La canicule en Espagne frappe aussi les poissons

Coucher de soleil à Barcelone, vue sur la mer Méditerranée au lever du soleil, avec un ciel clair et une ambiance paisible, illustrant la beauté naturelle de la ville au petit matin.
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Le réchauffement de la Méditerranée bouleverse la répartition des poissons le long des côtes espagnoles. Contrairement aux prévisions, de nombreuses espèces ne remontent pas vers le nord et ne cherchent pas systématiquement les eaux profondes : certaines migrent vers le sud, notamment en direction d’Alicante.

Pour échapper au réchauffement climatique, les poissons devraient logiquement se déplacer vers le nord ou plonger vers des eaux plus profondes et plus fraîches. Mais en Méditerranée espagnole, la nature ne suit pas toujours le scénario imaginé par les scientifiques. Une étude publiée dans la revue scientifique Ecological Indicators a analysé l’évolution de 102 espèces de poissons présentant un intérêt commercial.

Les chercheurs ont étudié leur répartition entre 1994 et 2019, le long du littoral méditerranéen espagnol, depuis la région de Murcie jusqu’au nord de la Catalogne. En l’espace de vingt-cinq ans, 42 espèces ont significativement déplacé leur zone de présence. Mais au lieu de remonter vers le nord, une grande partie d’entre elles s’est dirigée vers le sud ou le sud-ouest, notamment vers le golfe d’Alicante.

Des poissons qui migrent vers Alicante

Parmi les espèces concernées figurent notamment la cardine à quatre taches, le picarel et la raie étoilée. Leur déplacement peut sembler paradoxal : pourquoi descendre vers le sud alors que les températures y sont généralement plus élevées ? Les poissons ne recherchent pas nécessairement la région la plus froide. Ils tentent plutôt de retrouver les conditions thermiques auxquelles leur organisme est habitué. Or, sous l’effet du réchauffement, ces zones favorables peuvent elles-mêmes se déplacer dans des directions inattendues.

Les scientifiques utilisent pour mesurer ce phénomène la notion de « vitesse climatique ». Cet indicateur permet d’observer la direction et la rapidité avec lesquelles les températures adaptées à une espèce se déplacent au fil du temps. Sur la côte espagnole, les courants marins, la forme du littoral et la configuration des fonds peuvent ainsi conduire les conditions recherchées par les poissons vers le sud-ouest plutôt que vers le nord.

Pas toujours plus profond pour trouver la fraîcheur

Autre découverte surprenante : certaines espèces se rapprochent des côtes et évoluent dans des eaux moins profondes. En théorie, les poissons confrontés à une hausse des températures devraient plonger. Mais les chercheurs ont constaté que les mouvements horizontaux et verticaux étaient étroitement liés à la géographie sous-marine.

En migrant vers le sud-ouest le long du plateau continental espagnol, certaines populations atteignent naturellement des secteurs moins profonds. Elles peuvent donc remonter vers la surface tout en continuant à suivre le déplacement des conditions climatiques correspondant à leurs besoins.

Toutes les espèces ne réagissent toutefois pas de la même façon. Les poissons associés aux eaux froides, comme la baudroie rousse, semblent davantage capables de suivre précisément le déplacement des températures. Les espèces qui supportent mieux la chaleur privilégient, elles, des migrations horizontales.

Une mer presque fermée qui limite les possibilités de fuite

La situation particulière de la Méditerranée complique encore l’adaptation des espèces. Dans les grands océans, un poisson peut théoriquement se déplacer sur de longues distances vers les pôles. En Méditerranée, les côtes européennes et africaines constituent rapidement des barrières géographiques.

Une espèce remontant vers le nord-ouest peut notamment se retrouver bloquée par le littoral français ou espagnol. Elle doit alors composer avec les courants, la profondeur, la nature des fonds et la présence d’habitats susceptibles de lui offrir nourriture et protection. Ces contraintes expliquent pourquoi les migrations observées sont beaucoup plus complexes qu’un simple déplacement vers le nord.

Des conséquences directes pour la pêche en Espagne

Ces changements pourraient profondément modifier la pêche en Méditerranée espagnole et en Catalogne. Certaines espèces traditionnellement présentes dans une région pourraient se raréfier, tandis que d’autres deviendraient plus abondantes. Les pêcheurs risquent ainsi de devoir adapter leurs zones de capture, leurs techniques et les périodes pendant lesquelles ils prennent la mer.

Le déplacement des poissons pose également un défi aux autorités chargées de fixer les quotas et de protéger les stocks. Une population peut désormais être abondante dans une zone tout en déclinant rapidement quelques centaines de kilomètres plus loin. Les chercheurs recommandent notamment d’identifier les « refuges climatiques » marins : des secteurs dans lesquels les températures restent relativement stables et où les espèces pourraient continuer à vivre malgré le réchauffement.

En Méditerranée, les poissons fuient donc bien la chaleur. Mais leur route ne conduit pas systématiquement vers le nord ou vers les profondeurs. Le long des côtes espagnoles, ils empruntent les rares chemins que leur laissent les courants, les fonds marins et une mer presque entièrement fermée.

 

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The Conversation propose des articles d'analyse de l'actualité, écrits par des universitaires et des chercheurs, et mis à disposition des médias francophones. Issu d'une étroite collaboration entre journalistes, universitaires et chercheurs, il propose d'éclairer le débat public grâce à des analyses indépendantes sur des sujets d'actualité.
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