[SÉLECTION] Les meilleurs livres de la Sant Jordi 2019

par Nico Salvado
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Sélection non-exhaustive des livres à lire pour la Sant Jordi 2019.

El naufragio, Lola Garcia

Lola Garcia, El naufragio

C’est un des livres les plus vendus relatant la déclaration d’indépendance catalane du 27 octobre 2017. La directrice adjointe du journal La Vanguardia publie aux éditions Planeta : le naufrage catalan. Lola Garcia vient d’une autre époque. De cette ère, commencée en 1981 et achevée en 2015, où les catalanistes bourgeois avaient leur entrées au Palau de la Generalitat en même temps que leur siège en vue au Liceu. Si ces notables peuvent toujours  assister aux représentations artistiques du théâtre de la Rambla, ils ne peuvent plus accéder aux premières lignes de la grande comédie politique.

La Vanguardia est historiquement proche de Convergencia y Unio (CiU), cette grande coalition catalaniste de centre-droit qui est restée au pouvoir entre 1980 et 2003. Le journal est socialo-compatible, et le courant est bien passé pendant les années de gouvernance socialiste à la Generalitat entre 2003 et 2011.

CiU revient au pouvoir en 2011 avec Artur Mas. Exaltation au 477 de l’avenue Diagonal dans les locaux de la Vanguardia. Le dauphin de Jordi Pujol fait partie de la maison pour le journal de référence. Lola Garcia, arrivée dans l’équipe dirigeante de la Vanguardia en 2014, soutiendra médiatiquement la consultation populaire du 9 novembre 2014, ersatz de référendum indépendantiste.

La bourgeoisie catalane joue à se faire peur. Peu enclin à l’indépendance pure et dure, le journal, propriété du comte Godo, noble d’Espagne, soutient  le concept d’autoriser un référendum légal sur la question. La démarche d’Artur Mas de simuler un référendum enthousiasme la Vanguardia qui croit alors que ce sera la voie ouverte vers une négociation avec Madrid. Les oracles et analystes politiques du journal se sont lourdement trompés.

La consultation est le coup d’envoi de la course folle vers un processus indépendantiste, radical et unilatéral. C’est d’ailleurs le nouveau leitmotiv d’Artur Mas. Dans la campagne électorale de septembre 2015 , le candidat Mas évoque la constitution du nouvel état catalan en 18 mois. Lola Garcia et la Vanguardia se sentent trahis par ce président qui ne les représente plus.

L’investiture d’Artur Mas est impossible, l’extrême-gauche indépendantiste indispensable pour obtenir la majorité au parlement bloque. Le substitut sera Carles Puigdemont. Héritier d’Artur Mas, le nouveau président jette son dévolu sur la presse indépendantiste digitale. Ancien journaliste, Puigdemont pense que la presse papier a son avenir derrière elle, et penche ouvertement pour les médias indépendantistes en ligne : Naciodigital , El mon , Vilaweb , El Nacional.

Le divorce entre la Vanguardia et la Generalitat est consommé. Au fur et à mesure que la date fatidique du 27 octobre approche, la Vanguardia sous la plume du directeur Marius Carol et son adjoint Enrich Juliana suppliaient littéralement Carles Puigdemont ne pas proclamer l’indépendance. Lola Garcia sort son livre pour raconter sa vision du processus indépendantiste, rien de surprenant dans le choix du titre : “le naufrage catalan”. La journaliste s’est basée sur une métaphore du président Mas pour évoquer la traversée des eaux indépendantistes.  Garcia remonte son ouvrage aux années Mas, passant sous silence le rôle de son journal, et déroule le fait jusqu’aux élections de décembre 2018.

Pour apprécier les détails de ce feuilleton politique, l’ouvrage de Lola Garcia peut être intéressant car il est écrit de manière assez pédagogique et fluide. La journaliste essaie d’être neutre et objective, au-delà du rôle joué par son journal dans le processus indépendantiste : l’exercice est plutôt réussi. Il en ressort au final une bourgeoisie déboussolée politiquement par tout ce qu’elle a vécu ses 6 dernières années.

Héroes y traidores, Santi Vila

Santi Vila : heroes y traidores"

Santi Vila est l’unique ministre du dernier gouvernement de Carles Puigdemont qui a démissionné avant la déclaration unilatérale d’indépendance (DUI). Il sort un livre choc qui raconte les derniers jours précédant la proclamation d’indépendance : héroes y traidores.

Dans son ouvrage, Santi Vila renvoie dos à dos Mariano Rajoy et Carles Puigdemont. Le premier pour son absence de dialogue, le second pour son unilatéralisme. Le livre raconte les coulisses des négociations entre les membres du gouvernement et les entités associatives lors des derniers jours avant la proclamation d’indépendance. Les tensions entre Puigdemont et son vice-président Oriol Junqueras. Les indécisions chroniques de ces deux responsables gouvernementaux qui oscillaient chaque jour entre convoquer des élections parlementaires pour éviter l’application de l’article 155 ou faire le grand saut dans le vide qu’était la déclaration d’indépendance.

Santi Vila a quitté ses fonctions au dernier moment. La veille de la fatidique proclamation, ce qui a valu à l’ancien titulaire du portefeuille des entreprises et du commerce au sein de l’exécutif catalan d’être qualifié de traître. Vila n’a jamais caché son appartenance au groupe des souverainistes modérés, ces Catalans qui sont pour un large renforcement des compétences politiques de la Catalogne au sein de l’Espagne et qui envisagent pour certains l’indépendance de la Catalogne à long terme, après un processus progressif de plusieurs dizaines d’années.

Ce qui est surprenant, dans le cas de Santi Vila, ce n’est pas tant sa démission avant une DUI mais sa présence dans le gouvernement le plus indépendantiste de l’histoire de la Catalogne. En juillet 2017, face au jusqu’au-boutisme de Carles Puigdemont les ministres les plus frileux (Porte-Parole, Enseignement, Intérieur, Commerce, Culture) quittèrent le gouvernement. Santi Vila, lui, fit le choix de rester. Il explique son geste par le désir d’utiliser sa fonction de ministre pour tenter de dialoguer avec le gouvernement de Mariano Rajoy jusqu’au dernier instant. Ce professeur d’histoire moderne a effectivement ses entrées à Madrid.

Le livre de Santi Vila se lit facilement. Il n’échappe cependant pas aux deux écueils propres à ce genre d’exercice : il parle énormément de lui, en vantant son curriculum vitae toutes les trois pages, et balance des piques aux responsables politiques contemporains.

Escrits de presó, Joaquim Forn

Joaquim Forn : Escrits de presó 

Joaquim Forn fut le ministre de l’Intérieur le plus indépendantiste de l’histoire moderne de la Catalogne. Pourtant il n’est resté au pouvoir que trois mois et quatorze jours, du  Mossos d’Esquadra, pourrait lui coûter 17 ans de prison. Son procès se tient actuellement à Madrid.

Depuis le 2 novembre 2017, Joaquim Forn est emprisonné préventivement. Depuis le premier jour de son incarcération, il tient un journal intime qui est sorti dans les librairies le 20 septembre sous le titre “Escrits de presó” aux éditions Enciclopedia. Un livre brutal, froid et réaliste qui restera dans l’histoire de la Catalogne.

Fins que siguem lliure, Sergi Sol

Sergi Sol : “Fins que siguem lliure”

Sergi Sol est l’une des têtes pensantes du parti indépendantiste Esquerra Republicana de Catalunya (ERC).  “Fins que siguem lliure” narre les longues journées et les courtes nuits qui menèrent au référendum, à la déclaration d’indépendance et finalement à la prison avec le focus sur la personne de l’ancien vice-prèsident catalan Oriol Junqueras.

La gravité des événements commence le 1er novembre dans la nuit. Tous les membres du gouvernement Puigdemont encore présents sur le territoire espagnol doivent passer devant la juge Carmen Lamela à Madrid. Chaque ministre voyage dans une voiture particulière. Oriol Junqueras est le premier parti. A hauteur de Saragosse dans la nuit noire, l’ancien vice-président sait qu’il ne rentrera pas chez lui en Catalogne et qu’un séjour en prison l’attend. A son chauffeur, il demande de quoi écrire pour laisser une dernière note à son épouse, avant de se retrouver derrière les barreaux. Son assistant essaie de le réconforter, lui répondant qu’il n’ira pas en prison. Junqueras devient très ferme: “on ne doit pas se mentir, je vais être emprisonné”. En effet, 24 heures plus tard, le leader indépendantiste dormira dans la cellule du centre pénitentiaire de Estremera dans la banlieue de Madrid.

La comparution des ministres de Carles Puigdemont devant la juge Lamela, expliquée par Sergi Sol, est particulièrement oppressante. Après le verdict annonçant l’emprisonnement préventif immédiat, un policier passe les menottes au ministre des Affaires extérieures Raül Romeva lui attachant les bras derrière le dos. L’homme politique argue qu’il est possible de le menotter sans l’attacher par l’arrière. L’agent lui rétorque que c’est la procédure et qu’il n’y a pas de traitement de faveur. Face aux protestations de l’ancien ministre, le policier lui serre les menottes au maximum pour lui provoquer une douleur aux poignets. Comme dans les films.

A la sortie du tribunal, le gouvernement destitué se verra confisquer ses affaires personnelles. L’absence de lunettes, les mains menottées dans le dos, secoués dans un fourgon sans ceinture signent un trajet compliqué pour les anciens ministre. L’ex porte-parole Jordi Turull devra passer les premières nuits sans son appareil qui l’aide à respirer durant son sommeil, nous apprend le livre de Sergi Sol.

L’auteur narre également le transfert de Madrid en Catalogne l’été dernier, quand l’autorité pénitentiaire accepte de rapprocher les prisonniers de leur famille. Pour des raisons de sécurité, Junqueras et les anciens membres du gouvernement ne connaissent pas l’itinéraire les conduisant de Madrid à Barcelone, ni le nombre de jours qu’ils seront sur la route au gré des détours. Sergi Sol explique que Junqueras est courbé dans une fourgonnette qui mesure un mètre et cinquante centimètres de hauteur. L’ancien président peut discerner les paysages à travers une fente du camion, il raconte à ses compagnons de galère les paysages qu’il voit. Il croit reconnaître la région d’Aragon. Tous passeront la nuit, dans une geôle crasseuse. Deux jours de voyage plus tard, Junqueras arrivera finalement en Catalogne à la prison de Lledoners.

Barcelone brûle, Mathieu David


“D’après toi, pourquoi Barcelone est une ville libertaire? ” me demande Edgar. Cette ville a une énergie folle, dis-je, un feu anime ses rues baignées de soleil. Elle a l’expérience des rébellions. Les femmes sont à l’aise. Le climat est favorable. La jeunesse s’y réjouit… Barcelone, grande enchanteresse! Port ouvert sur la Méditerranée, elle a brûlé plusieurs fois au cours de ses deux mille ans, elle brûlera encore…!”

L’écrivain québécois Mathieu David livre ici un recueil de délicieuses chroniques sur la capitale catalane, nous faisant voyager à travers ses quartiers, ses habitants venus du monde entier, ses jours et ses nuits, ses personnages les plus illustres comme les plus anonymes. Un ouvrage frais et entraînant qui se dévore rapidement ou se picore lentement, chronique par chronique, selon l’envie du lecteur.

Les péchés capitaux de la politique, Olivier Beaumont

Olivier Beaumont : Les péchés capitaux de la politique

Un livre divertissant écrit par Olivier Beaumont, grand reporter au service politique du quotidien le Parisien. Un ouvrage qui dépeint la classe politique française sous ses pires travers : sexe, argent, pouvoir, vanité, colère et paresse.

Au fil des 330 pages des Péchés capitaux de la politique, on découvre un Nicolas Hulot glandouilleur, un François Fillon obsédé par l’argent, un Macron qui se voit en Roi-Soleil. Mention spéciale pour la partie “gourmandise” avec l’histoire de Jérôme Chartier particulièrement touchante. Dans les dernières pages, au chapitre luxure, on parle d’un candidat à l’élection présidentielle qui mettait tout le monde à l’aise avec sa maîtresse. Même si le nom n’est jamais cité, on reconnaîtra François Hollande en mode sans gêne.

Les passagers du RER, collectif

Collectif : les passagers du RER 

Un livre singulier qui raconte aussi la France à travers des trains de banlieues franciliens. Une des premières choses que l’on oublie de l’Ile-de-France quand on vit à Barcelone est son RER. Ici les Rodalies longent la côte et offrent de superbes vues sur la mer. La lumière resplendit dans les wagons et on se dirige vers une destination plutôt agréable, Sitges, Sant Pol de Mar ou Badalona. La sécurité, à de rares exception près, est garantie, les retards peu nombreux.

En somme le miroir inversé des RER franciliens. Ces trains de banlieues sont considérés par les Français comme le mode de transport le plus anxiogène. Un collectif d’universitaires sort aux Editions Arène un superbe livre sociétal sur ces trains et leurs passagers. Fournis en belles images et anciens articles du journal Le Monde, les passagers du RER décryptent à travers le train le visage sociétal et urbanistique de l’Ile-de-France.

 

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