Le football bientôt interdit dans les rues de Barcelone ?

Les parties de foot sur la Ronda de Sant Antoni suscitent des tensions.
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En pleine Coupe du monde, les parties de football se multiplient dans les rues de Barcelone. Des associations de riverains et de commerçants dénoncent les nuisances liées à ces matchs.

Comme à chaque fin de journée, à la sortie de l’école, des enfants et des adolescents rejouent les derniers matchs de la Coupe du Monde sur des terrains improvisés sur la Ronda de Sant Antoni. À l’ombre des arbres, ils enchaînent les dribbles et les passes avant de viser deux cartables posés au sol en guise de cages.

Mais ces parties agacent une partie des riverains et des commerçants. Selon leurs associations, ils compliquent la circulation des piétons, génèrent des nuisances sonores et provoquent régulièrement des tirs contre les façades, les vitrines ou les terrasses. Certains impacts déclencheraient même les alarmes des commerces.

Un conflit de voisinage dans un espace très fréquenté

Depuis la piétonisation de la partie basse de la Ronda de Sant Antoni, dans le cadre de la politique municipale visant à redonner davantage d’espace aux piétons, cet espace est devenu un lieu privilégié pour les parties de football improvisées. Ce qui crée donc des tensions. “Ils envoient parfois la balle à l’intérieur du magasin”, témoigne la responsable du magasin Moda Re, dont les vitrines donnent sur la Ronda de Sant Antoni. “Nous sortons de temps en temps pour nous asseoir devant la porte et nous devons alors faire attention à ne pas recevoir un ballon dans la tête. Il arrive aussi qu’ils tirent sur des passants. Beaucoup de commerçants des alentours sont excédés.”

Contactée par Equinox, la mairie confirme être au courant de la situation. « Le district d’Eixample est conscient des plaintes suscitées par l’usage intensif de l’espace public pour des activités de loisirs, notamment les jeux de ballon autour de la Ronda de Sant Antoni, un secteur caractérisé par une forte densité résidentielle et commerciale », explique un porte-parole.

La municipalité précise néanmoins qu’aucune interdiction générale n’est envisagée. Elle estime qu’il est « fondamental de préserver le droit des enfants à jouer et à utiliser l’espace public comme un élément essentiel de leur développement ». Elle annonce en revanche vouloir « travailler prochainement à l’identification d’espaces alternatifs plus adaptés à ce type d’activités, en privilégiant les lieux dont les caractéristiques urbaines permettent de limiter leur impact sur la vie quotidienne ».

Pas d’interdiction, mais une recherche d’équilibre

Pour trouver une solution, la mairie s’appuie notamment sur ses équipes de médiation communautaire. Présentes sur le terrain, elles rencontrent des habitants, des commerçants et des jeunes afin d’observer les conflits, d’écouter les différentes parties et d’identifier les solutions les plus adaptées. En parallèle, les agents civiques poursuivent leur travail de sensibilisation. « Leur rôle est d’informer les usagers sur les règles de bon usage de l’espace public concernant la propreté, le mobilier urbain, la circulation ou la coexistence, sans pouvoir de sanction », précise la mairie.

La police municipale, elle, n’intervient qu’en cas de nuisances sonores avérées, notamment en soirée ou la nuit, lorsque le jeu présente un danger pour les piétons ou la circulation, ou lorsqu’il empêche l’usage normal de l’espace public.

Le mécontentement ne date pas d’hier. L’été dernier déjà, des affiches avaient été placardées dans le quartier afin d’inviter les joueurs à ne pas prolonger les parties tard dans la soirée et à ne pas utiliser les arbres, les commerces ou le mobilier urbain comme cages de football.

Pour autant, aucune réglementation municipale n’interdit aujourd’hui de jouer au football dans les rues de Barcelone. La mairie rappelle que ce n’est pas le jeu en lui-même qui est encadré, mais « le bon usage de l’espace public et la coexistence entre les différents usagers ». Seuls les comportements jugés inciviques ou générateurs de nuisances peuvent donc faire l’objet d’une intervention.

Le droit de jouer et le droit au repos

Interrogée par Equinox, la Sindicatura de Greuges de Barcelone (l’institution indépendante chargée de veiller au respect des droits des citoyens dans leurs relations avec la mairie) partage cette analyse et estime qu’une interdiction générale serait contre-productive. « Il ne s’agit pas de chercher des solutions spécifiques pour chaque lieu, mais une solution générale qui permette à Barcelone d’être une ville où l’on peut jouer, tout en étant aussi une ville où le droit au repos est respecté », explique l’institution.

La Sindicatura rappelle que Barcelone dispose déjà d’un cadre d’action, celui de la ciutat jugable (« ville favorable au jeu »), qui doit être appliqué dans des secteurs comme la Ronda de Sant Antoni plutôt que remplacé par de nouvelles interdictions.

Elle soutient également le processus de médiation engagé par la mairie entre commerçants, riverains et usagers de l’espace public. Selon elle, la solution repose sur « la coresponsabilité » de chacun (enfants, parents, habitants et pouvoirs publics) afin de concilier le droit de jouer avec le droit au repos.

« La garantie d’un droit ne doit pas impliquer la dévalorisation des autres. Il faut trouver cet équilibre pour que toutes les parties puissent profiter à la fois du droit de jouer et du droit au repos », conclut-elle.

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Image de Mattis Meichler

Mattis Meichler

Mattis Meichler est journaliste indépendant spécialisé dans les sujets de société et les nouvelles technologies. Après quinze années dans la presse généraliste en France, il collabore aujourd'hui avec plusieurs médias francophones. Installé à Barcelone, il suit avec intérêt la vie locale et s'intéresse également aux enjeux économiques, sociaux et culturels.
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Mattis Meichler

Mattis Meichler est journaliste indépendant spécialisé dans les sujets de société et les nouvelles technologies. Après quinze années dans la presse généraliste en France, il collabore aujourd'hui avec plusieurs médias francophones. Installé à Barcelone, il suit avec intérêt la vie locale et s'intéresse également aux enjeux économiques, sociaux et culturels.
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