Comment Pedro Sanchez est devenu la bête noire de la droite française

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Régularisation massive de sans-papiers, bras de fer avec Israël, crise migratoire à Ceuta : Pedro Sánchez est devenu l’une des cibles privilégiées des droites françaises. À un an d’échéances électorales décisives, le Premier ministre espagnol assume une ligne de plus en plus clivante.

Il irrite, il énerve, il dérange. Le Premier ministre socialiste espagnol Pedro Sánchez est devenu le réceptacle des maux migratoires et identitaires de l’Europe. Sans demander l’avis des 26 autres pays membres de l’Union européenne, il a, coup sur coup, mené des politiques pour le moins radicales.

Tout d’abord, depuis un an, l’homme multiplie les coups de griffe contre l’État d’Israël, en reprenant la grave accusation de génocide. Si le Premier ministre a réussi, avec cette position, à fédérer derrière lui la gauche et ses extrêmes, il a donné, à l’international, une image très clivante de sa gouvernance. Certes, ce n’est pas le premier responsable politique à pousser la critique antisioniste. La France insoumise en est la parfaite incarnation dans l’Hexagone. Mais en reprenant, avec son poids institutionnel, tous les poncifs antisionistes, Pedro Sánchez a offert aux critiques d’Israël une tribune extraordinaire.

Ensuite, il a régularisé plus d’un demi-million de sans-papiers. C’est ici que les droites européennes ont haussé le ton. La crainte est de voir arriver des immigrés, notamment en France qui propose des conditions d’accueil et un système social largement plus généreux que le système espagnol. Une mesure choc qui n’a pas été soumise au vote des Espagnols, elle n’a jamais été évoquée durant la campagne électorale, et n’a pas non plus été validée par le parlement. Faute de majorité à la Chambre des députés, le texte a été imposé par un décret du gouvernement.

Bruno Retailleau, chef de la droite, ancien ministre de l’Intérieur et candidat à l’élection présidentielle, a été l’un des plus virulents. Le 20 avril 2026 sur LCI, il a déclaré qu’on ne pouvait pas « supporter une telle régularisation massive » et a proposé de mettre l’Espagne « au ban des nations européennes ». Marion Maréchal, pour sa part, a consacré une intervention au Parlement européen, le 10 février 2026, à cette régularisation. Elle a accusé Pedro Sánchez d’imposer aux Espagnols une « submersion migratoire » et affirmé que les personnes régularisées pourraient ensuite « légalement s’installer partout sur notre continent ».

Éric Zemmour a eu une position un peu plus particulière. En mai 2026, à Madrid, il a expliqué que l’immigration régularisée en Espagne lui paraissait moins problématique que celle reçue par la France, en raison de la très forte proportion de Latino-Américains parmi les bénéficiaires. Il opposait alors la proximité culturelle entre Espagnols et Latino-Américains à ce qu’il considère comme une différence civilisationnelle avec l’immigration maghrébine. Lors de la crise de Ceuta en juillet, il a cependant employé un discours beaucoup plus radical, parlant d’« invasion » et réclamant le rétablissement des frontières et la « remigration ».

La crise de Ceuta

C’est d’ailleurs durant ce drame de Ceuta que les critiques sont devenues de plus en plus acides contre le chef du gouvernement espagnol, jusqu’à se transformer en attaques ad hominem. En vacances aux Canaries pendant la crise, fragilisé par son absence de majorité parlementaire et cerné par les affaires de corruption, Pedro Sánchez a vu des médias conservateurs comme CNews, Europe 1 ou encore Le Figaro pointer ses faiblesses.

L’insupportable pour la droite française, c’est que Pedro Sánchez puisse, à lui seul, prendre des décisions qui influent sur l’avenir de l’Union européenne. L’Espagne a sous sa responsabilité la gestion de deux frontières extérieures particulièrement sensibles de l’Europe : aux îles Canaries et à Ceuta, face au Maroc. La droite réclame que les décisions telles qu’une régularisation massive ne puissent être prises que collectivement avec les 27 pays composant l’Union.

Dans un éditorial, la journaliste de CNews Élodie Huchard a récemment comparé Pedro Sánchez à « un voisin gênant de la copropriété Union européenne ». Une charge métaphorique qui correspond bien à ce que la majorité du bloc conservateur ressent envers le leader espagnol.

 

L’édito d’Elodie Huchard : «Pedro Sánchez est devenu le voisin gênant de la copropriété Union européenne», dans #HDProsEte pic.twitter.com/GPV7EzEAG3

— CNEWS (@CNEWS) August 20, 2026

Elections en vue

Pour autant, tout est loin d’être perdu pour Pedro Sánchez. Les élections auront lieu en 2027. Une année incroyablement chargée électoralement : élections générales et municipales espagnoles, présidentielle française et autres échéances politiques majeures en Europe. Meilleur candidat que dirigeant, Pedro Sánchez peut encore réussir à tirer son épingle du jeu dans une campagne qui s’annonce comme l’une des plus virulentes de l’histoire démocratique espagnole.

La coalition du Partido Popular (droite) et de Vox (extrême droite) est donnée largement favorite pour remplacer un Pedro Sánchez englué dans les affres de la corruption. Mais, comme au judo, Sánchez pourrait utiliser le poids électoral de son adversaire pour le faire chuter. En acceptant de gouverner avec la droite radicale, le conservateur et candidat au poste de Premier ministre Alberto Núñez Feijóo laisse un champ libre à Sánchez : celui du rempart contre le fascisme.

Une stratégie que le socialiste va utiliser jusqu’à l’usure. Il a déjà réussi à se placer comme l’un des principaux adversaires de Donald Trump en Europe. Une posture relativement aisée dans un continent politique où les grands dirigeants socialistes sont devenus rares.

Pedro Sánchez est le maître des horloges. La législature se termine officiellement en 2027, mais il a laissé entendre que les élections pourraient être avancées. Si le Premier ministre dissout le Parlement, des élections sont automatiquement convoquées. Et si Marine Le Pen réalise un score extraordinaire, ou si elle est élue, nul doute que Pedro Sánchez sautera sur l’occasion pour, comme avec Trump ou Meloni en Italie, se présenter comme le dernier rempart face au péril droitier. Les élections espagnoles pourraient alors suivre les françaises afin de tenter de créer une dynamique gagnante pour la gauche espagnole.

Et dans ce scénario, Sánchez a déjà fait la moitié du chemin. En multipliant les attaques contre Israël, le Premier ministre fédère largement et ratisse les voix de la social-démocratie et de l’extrême gauche. Preuve en est dans les sondages, où Sánchez résiste autour des 30 %, tandis que les partis de gauche radicale Podemos et Sumar sont tombés dans le coma politique.

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Nico Salvado

Cofondateur et directeur d’Equinox, Nico Salvado est journaliste spécialisé en politique et économie. Passé par Radio France et NRJ, il est aujourd’hui correspondant pour Europe 1 en Espagne, où il décrypte l’actualité nationale et les enjeux économiques du pays.
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Cofondateur et directeur d’Equinox, Nico Salvado est journaliste spécialisé en politique et économie. Passé par Radio France et NRJ, il est aujourd’hui correspondant pour Europe 1 en Espagne, où il décrypte l’actualité nationale et les enjeux économiques du pays.
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