Est-ce la fin des voyages en avion ?

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Entre l’écologie et la séduction des destinations plus proches, les voyages en avion ne semblent plus avoir la cote. Et pourtant, l’aéroport de Barcelone est presque revenu à ses chiffres d’avant-pandémie. Décryptage de la nouvelle tendance de voyage.

Photo : Europa Press

Prendre l’avion, aujourd’hui, n’est plus seulement un moyen de transport : c’est aussi presque une honte. Le footballeur Kylian Mbappé et son entraîneur Christophe Galtier en ont fait les frais, ce lundi 5 septembre. Lors d’une conférence de presse au cours de laquelle on leur a demandé pourquoi le PSG avait fait le trajet Paris-Nantes en avion et pas en train, ils ont éclaté de rire et l’entraîneur a ironiquement répondu qu’ils pensaient bientôt se déplacer en char à voile.

La réponse n’a pas du tout plu en France, étant donné l’empreinte carbone bien connue des avions de ligne. Les compagnies aériennes représentent 2 % des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial, et précisément 12 % des émissions dans le secteur du transport. Un constat effarant qui mène certains, surtout depuis la pandémie, à limiter leurs déplacements en avion. Cette “honte de prendre l’avion” porte même un nom : “flygskam” en suédois, francisé en “avihonte”. Est-ce donc la fin des longs voyages en avion ?

Cette question, Bertrand, Français vivant à côté de Barcelone, se la pose. Cadre commercial, il a pris récemment conscience du poids écologique de ses déplacements en avion, et pense à privilégier les trajets en train. “Je n’en suis qu’au stade de la réflexion”, reconnaît-il, mais il pense à d’autres alternatives que l’avion pour ses vacances, comme par exemple profiter de sa voiture électrique pour partir en voyage dans des pays proches.

Les destinations touristiques proches, à la mode

Il n’est pas le seul à s’intéresser aux destinations plus proches. Chez Condé Nast Traveler, magazine international de lifestyle et voyage, la rédaction a aussi misé sur des articles faisant découvrir des spots dépaysants et pourtant à deux pas de chez soi. “Il y avait vraiment deux situations contradictoires, pendant la pandémie”, précise Clara Laguna, rédactrice au bureau de Madrid. “On a vu un intérêt croissant de nos lecteurs pour les articles sur les destinations lointaines et paradisiaques, certainement parce que cela faisait rêver alors qu’on ne pouvait pas voyager. Mais on a aussi vu chez les lecteurs un désir de connaître ce qui est tout près, notamment dans l’Espagne vide [régions les moins peuplées]”.

Les agences touristiques remarquent aussi cette tendance actuelle de voyager plus lentement et moins loin. Chez Tarannà, agence basée à Barcelone, des voyages en train sont aussi proposés, mais “ils se réduisent à l’Europe”. “C’est un marché qui grandit petit à petit, étant donné que les infrastructures sont limitées, mais nous allons augmenter nos propositions”, assure l’agence. Mais selon elle, ce type de demande “est plus motivée par des raisons économiques et de facilité d’accès aux pays que par l’environnement”.

fin voyages avionPhoto : Pepe Navarro

Car le prix est aussi une raison de moins prendre l’avion. “Les compagnies aériennes ont réduit leurs vols et ont augmenté leurs prix de manière exorbitante depuis mai 2022”, en plus des nombreuses demandes pour des destinations spécifiques qui font grimper les coûts, comme ce fut le cas cette année en Tanzanie ou en Grèce, selon Tarannà.

Pour couronner le tout, la pandémie et les nombreuses restrictions de voyage ont coupé pour certains l’envie de grands voyages requérant beaucoup d’organisation. C’est le cas de Myryam, experte en ressources humaines à Barcelone, qui dit être devenue “anxieuse à l’idée de voyager”.  “La pression des tests PCR pour entrer dans un avion, le risque omniprésent pendant le séjour à l’étranger de ne pas pouvoir rentrer chez moi si mon test s’avère positif à la veille du retour, la fermeture des frontières du jour au lendemain presque sans préavis… Autant de facteurs qui m’ont marquée négativement. Depuis, je n’ai plus envie de prendre l’avion, j’en ai presque peur, or avant tout ça j’adorais voyager. Aujourd’hui, je préfère les courtes distances faisables en voiture”, confie-t-elle.

La « boulimie du voyage », effet inverse

Observe-t-on donc une chute libre de l’aviation civile ? Pas pour autant. Une preuve en est que les aéroports espagnols ont presque retrouvé le nombre de voyageurs d’avant-pandémie. L’aéroport Josep Tarradellas-El Prat de Barcelone, le deuxième le plus fréquenté du pays après celui de Madrid, a compté 4,4 millions de passagers en juillet 2022, seulement 17 % de moins qu’en juillet 2019, et 28 000 vols soit 15 % de moins qu’en 2019. En bref, l’aéroport de Barcelone a récupéré plus de 80 % de son activité d’avant-pandémie, ce qui démontre que la tendance du voyage zéro avion est loin d’être généralisée.

Nous ne pensons pas que la prise de conscience de la pollution des trajets aériens ait beaucoup affecté la manière de voyager, du moins pour nos clients. Cette prise de conscience doit encore grandir”, opine Tarannà voyages, qui offre à ses clients la possibilité de compenser ses émissions carbone en plantant des arbres.

En réalité, si la prise de conscience environnementale et l’”avihonte” ont pris du terrain durant et après la pandémie, l’effet inverse s’est aussi produit. On l’appelle “revenge travel”, ou en français le “voyage de vengeance”. Le phénomène se traduit par une sorte de “boulimie” du voyage, c’est-à-dire faire de grands voyages qui n’étaient pas possibles durant la crise du Covid-19, ce qui a frustré de nombreux voyageurs. De plus, la pandémie et les restrictions de déplacements ont mené une certaine classe de la population à économiser, et donc utiliser cet argent pour voyager encore plus ou d’autant plus loin ensuite. Un phénomène difficile à combiner avec la réduction de l’empreinte carbone, donc.

fin voyages avionPhoto : Vicente Zambrano González/Ajuntament

La preuve : cet été, les destinations les plus demandées par les clients de Tarannà voyages étaient la Tanzanie, le Kenya, l’Afrique du sud, les Maldives, le Costa Rica, l’Égypte, la Jordanie, l’Argentine ou encore la Grèce. Des pays quasiment impossibles à rejoindre sans prendre l’avion, depuis l’Espagne. Frédéric, 46 ans et ouvrier dans une usine de Manrèse, explique qu’il n’a pas beaucoup voyagé depuis 2020 car il n’est pas vacciné, mais “l’an prochain, on pourra peut-être reprendre nos voyages longue distance car l’épidémie se termine”.

De nouveaux voyageurs “conscients”, “informés”

Cependant, voyager loin ne veut pas dire voyager sans réfléchir. Et là se trouve toute la nouvelle tendance. Les voyageurs recherchent surtout le contact avec la nature, le monde sauvage, les cultures locales, bref, des expériences authentiques. “Les gens cherchent à partir loin, mais surtout mieux faire pendant leurs voyages”, explique Clara Laguna depuis Condé Nast Traveler. “Ils sont prêts à payer plus pour des expériences authentiques, et ne veulent plus voyager de façon si ‘inconsciente’ comme avant. Et pendant la pandémie, le secteur a aussi réfléchi à comment mieux se réinventer. Les compagnies aériennes sont en train de faire des efforts sur le côté écologique, et même si cela prend du temps, cela participe à cette nouvelle tendance du voyageur ‘informé’, du voyageur ‘conscient’”.

50 % des abonnés à Equinox sur Instagram ayant participé au sondage sur ce sujet disent prendre moins l’avion depuis la pandémie. 34 % d’entre eux disent le prendre autant qu’avant, et seulement 16 % le prendraient plus qu’avant, ce qui renforce la tendance non pas du voyager moins, mais du voyager mieux.

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medecin français à Barcelone

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