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[REPORTAGE] Les chauffeurs Cabify de Barcelone préparent leur retour

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Suite au décret du gouvernement catalan imposant 15 minutes de réservation au minimum pour un véhicule VTC, l’application Cabify devrait quitter Barcelone. Les 1.000 chauffeurs, actuellement au chômage technique, n’ont pas dit leur dernier mot.

Photos: LS/Equinox

C’est dans le quartier de La Marina de Port, près du Passeig de la Zona Franca, que se situe l’une des principales bases de Vector Ronda Teleport. L’entreprise gère les véhicules et chauffeurs de l’application Cabify. Un endroit discret, plutôt excentré et difficile d’accès. Racheté en juillet 2018 par la société, l’immense espace était auparavant un concessionnaire BMW. Il y règne cette semaine une ambiance particulière.

Les 618 véhicules, répartis sur cinq niveaux, sont à l’arrêt. Les 1.000 chauffeurs sous contrat continuent de se rendre sur leur lieu de travail. Répartis par petits groupes, ils suivent des formations organisées par l’entreprise. Cours d’anglais, français, arabe, prévention des risques du travail ou attention client rythment leurs journées. “Si on reprend du service, on sera plus performants, on aura pas perdu notre temps. C’est aussi une bonne initiative pour s’occuper et éviter les pensées négatives, car on peut se faire virer du jour au lendemain” confie Alfons, 55 ans.

Suite à la pression des chauffeurs de taxis, le ministre catalan de l’Aménagement du territoire Damià Calvet a fait passer un décret le 29 janvier dernier obligeant les VTC à être réservés au minimum 15 minutes à l’avance. Une norme qui met en danger la viabilité de Cabify et Uber, qui n’opèrent plus depuis cette date.

Solidarité

Les collègues se saluent, se serrent dans les bras. “Ici il y a une vingtaine de nationalités différentes, on vient pas des mêmes classes sociales, nous n’avons pas la même religion, ni les mêmes études, mais on s’entend tous très bien, il y a une bonne ambiance et une vraie solidarité entre nous” raconte Francesc, 57 ans. Fernando Gatell, directeur général de Vector Ronda, explique que plus de 50% des travailleurs étaient des chômeurs longue durée, ont 50 ans ou plus ou sont en risque d’exclusion sociale. Les salariés sont unamines: l’entreprise leur a donné une vraie chance. Beaucoup étaient victimes de la crise économique et rencontraient des difficultés à décrocher un emploi en raison de leur âge.

Après des études en télécommunications à Barcelone, Joao Roldán 31 ans n’a pas réussi à trouver dans son domaine. “Les entreprises demandaient plusieurs années d’expérience alors que je venais d’avoir mon diplôme. Je suis parti travailler quelques années en France, puis à mon retour en Espagne la situation était la même, j’ai dû changer de voie” explique-t-il. Embauchés avec sa mère Silvia en novembre, leur contrat n’a pas été renouvelé à leur grand regret. Après leur CDD de trois mois, ils devaient passer en CDI. Aujourd’hui, ils ont peur pour leur avenir.

Des chauffeurs de taxis racontent que nous avons de mauvaises conditions de travail mais c’est totalement faux” affirme Silvia. En moyenne, les chauffeurs gagnent 1.300 euros bruts par mois. Ils ont également des bonus selon l’évaluation des utilisateurs et si leur facturation dépasse un certain montant. Côté emploi du temps, ils suivaient toujours ce rythme: cinq jours travaillés, un jour de repos puis quatre jours travaillés, deux jours de repos. En cas de problème personnel, la direction acceptait facilement de changer les horaires.

uber Cabify vtc barcelone espagne catalogne chauffeursLes VTC s’organisent

Toutefois, le conflit avec les taxis devenait pesant. En poste depuis presqu’un an, Maria-José Delgado raconte des agressions quotidiennes. “La première était sur la Rambla, mon véhicule était à l’arrêt et cinq chauffeurs de taxis se sont déchaînés dessus. C’était si violent que les passagers que je transportais ont insisté pour m’accompagner porter plainte” se souvient-elle. Insultes, menaces, couteaux pour crever les pneus, seringues remplis d’acide ou de dissolvant pour abîmer les voitures, tout était bon pour perturber Cabify se désole-t-elle. Devenue aujourd’hui porte-parole des travailleurs, elle est également membre du comité d’entreprise qui s’est créé en parallèle, le premier d’Espagne dans le secteur des VTC. “Il faut qu’on puisse défendre nos droits” explique l’Andalouse.

Cabify vtc barcelone espagne catalognePour elle, “les taxis ont gagné une bataille mais pas la guerre”. Mardi 29 janvier, le gouvernement catalan approuvait le décret, mais il reste une étape avant qu’il soit définitif. Le parlement dispose de 30 jours depuis la promulgation pour l’approuver après un débat et un vote, sinon il sera abrogé. Toutefois, la norme a été remise en question par l’Autorité Catalane de la Concurrence dans un rapport présenté au Conseil des garanties statutaires, l’équivalence du Conseil Constitutionnel en Catalogne. Si ce dernier est contre le décret, le gouvernement catalan aura tout d’abord 30 jours pour l’approuver ou l’abroger. La Generalitat affirme qu’elle ira le plus rapidement possible pour commencer à travailler sur une loi générale sur les transports.

En attendant, l’association Unauto VTC a lancé une pétition sur change.org, adressée au président catalan Quim Torra, pour paralyser le décret et rappeler que 3.000 personnes travaillant pour Uber et Cabify vont perdre leur emploi. Elle a récolté 157.900 signatures en deux semaines. À 12h ce samedi, ils assistent à un acte de la gauche indépendantiste ERC, plaça Asamblea de Cataluña dans le quartier de la Sagrera, afin que le parti voit les milliers de personnes qui risquent de se retrouver sans emploi à Barcelone.