Lutte contre la Covid : l’exemple espagnol

Par Camélia Balistrou
Covid

Bars, restaurants et lieux culturels ouverts, l’Espagne a choisi de laisser une relative liberté à sa population malgré la pandémie. Le risque de contamination est toujours présent, pourtant, le taux d’incidence du pays est de 249 cas pour 100.000 habitants sur les 14 derniers jours, soit l’un des moins élevés d’Europe. Comment l’expliquer ? 

Le gouvernement espagnol a inversé la tendance. Alors que les deux premières vagues de la Covid-19 ont été marquées par un nombre d’infectés quotidien très élevé par rapport au reste de l’Europe, l’Espagne fait presque figure de bon élève à l’heure actuelle. Or, depuis l’automne dernier, les théâtres, les cinémas, les bars et restaurants sont ouverts dans toute la péninsule et les couvre-feux varient de 22 h à 23 h selon les régions. À l’opposé, dans les pays voisins, les confinements se sont poursuivis et les mesures se sont durcies sans pour autant avoir de meilleurs chiffres. Un paradoxe qui soulève des questions.

L’épidémiologiste catalan Joan Cayla explique que les foyers de contaminations ont davantage lieu dans des endroits clos. Ainsi, en sortant plus, tout en respectant les mesures sanitaires, le risque de contamination diminue légèrement. Néanmoins, l’épidémiologiste nuance : « la situation s’est certes stabilisée en Espagne, mais ces libertés ont attiré beaucoup d’étrangers, notamment des Français à Madrid. Ces venues ont fait de la communauté de Madrid, la région avec l’un des taux d’incidence les plus élevés d’Espagne ». 

Une stratégie payante

« Si le pays a décidé d’éviter d’autres confinements stricts, c’est avant tout un choix économique » explique le Dr. Joan Cayla. Il est vrai que le gouvernement de Pedro Sánchez ne pouvait assumer économiquement une fermeture prolongée des bars, restaurants et lieux culturels. Cependant, le maintien de leurs activités a été possible grâce à des protocoles très stricts : port du masque obligatoire, capacité d’accueil restreinte, nombre de personnes par table limité et des plages horaires de travail moins étendues.

Covid espagne

Le Dr. Joan Cayla a dirigé pendant 23 ans le service épidémiologique de l’agence de la santé publique de Barcelone.

Concernant la vaccination, la campagne avance de mieux en mieux malgré un retard à son lancement en janvier dernier. Actuellement, 25 % de la population espagnole a reçu au moins une dose de vaccins et 9,9 % des Espagnols ont reçu deux doses. « Par rapport à d’autres pays comme l’Israël, les États-Unis ou encore le Royaume-Uni, cela reste bas, souligne le spécialiste catalan, mais au sein de l’UE, le pays fait partie des bons élèves. » Le gouvernement espagnol estime par ailleurs que 70 % de la population serait vaccinée d’ici le mois d’août. Un seuil à franchir pour atteindre une éventuelle immunité collective.

Le risque d’un relâchement

Avec la fin de l’état d’urgence aujourd’hui, le Dr. Cayla appréhende un relâchement de la population espagnole. « Sans confinement comarcal et couvre-feu, le risque de résurgence sera omniprésent. Il faudra que les communautés autonomes réagissent rapidement au moindre pic de contamination. » Selon le spécialiste, l’enjeu sera d’éviter les erreurs de l’été dernier notamment pour aider le secteur touristique. « Le nombre de contaminés a explosé en juillet 2020, résultat, le nombre de touristes a été historiquement bas an août » précise Joan Cayla.

Même si l’Espagne dresse un bilan plutôt encourageant depuis le début de l’année, le catalan rappelle que la surmortalité espagnole liée à la Covid reste l’une des plus élevées au monde. Par exemple, pour 100.000 habitants, l’Espagne compte 263,71 morts.

Avec un total 78.792 décès depuis le début de la pandémie pour une population totale de 46 millions d’habitants, la surmortalité de la péninsule ibérique s’élève à 23 %. Un chiffre qui la place, en mars 2021, au rang de sixième pays au monde avec la plus grande surmortalité.

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