Plusieurs centaines de Madrilènes ont passé leur deuxième nuit sur la Puerta del Sol pour exiger un décret gouvernemental mardi contre la crise du logement.
Photos : AC/Equinox
« Nous ne partirons pas tant que le décret Maricarmen n’est pas approuvé ». Antonio, 24 ans, a planté sa tente Quechua sur la place la plus emblématique de la capitale samedi soir, à l’issue d’une manifestation pour Maricarmen, cette Madrilène de 87 ans expulsée mercredi du logement où elle vivait depuis 70 ans. Après le rachat de son immeuble par un fonds d’investissement en 2018, son loyer avait été multiplié par 5. Son histoire a ému l’Espagne, et des milliers de manifestants sont sortis spontanément dans les rues à travers le pays pour crier leur ras-le-bol face à une inflation démesurée des prix des loyers.
En 10 ans, les prix ont grimpé de 40% en Espagne. Ils ont presque doublé à Madrid et à Barcelone. »Tous les responsables politiques ont laissé faire, qu’ils soient de droite ou de gauche », explique Antonio, il faut que ça cesse et cette fois, nous n’allons pas lâcher la pression ».Parmi les slogans chantés Puerta del Sol, « Le logement n’est pas un commerce », « Pas une Maricarmen de plus » ou encore « Nous sommes tous Maricarmen ».

Antoinio est étudiant en chimie et vit encore chez ses parents. Il n’ose imaginer le moment où il devra trouver son propre appartement. « Le loyer moyen à Madrid dépasse maintenant les 1500 euros, c’est plus que le SMIC, comment voulez-vous qu’on se loge ? » Assis sur des chaises pliantes, Ana et Javi, la vingtaine, acquièsent. « C’est tout un système dérégularisé qui crée cette situation, ici tout est permis si tu as de l’argent, et les fonds vautours adorent », s’agace la jeune graphiste. Actuellement, 60% des locations sont aux mains de multipropriétaires, notamment des fonds d’investissement. Une concentration concurrentielle qui favorise la hausse des loyers pour une rentabilité maximale.
Un décret contre la montre
A travers la plateforme du Syndicat des locataires, manifestants et associations réclament un décret efficace pour stopper l’envolée des loyers. Un texte rebaptisé « le décret Maricarmen » qui prévoit des baux à durée indéterminée, le gel des loyers, une régulation des locations saisonnières et l’interdiction des expulsions sans solutions de relogement.
Si le texte n’est pas approuvé dès le prochain conseil des ministres mardi, la plateforme ainsi que les puissants syndicats CCOO et UGT appellent à la grève générale. Sur la Puerta del Sol, les jeunes assurent qu’ils ne partiront pas sans l’assurance de la mise en place « de vraies mesures efficaces ».
Le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez assure de son côté travailler « contre la montre » pour trouver les soutiens nécessaires à l’approbation du décret logement, dont l’adoption avait été repoussée en juillet faute de consensus. Mais il pourrait encore avoir du mal à rassembler une majorité notamment sur le sujet des réductions fiscales pour les propriétaires qui baisseront les loyers ou le gel des prix. Car le décret, s’il est présenté demain par le gouvernement, devra être approuvé par les députés dans un délai d’un mois.



