Le délai de dépôt des dossiers dans le cadre de la régularisation massive annoncée par le gouvernement espagnol s’achève aujourd’hui. Alors que l’exécutif s’attendait à 500 000 demandes, elles auraient dépassé le million.
Ce fut un engouement inédit. Depuis fin janvier et l’annonce d’une régularisation accélérée des sans-papiers, les bureaux habilités pour la délivrance des documents nécessaires n’ont guère vu leurs files d’attente s’amoindrir. Beaucoup arrivaient aux aurores, d’autres sont revenus plusieurs jours de suite. L’afflux fut tel que la police a été réquisitionnée pour maintenir la foule et les fonctionnaires ont demandé du renfort pour traiter toutes les demandes. Mi-juin déjà, le gouvernement annonçait avoir reçu 900 000 demandes. Elles auraient dépassé 1,2 million selon la plateforme qui reçoit les dossiers.
Les autorités nuancent toutefois ce chiffre. Parmi ces demandes, certaines ont pu être faites plusieurs fois pour la même personne, tandis que d’autres ne rempliront pas tous les critères. Pour accéder à ce dispositif, les étrangers en situation irrégulière doivent pouvoir justifier d’au moins 5 mois de résidence en Espagne avant le 31 décembre 2025 et ne pas avoir d’antécédents judiciaires. Le simple dépôt du dossier permet déjà de travailler légalement, en attendant la réponse de l’administration qui doit intervenir dans les trois mois. Les personnes éligibles obtiendront alors un titre de séjour d’un an, renouvelable.
Pourquoi une telle régularisation ?
Si la procédure parait exceptionnelle, elle n’est pas vraiment nouvelle en Espagne : c’est la sixième régularisation massive des sans-papiers depuis 1986. En tout, un peu plus d’un million de personnes ont reçu un titre de séjour par ce biais, dont la moitié lors de la dernière opération lancée par le socialiste José Luis Zapatero en 2005. Le dispositif 2026 est toutefois inédit par son ampleur puisqu’il pourrait, à lui seul, dépasser le total de toutes les autres régularisations.

L’exécutif actuel explique y voir un double bénéfice : une amélioration des conditions de vie des migrants et une sécurité juridique pour les employeurs. Car la demande vient avant tout des secteurs économiques. Dans l’agriculture, la restauration et la construction, les organisations professionnelles dénoncent depuis longtemps le décalage entre les besoins de main-d’œuvre et l’impossibilité d’employer des travailleurs déjà présents sur le territoire, mais sans papiers. Certaines entreprises les embauchent au noir, ce qui présente un risque pour l’employeur, un manque à gagner pour l’Etat et une insécurité contractuelle pour l’employé. Régulariser des centaines de milliers d’immigrés, c’est donc avant tout soutenir la croissance pour le gouvernement.
Maisi le bénéfice est bien sûr, également, politique. Le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez, fragilisé par les affaires de corruption qui touchent son entourage, doit donner des gages à la gauche radicale, partenaire de sa coalition. Mission accomplie : pour la vice-présidente Yolanda Diaz, leader de Sumar, cette mesure est « historique ».



