Malika Favre, Française de Barcelone et créatrice de l’affiche de la Mercè 2021

Par Nico Salvado
Publié le Mis à jour le

L’illustratrice Malika Favre est la créatrice de l’affiche officielle des fêtes barcelonaises de la Mercè 2021. Rencontre.

Photos : Clémentine Laurent/Equinox

Vous êtes une Française de Barcelone, vous cumulez un demi-million d’abonnés sur Instagram, vous dessinez les couvertures du magazine The New Yorker, vous avez collaboré avec Vogue, le journal Le Parisien. Maintenant, vous avez réalisé l’affiche officielle de la Mercè, comment en arrive-t-on là ?

Avec une série d’heureux accidents. A 21 ans, j’ai quitté Paris pour Londres et cela a représenté une formidable ouverture sur le monde. J’ai abandonné mes études de Maths Sup car il me manquait quelque chose. Je suis devenu illustratrice. J’ai fait une école dans ce secteur et la méritocratie londonienne a fonctionné à plein régime. J’ai travaillé pour des agences, puis réalisé des couvertures de The New Yorker, la première en 2011. Une fois devenue freelance, j’ai quitté Londres pour Barcelone en 2018, principalement pour sa qualité de vie (rires).

Et là, la mairie de Barcelone vous appelle pour créer l’affiche officielle de la Mercé 2021…

En juin dernier, je reçois un coup de fil de Nacho Padilla, directeur créatif de la mairie de Barcelone, qui me propose de créer l’affiche de la Mercè 2021. Comme cela se passe souvent à Barcelone, il avait eu mon numéro de téléphone via différents contacts. Je n’ai pas hésité une seule seconde. C’est très fort car j’adore ce concept qui laisse une liberté totale à l’artiste. Je n’ai eu aucune pression de la mairie. Carte blanche totale. L’agence barcelonaise P.A.R a ensuite ajouté la typographie.

Votre affiche est une allégorie de Barcelone qui prend la forme d’une reine, protectrice et puissante, la femme méditerranéenne, mais c’est également un portrait sortant de votre esprit de la vierge de la Mercè, sainte patronne de ville.

Oui, je me suis beaucoup inspirée des statues de cette vierge qui protège Barcelone. C’est pour cela qu’elle porte une couronne comme sur les représentations officielles. J’ai voulu lui rendre hommage et c’est pour cela qu’elle est protectrice, affirmée. C’est un personnage qui se redresse pour sortir de la crise actuelle du Covid, mais pas que. J’ai voulu faire quelque chose de plus subtil.

Subtil est le mot quand on découvre tous les détails de l’affiche : les boucles d’oreilles sont les tours de la Sagrada Familia, il y a les armoires de la ville, la sardane également présente dans la couronne, le fameux panot, le pavé de Barcelone, et les mosaïques du carrelage des appartements de l’Eixample…

Oui, c’est l’affiche des 150 ans de la Mercè, il était important d’y représenter le meilleur de Barcelone. C’est une vision, idyllique, optimiste de la ville. On vient de passer deux années sombres à cause du Covid et d’ailleurs on voit l’ombre passer sur le visage de la femme. On sort de cette obscurité pour revenir à la lumière.

Malika FavreVous allez sortir un livre en France qui s’appelle“Engagées“. Vous illustrez l’ouvrage féministe de Charlotte Daubet. Votre affiche est-elle féministe ?

Ce n’est pas ce que je dirais en premier lieu pour qualifier mon affiche. Mais le féminisme est intrinsèque en moi. C’est un concept très compliqué à définir. Il y a eu des petites polémiques sur les réseaux sociaux : certains ont décrit cette femme comme trop belle, trop mince, donc selon ses commentateurs pas assez “féministe”. D’autres y ont vu une ressemblance avec la chanteuse Rosalia alors que ce n’était pas mon intention (rires).

Qu’avez-vous ressenti en voyant votre affiche dans les rues de Barcelone ?

En 2018, j’avais fait l’affiche de Paris Plage, mais je n’habitais pas la ville. J’étais à Londres, mes parents m’envoyaient les photos.

Paris Plages 2018 - KiblindCette fois-ci à Barcelone, je vois ma propre affiche dans les rues, et c’est super cool (rires). Barcelone est une ville d’illustrations, il y en a beaucoup dans l’espace public en règle générale.

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