Les origines de la Semaine Sainte en Espagne

Retour sur les origines historiques de la semaine sainte en Espagne, véritable célébration nationale et coup d’envoi du printemps ibérique. 

« Il prit un pain, dit une prière de remerciement, le rompit et le leur donna, en disant : Ceci représente mon corps, qui va être donné pour vous. Continuez à faire cela en souvenir de moi ». Avec ces simples paroles, retranscrites dans les évangiles, Jésus-Christ institua la commémoration annuelle,appelée populairement Pâques, visant à se souvenir de sa mort, sacrifice rédempteur pour les Chrétiens. L’histoire biblique est ensuite bien connue. Après son dernier repas avec ses disciples, la fameuse « cène » (de la même origine latine que cena, le dîner en espagnol), Jésus sera arrêté par des soldats romains suite à la trahison de son ancien disciple Judas, torturé et mis à mort sur une croix le lendemain. Pour finalement, si l’on en croit la Bible, ressusciter au troisième jour.

Pour le catholicisme, les célébrations de la semaine sainte ont pour point de départ le sacrifice de Jésus-Christ et sa résurrection, mais les artifices se sont amoncelés au fil du temps. Car jusqu’au Concile de Nicée au IVe siècle, l’Église Catholique ne célébrait pas la semaine sainte.

À partir de cette date sont nées les confréries ainsi que son corollaire : les processions dans la rue. L’origine de ces défilés part du fait que les populations ne savaient ni lire, ni écrire. L’enseignement religieux basique était fourni en latin par les prêtres. Pour mieux comprendre les souffrances du Christ lors de son chemin de croix est née l’idée de l’illustrer en images et en mouvement avec les chars reproduisant les heures de souffrance du Messie.

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Durant tout le week-end de Pâques, les rues, surtout dans le sud du pays en Andalousie, se remplissent d’hommes encagoulés qui portent une tunique et une cape accompagnée d’une cagoule pointue. L’origine de ce costume remonterait à la tristement célèbre Inquisition catholique. Les condamnés à mort portaient un capirote blanc, chapeau en forme de cône. Les Confréries l’ont adopté au XVIIe siècle pour donner une signification pénitentielle à leur défilé.

Lire aussi : Semaine sainte à Madrid, comment la vivre comme un vrai Madrilène

Un aspect qui ressemble aussi à celui des membres du Ku Klux Klan. En effet, les membres de ce mouvement néo-nazi se sont approprié la tenue portée lors des processions espagnoles qui n’avaient cependant rien demandé de tel.

Une ferveur espagnole unique

Pourquoi une telle ferveur en Espagne n’a pas d’équivalent dans les rues de France lors de Pâques ? C’est en raison de l’invasion musulmane de 711 à 726, qui a conquis l’Andalousie, selon l’historien Pau Moncho. Le pouvoir militaire et religieux de la Castille, lors de sa conquête de l’Andalousie, a voulu éliminer le passé et imposer sa nouvelle religion. C’est pour cette raison que dans le sud du pays, le nombre de chapelles, ermitages et églises est le plus important d’Espagne. Le catholicisme était fragile face à l’islam et devait s’imposer avec de forts symboles : les défilés de la semaine sainte en faisant partie, selon l’historien.

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Durant le régime franquiste, où le catholicisme a été érigé en religion d’état par la dictature, la semaine sainte était une obligation pour tout citoyen. Pendant les années de plomb de la dictature, les cinémas et théâtres étaient fermés, pour que les processions occupent exclusivement la vie sociale des Espagnols.

À partir de la fin des années 1960, les choses commencèrent à se flexibiliser et les Espagnols de partir en vacances à la plage pour ce long week-end. Il n’y avait plus de marche arrière possible et la semana santa est devenue une attraction touristique comme les autres.

 


Cet article initialement publié en avril 2022 a été mis à jour.

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Image de Nico Salvado

Nico Salvado

Cofondateur et directeur d’Equinox, Nico Salvado est journaliste spécialisé en politique et économie. Passé par Radio France et NRJ, il est aujourd’hui correspondant pour Europe 1 en Espagne, où il décrypte l’actualité nationale et les enjeux économiques du pays.
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Nico Salvado

Cofondateur et directeur d’Equinox, Nico Salvado est journaliste spécialisé en politique et économie. Passé par Radio France et NRJ, il est aujourd’hui correspondant pour Europe 1 en Espagne, où il décrypte l’actualité nationale et les enjeux économiques du pays.
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