Fusillades à Barcelone : le mort de trop

mort par balle barcelone
Taille du texte

Barcelone sous tension après la mort par balles d’un adolescent de 15 ans. La capitale catalane depuis quelques mois vit au rythme des fusillades mortelle. La mort de ce jeune est l’homicide de trop qui place Barcelone sous une tension inédite.

Le 10 juin 2026, un homme est abattu calle Balmes, en plein cœur de Barcelone, devant un commissariat de la Police nationale. La ville est alors sous le plus important dispositif de sécurité de ces dernières années pour la visite du pape Léon XIV. Trois jours plus tôt, un autre homme était exécuté Zona Franca à coups de rafales d’arme semi-automatique.

Le 23 juin, nuit de la San Juan, des tirs éclatent dans un appartement du quartier du Born à Barcelone, deux suspects sont interpellés peu après avec une arme et un kilo de cocaïne dans leur véhicule. Dans la même nuit, un homme est admis à l’hôpital de Bellvitge avec une blessure par arme à feu au genou. En six mois, la Catalogne a déjà enregistré autant d’homicides par arme à feu que sur toute l’année 2025.

Plus recement Barcelone se réveille sous le choc. Dans la nuit de  ce jeudi à vendredi, un mineur de 15 ans a été tué par balles dans le parc de la Pegaso, dans le quartier de La Sagrera, district de Sant Andreu. Selon les premiers éléments rapportés par la presse catalane, le drame serait lié à un règlement de comptes entre bandes de jeunes.

Le maire de Barcelone, Jaume Collboni, a réagi dès vendredi matin sur la radio catalane RAC1, en réclamant une « fermeté absolue » face à la possession d’armes et au trafic de drogue. L’édile socialiste a demandé « plus de policiers et plus de peines », tout en reconnaissant être « préoccupé » et « un peu en colère » face à cette nouvelle affaire. Il a également exprimé sa « consternation » et sa « tristesse » après la mort du jeune garçon.

Tornade politique autour de la sécurité 

Le drame a immédiatement déclenché une tornade politique. À droite comme à gauche, les groupes municipaux ont interpellé le maire sur la sécurité.

Le chef de file de Junts Barcelone, la droite indépendantiste, Jordi Martí Galbis, a accusé Jaume Collboni d’avoir « perdu le contrôle de la ville ». Pour lui, ce nouvel homicide confirme « l’échec » de ceux qui ont la responsabilité de garantir la sécurité. Junts réclame la désarticulation des bandes criminelles. Une demande plus facile à dire qu’à faire. Le Partido Popular, la droite espagnole  par la voix de Daniel Sirera, est allé plus loin en réclamant la démission de l’adjoint au maire chargé de la Sécurité, Albert Batlle, ainsi que de la ministre catalane à l’Intérieur, Núria Parlon. La droite nationaliste Vox, de son côté, affirme que Barcelone est « hors de contrôle » et appelle à « remettre de l’ordre ».

Contrairement à la France, la gauche catalane n’a pas de tabou dans les sujets sécuritaire. La cheffe de file progressiste d’ERC, Elisenda Alamany a demandé directement gouvernement socialiste catalan davantage de détermination dans l’attribution des moyens de sécurité. Il n’y a aucun doute : la sécurité sera le théme principale des élections municipales qui se tiendront en mai prochain.

Des bandes de jeunes de plus en plus structurées

Au-delà du fait divers, l’affaire relance les inquiétudes autour de l’évolution des bandes de jeunes à Barcelone. Selon les forces de l’ordre, ces groupes ont profondément changé de profils au long des dernières années. Ils ne se limitent plus à l’occupation de parcs ou à la défense de territoires symboliques comme auparavant. Les gangs barcelonais ont évolué vers des formes de criminalité plus organisées : trafic de drogues, cyberarnaques, intimidation, usage d’armes blanches et parfois d’armes à feu.

Ministerio del Interior | Con el dinero obtenido pagaban cuotas, adquirían armas para atacar a bandas rivales o costeaban los abogados para miembros del grupo: La Policía Nacional desarticula uno de los

Les quartiers de la gare de Sants, ou les plus populaires comme Sant Andreu, Nou Barris ou encore La Sagrera sont régulièrement cités parmi les zones où ces groupes sont présents. Le phénomène dépasse aussi Barcelone, avec des faits recensés à L’Hospitalet, Terrassa ou Rubí.

Internet, nouveau terrain de recrutement

Autre changement majeur : le recrutement. Les anciennes dynamiques des Latin Kings ou des Ñetas, apparues en Espagne au début des années 2000, ne correspondent plus totalement à la réalité actuelle. Les groupes dominants restent notamment les Dominican Don’t Play et les Trinitarios, mais les forces de l’ordre évoquent aussi une atomisation du phénomène, avec plus d’une trentaine de petits groupes implantés en Catalogne.

Desarticulada la rama de Alcobendas de los Dominican Don't Play

Ces bandes ne sont plus uniquement composées de jeunes d’origine latino-américaine. Les profils se diversifient, avec des membres espagnols, marocains ou roumains. Les recruteurs ne cherchent plus seulement dans les parcs ou dans la rue : les réseaux sociaux sont devenus un outil central.

Selon des sources policières citées par la presse espagnole, les groupes utilisent des comptes exhibant argent, drogue, symboles et codes visuels pour attirer les mineurs. Certains jeunes sont recrutés très tôt, parfois dès l’enfance, pour transporter de la drogue, surveiller des zones ou participer à des actions violentes.

Lire aussi :

Fusillades en pleine rue : Barcelone suit-elle la trajectoire de Marseille ?

Un plan spécial déjà évoqué à Barcelone

Face à cette évolution, Barcelone avait déjà engagé une réflexion. En mars, le conseil municipal avait approuvé l’élaboration d’un plan associant la Guardia Urbana, les Mossos d’Esquadra et les polices locales de l’aire métropolitaine afin de lutter contre les bandes de jeunes délinquants. Le directeur général de la police, Josep Lluís Trapero, a rappelé que des mesures seraient prises pour renforcer la présence policière dans les parcs et sur les places, lieux de rassemblement de ces groupes. L’arrivée de 1 300 nouveaux agents des Mossos doit aussi permettre d’accroître la présence sur le terrain. « Le territoire appartient à la société. Pas à un groupe », a insisté Trapero, en référence à ces bandes qui cherchent à contrôler certains espaces publics

Mais après la mort d’un adolescent de 15 ans à La Sagrera, les fais semblent contredire le chef de la police catalane.

Cet article vous a plu ? Partagez-le !

Recommandé pour vous

Image de Nico Salvado

Nico Salvado

Cofondateur et directeur d’Equinox, Nico Salvado est journaliste spécialisé en politique et économie. Passé par Radio France et NRJ, il est aujourd’hui correspondant pour Europe 1 en Espagne, où il décrypte l’actualité nationale et les enjeux économiques du pays.
Image de Nico Salvado

Nico Salvado

Cofondateur et directeur d’Equinox, Nico Salvado est journaliste spécialisé en politique et économie. Passé par Radio France et NRJ, il est aujourd’hui correspondant pour Europe 1 en Espagne, où il décrypte l’actualité nationale et les enjeux économiques du pays.
  • ESSAI GRATUIT

    gymglish
  • L’actu en Espagne, directement dans votre boîte mail

    Chaque semaine, l'essentiel de l’actualité en Espagne. Sans bruit.