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Jessyca Albiach : sauvetage des meubles

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La représentante de la gauche radicale Podemos et de sa branche locale En Comù réalise un score tiède avec 6,86% et 8 députés. Fidèle d’Ada Colau, le score d’Albiach ne fragile ni ne renforce la maire de Barcelone. Il en va de même pour Podemos qui co-gouverne l’Epagne en coalition avec les socialistes. Avec ses 8 députés Albiach reste dans le jeu politique. Si une improbable formation de gauche voyait le jour entre les socialistes et indépendantistes d’ERC, Albiach pourrait servir d’entremetteuse. Même dans un gouvernement indépendantiste « d’union nationale » Albiach pourrait avoir un rôle à jouer. C’est en tous cas le vœux de Pere Aragones.

 


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Dolors Sabater : gagnante

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Pour la troisième législature consécutive, l’extrême-gauche indépendantiste de la Cup possède la clé de l’investiture du prochain président du gouvernement catalan. Si les deux grands partis indépendantistes veulent former une majorité, ils devront passer par la Cup. L’ancienne maire de Badalona, Dolors Sabater, avec 9 parlementaires fait plus que doubler le score du mouvement par rapport à 2017.

 


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Alejandro Fernandez : grand perdant

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Alejandro Fernandez, 44 ans, a payé la facture du Partido Popular de ces dernières années. La droite conservatrice possède une image dure en Catalogne. Jugée responsable des violences policières autour du référendum du 1er octobre 2017 avec le gouvernement de Mariano Rajoy ; de l’activation de l’article 155 de la Constitution suspendant les institutions catalanes après la déclaration d’indépendance ; et de l’emprisonnement des responsables séparatistes. Les électeurs modérés ont tourné le dos à Fernandez. Par ailleurs, pour les supporters de l’unité de l’Espagne, Vox paraît plus compétent que la droite pour mettre un terme définitif au projet indépendantiste.

Pris entre le marteau et l’enclume, Fernandez se retrouve derrière le candidat de l’extrême-droite et réalise le pire score dans l’histoire du parti en Catalogne avec 3 députés . Un résultat qui fragilise le chef national du Partido Popular, le leader de l’opposition en Espagne Pablo Casado.


 

 

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