Alors que les Français arrivent encore nombreux en Espagne pour cette rentrée, le marché de l’emploi continue d’évoluer aux quatre coins de la péninsule. A quoi s’attendre et comment réussir sa recherche de travail en Espagne ? Rencontre avec Pierre-Olivier Bousquet, fondateur du Service Emploi Espagne.
Installé en Espagne depuis 2008, Pierre-Olivier Bousquet observe depuis plus d’une décennie les évolutions du marché de l’emploi pour les Français et les francophones. Ancien conseiller des Français de l’étranger et ex-président de l’UFE en Catalogne, Aragon et Baléares, il a fondé le Service Emploi Espagne, un réseau qui diffuse des offres et organise des salons dans plusieurs villes du pays.
Comment se porte actuellement le marché de l’emploi pour les Français et les francophones en Espagne ?
Le marché de l’emploi en Espagne ne doit pas être considéré comme un tout. Lorsque l’on envisage de venir vivre en Espagne, plutôt que de se fixer immédiatement sur une ville, il faut regarder, en fonction de son secteur d’activité et de ses compétences, quelles régions ont particulièrement besoin de son profil.
Aux Baléares, par exemple, ce sera beaucoup le tourisme. À Barcelone, la tech, le customer service et tout ce qui touche à l’international. Madrid concentre davantage les postes liés à la finance ou aux fonctions administratives et aux sièges sociaux. En Navarre ou au Pays basque, on retrouvera beaucoup d’opportunités autour de l’industrie. À Valence, il existe beaucoup de customer service et de nombreuses opportunités dans le tertiaire et les services. Il y a également un port extrêmement important, qui s’est beaucoup développé et dépasse même Barcelone sur certains indicateurs. Et en Andalousie, ce sera beaucoup de postes en tourisme, notamment autour de Marbella, mais également du customer servic
Quels conseils donneriez-vous à un Français qui cherche du travail en Espagne ?
Premièrement, s’il est encore en France et souhaite venir en Espagne, je lui conseille de se rapprocher de France Travail Mobilité Internationale. Ils sont présents dans plusieurs grandes villes françaises et il existe également des conseillers en mobilité internationale à un niveau plus régional. Ils peuvent notamment vous informer sur les dispositifs existants.
Par exemple, les demandeurs d’emploi en France peuvent, sous certaines conditions, continuer à percevoir tes allocations chômage pendant leur recherche d’emploi en Espagne. Il existe aussi des aides financières à la mobilité lorsqu’on trouve un emploi en Espagne alors qu’on réside encore en France. La majorité des gens ne le savent pas. Des dispositifs européens comme EURES permettent d’obtenir un véritable accompagnement. France Travail Mobilité Internationale connaît très bien ces mécanismes et peut renseigner les candidats.
Peut-on trouver un poste depuis la France ?
Il faut vraiment se déplacer et venir sur place. C’est aussi tout l’intérêt de pouvoir continuer à percevoir ses allocations chômage pendant une période de recherche d’emploi en Espagne : rien ne remplace le fait d’être physiquement sur place. Les salons de l’emploi que nous organisons constituent souvent le premier point de contact avec le marché espagnol. Cela permet de comprendre les opportunités existantes, de prendre la température du marché et, éventuellement, de franchir le pas.
Une fois installé, il faut rencontrer des gens et se constituer un réseau, parce qu’en Espagne énormément d’opportunités d’emploi passent par les relations personnelles et ne sont pas forcément publiées sur les réseaux sociaux ou les job boards. Dans les PME et les entreprises familiales notamment, la recommandation fonctionne énormément.
Quelles sont les erreurs les plus fréquentes des Français qui cherchent un emploi en Espagne ?
Tout d’abord, se focaliser uniquement sur le salaire du premier emploi. Bien sûr, il faut regarder le niveau de salaire. Mais il faut aussi regarder les possibilités d’évolution dans l’entreprise ou ailleurs. Le premier emploi peut constituer un tremplin. Il faut également comparer avec le niveau général des salaires et le coût de la vie dans la ville concernée.
Et puis, parler français constitue évidemment un atout, mais ce n’est pas suffisant en soi. Il faut parler espagnol. Lorsque l’on combine de véritables compétences professionnelles avec la maîtrise du français, on devient alors un profil particulièrement recherché.
Quels sont les prochains rendez-vous du Service Emploi Espagne ?
Le prochain salon de l’emploi se tiendra à Valence le 15 septembre, puis le 1er octobre à Madrid, à l’International European University, et le 8 octobre à Barcelone.
En treize ans, nous avons réussi à mettre en place différents outils complémentaires. Notre singularité ne réside pas forcément dans chacun de ces outils pris séparément, mais plutôt de les avoir reliés. Nous avons un site emploi, des groupes WhatsApp, nous avions par exemple créé des groupes d’entraide pendant la pandémie, nous organisons des salons de l’emploi…

Je vais d’ailleurs coanimer, le 21 septembre, un webinaire de France Travail Mobilité Internationale dans le cadre de la Semaine de l’Europe. Mon coanimateur est un consultant senior, expert de la mobilité internationale chez France Travail. Il connaît très bien l’Asie et l’Amérique du Sud, où il a travaillé pour accompagner les Français.
Nous avons échangé sur les structures comparables à ce que nous avons construit. Il m’a cité notamment des initiatives menées par les Chambres de commerce françaises à Singapour ou au Mexique, qui disposent de services de recrutement, de sites et organisent des événements récurrents. Mais, en tant que structure associative, à notre connaissance, nous sommes les seuls à avoir développé un dispositif de cette ampleur.
Et ce qui me fait vraiment plaisir, c’est que cette dynamique que nous avons lancée s’est installée dans la durée. Nous n’avons pas de financement public récurrent. Tout est parti d’une volonté de fédérer différentes initiatives et de créer une dynamique. Et cette volonté s’est finalement transformée en une action pérenne et utile, que l’on pourrait aujourd’hui considérer comme une initiative d’utilité collective.
Nous avons réussi à fédérer plusieurs partenariats autour du service emploi et à nous rapprocher d’autres initiatives européennes. C’est tout l’objectif du Réseau européen de l’emploi, dont la première concrétisation aura lieu le 30 octobre avec un premier salon à Malte.
Notre valeur ajoutée est de faire le lien entre ces organismes, les services publics, les fondations et la communauté. Nous sommes des facilitateurs.



