Le Français Laurent Gauze est à la tête d’Investissement Projet Immobilier Hôtelier (IPIH), le premier groupe d’hôtels Accor franchisés en Espagne. Avec plus de 18 ans d’expérience en péninsule ibérique, il livre pour Equinox son regard sur l’attractivtié, les spécificités et la mutation du secteur.
Avec des hôtels aux quatre coins de l’Espagne, Laurent Gauze voyage presque toutes les semaines de l’année. Entre deux TGV, il pend le temps de partager avec Equinox son expérience et sa vision d’un secteur-clé de l’économie espagnole. Son groupe fut le premier à développer des hôtels franchisés Accor en Espagne, principalement de la marque Ibis, et c’est encore aujourd’hui celui qui en possède le plus grand nombre.
Originaire de Perpignan, ce transfrontalier convaincu manie la double culture franco-espagnole au quotidien, avec une vraie mission de partage et de transmission. Il est d’ailleurs également président de la CCI des Pyrénées-Orientales. Rencontre.
Comment le secteur hôtelier a-t-il évolué ces 20 dernières années en Espagne ?
Il s’est grandement professionnalisé. Les marques sont de plus en plus présentes et tous les segments de marques sont présents. Les marques françaises, Accor, B&B, sont grandement rentrées dans le pays. Les Américains ont beaucoup d’appétit pour l’Espagne. Et les marques espagnoles sont de leur côté très fortes à l’international. Je pense que les marques, c’est le meilleur des vecteurs de notre activité parce que ce sont des références mondiales, parce qu’elles ont des moyens de communication massifs, et que malgré tout, c’est un vrai référentiel.
Donc plus on a de marques, mieux c’est. Barcelone a pris un peu de retard avec le moratoire sur les hôtels de luxe, elle a perdu quelques marques mondiales, mais elle est en train de se rattraper.
Quelle est la ville la plus dynamique du secteur en Espagne ?
Madrid a beaucoup évolué depuis la pandémie. C’est une ville qui s’est ouverte beaucoup plus vite durant le Covid que les autres capitales européennes et beaucoup de Français notamment l’ont découverte à ce moment-là.
Quand j’ai commencé à y aller en tant que Perpignanais, c’était plutôt une ville qui me semblait un peu grise, administrative, vieillotte. Et en réalité, c’est une ville très culturelle, gastronomique, très festive même, très belle, très verte, très animée, etc. Les pouvoirs publics ont bien travaillé en ce sens ces dernières années. Je pense que c’est la ville européenne qui a connu la plus belle progression, en passant d’une ville d’affaires et administrative à une ville de congrès touristique.
Il y a 10-20 ans, quand on disait qu’on allait passer un week-end en Espagne, c’était Barcelone. Aujourd’hui, je ne connais pas un ami qui ne va pas passer un week-end à Madrid une fois par an minimum.

Le Brexit a aussi fait décoller la ville en attirant plus d’étudiants. Pour ma génération, j’ai 54 ans, quand on allait étudier à l’étranger, c’était plutôt Londres. Et aujourd’hui, j’ai l’impression que Madrid a repris un peu le lead là-dessus. Madrid n’avait pas conscience du potentiel qu’elle avait et je pense qu’elle joue à plein tous ses atouts.
Quelles autres villes espagnoles avez-vous vu évoluer ?
La croissance de Valence est très impactante. Et Malaga qui devient une très belle destination. La ville a été bien aménagée, il y a une belle offre culturelle, le port a été refait. Et Barcelone continue aussi de rester une destination européenne de premier plan.
Comment le secteur s’est-il adapté aux nouvelles habitudes de voyage et de travail ?
Il faut arriver à avoir un côté un peu hybride du métier, avec un rôle d’accueil, d’hospitalité qui est très fort, mais en connexion avec la réalité du client, de conseil, de valorisation de sa ville, de la ville dans laquelle on travaille, des services de l’hôtel, des services annexes, et faire que l’hôtel soit une mini-ville dans la ville.
Avec le moment où on va dormir, mais aussi où on va travailler. Il y a 10-15 ans, travailler dans un hôtel, personne n’y pensait. Désormais, la clientèle que l’on reçoit, commerciale ou même touristique, a toujours besoin d’avoir un espace pour prendre un verre, mais aussi pour travailler sur son ordinateur portable, checker ses mails, même en vacances, parce que nous sommes de plus en plus connectés.

Et dans notre groupe, nous essayons de faire évoluer les personnes également. Des directrices sont arrivées stagiaires dans un hôtel, puis réceptionnistes, assistantes, directrices et continuent d’évoluer encore après.
Il n’y a pas beaucoup de métiers dans lesquels on peut rentrer stagiaire et finir directeur, directeur d’opération, directeur général, avec une vraie évolution de compétences, de salaires, de positions dans la société. Une réceptionniste ou un agent d’accueil dans une banque devient rarement le directeur de l’agence ! Alors que nous, ça arrive régulièrement, grâce également à nos équipes en interne, nos directeurs, et à mon associé Jean-Charles Delgado.
Quels conseils donneriez-vous à un Français qui voudrait se lancer en Espagne ?
Visiter, venir, comprendre la culture, comprendre comment les gens fonctionnent. Et pour ça, il faut s’y habituer, il faut y venir.
Les cultures sportives, par exemple, sont un peu plus fortes aussi. On va regarder l’affiche du match de football du soir avant d’inviter quelqu’un à un dîner professionnel. Il y a aussi les horaires, et le tutoiement. On tutoie assez rapidement et si on reste sur le vouvoiement, la personne en face ne comprend pas trop pourquoi.
Avant d’investir, j’ai beaucoup essayé, j’ai beaucoup voyagé, j’ai beaucoup tenté, j’ai beaucoup concrétisé. J’ai passé beaucoup de temps à vraiment bien comprendre le fonctionnement local.


