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Vendeurs illégaux: le ras-de-bol des Barcelonais

L’occupation des rues barcelonaises par les vendeurs ambulants illégaux, au terme du mandat d’Ada Colau, est devenue préoccupante. Reportage.

Les vendeurs de “top manta”, comme ils sont appelés en espagnol, suivent le chemin touristique de Barcelone: de la plaça de Catalunya jusqu’à la plage de la Barceloneta. Tout au long de ce parcours, ce sont principalement les commerçants qui se disent frappés de plein fouet par cette concurrence déloyale. La plateforme des personnes affectées contre le top manta et la vente ambulante s’est lancée il y a déjà plus de deux ans à Barcelone. 35 entités de la ville en font partie, dont des associations commerçantes majeures de la ville, comme Fundació Barcelona Comerç ou Barcelona Oberta. Cette année encore, face à une présence de vendeurs ambulants qu’ils jugent en augmentation, ils demandent des mesures urgentes de la part de la mairie, qu’ils considèrent passive.

En juin dernier, ils affirmaient que la vente ambulante portait préjudice à l’activité économique légale, mais aussi à la vie de quartier dans des zones saturées comme la Barceloneta. Une bagarre entre des vendeurs ambulants et un touriste le 1er août avait à nouveau relancé la polémique sur le sujet. Les membres de la plateforme se réunissent quand ils peuvent pour tenter de trouver des solutions, comme en septembre.

Sécurité et saturation

Au niveau de la station ferroviaire de la Plaça Catalunya, la situation s’avère inquiétante. 80.000 voyageurs transitent quotidiennement au sous-sol de cet endroit afin de prendre le métro ou un train de banlieue. L’extérieur est saturé de vendeurs ambulants, ainsi ils sont nombreux à opter pour cette nouvelle zone, abritée de la pluie. La société des chemins de fers espagnole, RENFE a appelé la police catalane plus de 600 fois l’an dernier pour les déloger, annonce nos confrères du Periódico. Un chiffre astronomique que confirme à Equinox, Valentín Anadón porte-parole du syndicat majoritaire des polices catalane et barcelonaise.

Pour lui “une telle présence sur un espace public réduit conduira à un drame. Si un jour, il y a une alerte suite à un incendie ou à un problème grave, les usagers ne pourront pas sortir de la station. Dans ces conditions, une personne âgée ou des enfants peuvent tomber dans les escaliers ou sur une voie, s’inquiète le policier. On intervient à chaque fois que la RENFE nous appelle, mais les vendeurs reviennent cinq minutes plus tard” explique le syndicaliste. Valentín Anadón ne cache pas le raz-le-bol des policiers face à une mairie d’extrême gauche sans confiance dans les forces de l’ordre et à des vendeurs de plus en plus agressifs. “Surtout les nouveaux arrivants” explique une source de la police portuaire. Les passeurs mafieux ont semble-t-il augmenté leurs tarifs pour l’aller simple vers la capitale catalane. Quand une personne investit des milliers d’euros pour venir, elle doit rentabiliser rapidement son espace de vente. Valentín Anadón affirme que la mairie d’Ada Colau, non seulement ne soutient pas les agents de police, mais exerce une forte pression sur la Guardia Urbana. “Il y a une immixtion permanente du conseil municipal dans la prise de décisions lors des opérations de police” s’exaspère le syndicaliste.  

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Mariona Soria, responsable des relations de presse de la mairie de Barcelone confirme à Equinox la supervision des interventions policières. La municipalité applique le principe de proportionnalité: deux agents de la Guardia Urbana ne peuvent pas intervenir seuls face à une quarantaine de vendeurs. En revanche, elle indique le chiffre de deux interventions par semaine sur la vente ambulante avec délogement et confiscation de matériel. Près d’un million de produits ont été confisqués au cours de l’année 2016. 

Selon les associations de quartiers, il y aurait plus d’un millier de vendeurs “top manta” dans la ville. Ils sont composés à plus de la moitié par des ressortissants du Sénégal (56%) selon des chiffres fournis par une équipe sociale de la mairie de Barcelone. Les Sénégalais sont les premiers arrivés le matin et s’installent sur les meilleurs emplacements: l’extrémité du Passeig Joan de Borbó qui donne sur la mer. Ils vendent principalement les produits les plus chers: ceintures, baskets, tee-shirts et lunettes de soleil, de contrefaçon. Le reste du grand bazar clandestin est réparti entre les Pakistanais (16%) qui proposent du “low-cost” principalement sur la Rambla, les immigrés du Bangladesh (8%), d’Amérique latine (4%), du Maroc (2%) et de Gambie (1%).

Dialogue et insertion

Les commerçants jugent que la mairie ne peut pas régler le problème. Ils ont donc décidé de prendre les devants, d’une forme pacifique à base de dialogue. Les marchands de glace du littoral par exemple demandent aux vendeurs de laisser un passage devant la boutique pour laisser les touristes s’approcher. Ce système de négociation à l’amiable fonctionne plutôt bien selon les retours des commerçants.

Du côté des vendeurs ambulants, leur syndicat avait lancé en juin 2017 la marque “Top manta”. Une initiative pour proposer une alternative aux produits de contrefaçon, améliorer les conditions de vie difficiles des vendeurs et lutter contre la persécution et le racisme dont ils sont victimes. Fin septembre, les terrasses de restaurants ont été agrandies devant le Palau de Mar pour supprimer des emplacements de vendeurs. L’un des porte-paroles du Syndicat Populaire des Vendeurs Ambulants réagissait auprès du Periódico “à certains moments et particulièrement en période électorale, les regards se portent sur un phénomène lié avec la pauvreté, le racisme et l’inégalité, comme si les immigrés représentent les ennemis numéro un de la société.” Pour ne pas perturber l’espace public, un service autogéré par les vendeurs top mantas s’occupe de nettoyer les trottoirs, afin que les lieux restent propres et pour ne pas faire fuir les touristes acheteurs.

La mairie de Barcelone rappelle que les villes sont des “espaces naturels d’accueil” et que 90 vendeurs ambulants “top manta” ont été régularisés l’an dernier, suite au programme d’insertion de la municipalité d’Ada Colau.