À Barcelone, vaccination à deux vitesses entre quartiers riches et pauvres

Par Camélia Balistrou
Vaccination à Barcelone

Vaccination à Barcelone. Depuis le début de la campagne vaccinale, des inégalités se sont dessinées dans la ville de Barcelone. En effet, la capitale catalane est marquée par de grands écarts économiques par quartier. À ce jour, les zones les plus défavorisées comptent le moins de personnes vaccinées. Les experts et autorités sanitaires l’expliquent par une fracture numérique creusant ces disparités, et préparent des actions pour y remédier. 

Le constat est clair. Les quartiers comptant les habitants les plus pauvres de Barcelone dénombrent le moins de personnes vaccinées. Les données officielles du ministère de la Santé catalane publiées jeudi dernier l’illustrent. Effectivement, lors de l’injection de la première dose pour les individus âgés entre 60 et 65 ans, 72 % des habitants du quartier de Ciutat Vella, le plus défavorisé de Barcelone, ont été vaccinés contre 85 % à Sarrià-Sant Gervasi, zone plus aisée.

Les différences ne sont, toutefois, pas irrattrapables estiment les experts, puisque la campagne de vaccination massive a réellement commencé au début du mois de mai et les moyennes globales des personnes vaccinées sont relativement élevées à Barcelone. D’après les données du ministère, la majorité des quartiers de la cité comtale évolue dans des pourcentages autour de 80 % pour les individus âgées de plus de 70 ans. Par exemple, à Nou Barris, où les habitants ont globalement de faibles revenus, 78 % de sa population est vaccinée. À Les Corts, quartier plus aisé, le pourcentage est de 82 % pour les plus 70 ans. Mêmes observations à Poble-Sec et Corts-Pedralbes, le premier compte 76 % de vaccinés parmi les plus de 70 ans et le second 85 %.

Logiquement, les disparités sont plus grandes pour la population âgée entre 50 à 55 ans, puisque leur vaccination est possible depuis seulement deux semaines maintenant. Par exemple, à Nou Barris, 24 % des habitants de cette tranche d’âge sont vaccinés contre 41 % à Sarrià-Sant Gervasi.

Vaccination à Barcelone : d’où proviennent ces inégalités ?

Les différences de santé entre les quartiers riches et pauvres ne sont pas nouvelles. Au contraire, il a été démontré que l’espérance de vie moyenne à Barcelone peut varier de 78 à 83 ans selon les quartiers. De l’obésité infantile aux accidents vasculaires cérébraux, il est largement prouvé par le ministère de la santé que la population avec le moins de moyens souffre davantage de problèmes de santé en raison des conditions de vie et des habitudes comme l’alimentation ou l’accès aux soins médicaux.

Dans le cas de la vaccination, les experts et les autorités sanitaires travaillent principalement sur deux hypothèses. La principale repose sur la fracture numérique. Si au début de la campagne les personnes de plus de 80 ans ont été appelées directement par les centres de santé, maintenant les tranches d’âges de moins de 70 ans sont convoquées par SMS suite à la prise de rendez-vous sur le site de la Generalitat. Or, tout le monde ne gère pas avec la même facilité les formulaires en ligne. Cela pourrait être l’une des raisons qui compliquent la vaccination des classes sociales les plus défavorisées.

L’autre raison, selon les professionnels, repose sur les débats concernant les vaccins. Par exemple, le débat sur AstraZeneca, a suscité une plus grande suspicion, notamment chez les personnes ayant un capital social et culturel faible estiment les experts. « La vaccination a été proposée comme une campagne universelle, pour tous et sans frais. C’est quelque chose de positif, mais en termes de santé, vous pouvez offrir des services à l’ensemble de la population, mais tout le monde n’a pas la même capacité à les recevoir », souligne Carme Borrell, directrice de l’Agence de Santé Publique de Barcelone (ASPB). Autrement dit, avec moins de capacité à vérifier les informations, les individus finissent par refuser de se faire administrer les doses.

Quelles solutions ?

Manuel Franco, professeur à l’Université d’Alcalá et spécialiste des inégalités et des maladies, est convaincu que les différences observées à Barcelone se retrouveraient aussi dans d’autres grandes villes espagnoles si des données étaient disponibles. Les chiffres du département de la Santé catalane reflètent même des inégalités entre les quartiers d’autres villes de la région comme Badalona, L’Hospitalet de Llobregat, Gérone et sa voisine Salt, dont la moyenne des revenus est beaucoup plus faible. « La seule solution est d’appliquer des critères d’équité en matière de santé. Là où ils sont le plus nécessaires, il faut investir davantage de ressources et d’argent » commente Manuel Franco.

La directrice de l’Agence de Santé Publique de Barcelone, Carme Borrell, quant à elle, a annoncé que l’institution travaille sur une série de mesures visant à atténuer ces disparités. Elles seront appliquées dans les semaines à venir informe-t-elle.

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