Affaires de corruption chroniques ; black-out historique ; crashs de trains à répétition ; incendies de forêt inouïs ; invasion du territoire national à Ceuta. En dehors du domaine économique, où le pays jouit d’une situation que lui envient tous ses voisins européens, le bilan de politique générale de Pedro Sánchez depuis 2018 est objectivement décevant. Depuis le drame migratoire de Ceuta, même la presse de gauche en arrive à la conclusion que le futur politique de Pedro Sánchez est réduit.
Des analyses qui se sont traduites, pour la première fois, dans un sondage où l’union des droites, conservateurs du Partido Popular et nationalistes de Vox, dépasse la barre des 50 %. Une vague bleu marine s’abattrait alors sur le Parlement, offrant le poste de Premier ministre au fade Alberto Núñez Feijóo. Fort logiquement, ce scénario devrait se convertir en réalité. Mais il existe deux écueils majeurs pour la droite.
Le guide de survie toujours d’actualité
D’une part, s’il n’est pas un dirigeant exceptionnel, Pedro Sánchez est un candidat extraordinaire. On y reviendra. Le leader conservateur, lui, n’est objectivement pas le meilleur de sa génération. Rares sont ceux qui oseront dire le contraire. Il n’est pas un brillant orateur, ne jouit pas d’un charisme à la hauteur des enjeux et ne dispose d’aucune colonne vertébrale idéologique. Lors de la précédente campagne législative de 2023, où il pensait décrocher la Moncloa sans forcer, le slogan était : « Le moment Feijóo ». Une non-punchline qui ne parlait pas spécialement au commun des mortels et qui s’est traduite par un score moindre que celui espéré par la droite. Et qui a permis à Sánchez de se lover dans un second mandat.
L’auteur du best-seller Guide de survie a d’ores et déjà annoncé qu’il serait candidat à sa succession. Sánchez, peut-être l’homme politique le plus rusé de sa génération, a réussi habilement à souder derrière sa personne toute la gauche et l’extrême gauche. En deux temps.
Dès la réélection de Donald Trump, Pedro Sánchez s’est déclaré premier opposant en Europe à l’homme de la Maison-Blanche. Fort de sa position de dernier Premier ministre socialiste en Occident, Sánchez a su parler à une gauche déboussolée. Trump est tombé dans le panneau et a surenchéri, au plus grand plaisir de l’Espagnol.
Seconde réplique : la guerre entre Israël et les terroristes du Hamas. Le chef du gouvernement espagnol, protégé par la formule magique de l’antisionisme, a surfé durant des mois sur la crête antisémite. Présence de l’État hébreu au concours Eurovision de la chanson ou dans le Tour cycliste d’Espagne, reconnaissance institutionnelle à la fois d’un génocide et d’un État palestinien : Sánchez a pratiqué un Israel-bashing permanent, allant même jusqu’à affirmer que des comptes sur les réseaux sociaux proches de la Cité de David étaient responsables de la diffusion des images du chaos migratoire à Ceuta. Et à chaque affrontement, le gouvernement ou l’ambassade d’Israël faisait part de sa consternation, remettant une pièce dans la machine.
De fait, Pedro Sánchez possède une base extrêmement solide qui lui sera fort utile pendant la campagne électorale.
Marine Le Pen pourrait, in fine, sauver la mise de Sánchez
Enfin, et c’est le titre provocateur de cet article, Marine Le Pen pourrait, in fine, sauver la mise de l’impétrant socialiste. Un des derniers atouts de Sánchez est de rester le maître des horloges. Les élections doivent normalement se tenir durant l’été 2027. Mais Sánchez peut choisir une date antérieure de son choix en prononçant la dissolution du Parlement et des législatives anticipées.
Imaginons quelle serait la réaction du peuple de gauche espagnol si Marine Le Pen devenait présidente de la République française. Sánchez serait déchaîné : il ne s’agirait plus de lutter contre la vague d’extrême droite de l’autre côté de l’océan, mais de défendre la démocratie face à un ennemi tricolore partageant deux frontières avec l’Espagne. Si Pedro Sánchez faisait coïncider la date des élections espagnoles avec les françaises, ce n’est pas Feijóo, déjà associé à l’extrême droite de Vox, qui en serait bénéficiaire.
Le battage médiatique de Pedro Sánchez, en radicalisant le paysage espagnol, a par la même occasion fait exploser Vox, désormais annoncé avec près du double de sièges parlementaires par rapport aux élections de 2023. La droite, qui n’applique pas le cordon sanitaire, serait obligée de gouverner avec sa frange nationaliste.
Feijóo aurait donc grand tort de se croire déjà le prochain Premier ministre. N’oublions pas que, depuis 1981, la droite n’a gouverné que 15 ans, contre 41 années pour la gauche.



