« Je ne donne pas cher de ma peau » : les commerçants français de Barcelone face au Covid

par Nico Salvado

Rencontre avec 4 commerçants français qui vivent la crise du Coronavirus à Barcelone et l’absence de touristes. 

« Le spectre du confinement revient ». Jean-Christophe Burgy, propriétaire du restaurant Agust a l’impression de vivre une seconde fois le même cauchemar. « L’augmentation des cas, la peur de l’enchaînement des événements, le confinement et la fermeture de mon établissement » égrène le trentenaire.

Depuis début juillet, la saison touristique était déjà très calme à Barcelone.  « La crise sanitaire va rester dans la mémoire collective et les citoyens vont s’auto-limiter dans leurs voyages, notamment vers l’Espagne qui a eu beaucoup de cas » affirmait dans nos colonnes le 22 avril dernier, le docteur Albert Bosch, président de la Société Espagnole de Virologie. Mais depuis vendredi dernier, la capitale de la Catalogne est quasiment à l’arrêt total. Cocktail fatal de la reprise de la pandémie, des restrictions du gouvernement catalan, des différentes prises de paroles du Premier ministre français Jean Castex et des recommandations des principaux pays de ne plus se rendre à Barcelone.

« Les nouvelles inquiétantes, c’est en Catalogne que nous les générons. Comment s’étonner ensuite de la réaction des pays limitrophes ? » analyse Didier Tournon, créateur de la chaîne de salon de beauté French Kiss à Barcelone. Cependant ce Toulousain d’origine comprend la situation : « il me semble normal que les gouvernements prennent des mesures pour tenter de protéger au maximum la population, que ce soit en Catalogne ou en France. On peut que le regretter, mais pas le condamner ».

Stephane Heno,  propriétaire de l’atelier Iris Foto dans le quartier gòtic, est beaucoup plus agacé.  « On a tous de la famille en France et on sait très bien que là-bas les gens ne portent pas de masques, ne respectent pas les gestes barrières.  Ici on est constamment avec nos masques et les gens sont complètement flippés. Avec toutes ces mesures, il n’y a aucun risque à venir en Catalogne, mais à cause des infos dans les médias et des déclaration du Premier ministre français, on n’a plus personne » confie-t-il.

« Cet été nous n’aurons aucun touriste à Barcelone »

Le 13 mai dernier, le premier adjoint de la mairie de Barcelone Jaume Collboni annonçait la couleur : « cet été nous n’aurons aucun touriste dans la ville ». Peu accordaient du crédit à cette prophétie aujourd’hui réalisée.

Olivier Goldstein, journalistes sportif et guide touristique au Camp Nou, est abasourdi par la vitesse des annulations. « J’avais déjà très peu de réservations. L’après-midi même de l’annonce des restrictions du gouvernement catalan, j’ai eu 4 annulations d’affilée. La Generalitat a donné le bâton pour se faire battre. En annonçant un auto-confinement, c’était obligatoire que l’on comprenne en France que Barcelone était en quarantaine » raconte le Lyonnais.

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Le restaurant de Jean-Christophe Burgy

Le séisme économique est ressenti par tous les commerçants. « Si je dois fermer avec un nouveau confinement, financièrement je ne donne pas cher de ma peau »  souffle Jean-Christophe Burgy qui survit aujourd’hui grâce à une petite base de clients catalans fidèles. Le Palois d’origine a  réussi à créer en urgence un nouveau concept, en passant du « tout touriste gastro français » aux tapas raffinées espagnole. « Je ne m’appelle plus Agust Restaurant mais Agusto » sourit le Français.

Pour French Kiss, dont l’un des centres est situé à Portal del Angel, c’est la moitié de la clientèle qui a disparu. « On ne peut pas se permettre de fermer à nouveau tous les commerces et les entreprises, ce serait une catastrophe encore plus grande, et cette fois-ci, sans retour. Il faut donc éviter d’arriver à ces décisions extrêmes. mais le pourra-t-on ? » s’interroge Didier Tournon.

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Le salon de beauté French Kiss

Tous les ans, l’hyper-centre de Barcelone fait la une des journaux pour sa saturation touristique, son flot d’incivisme et de bruit. L’aspect de Ciutat Vella presque déserte avec un grand nombre de commerces fermés est probablement l’image qui restera de cet été 2020.

Pour Stéphane Heno, situé en plein centre historique, l’impact est majeur. Le chiffre d’affaire de son atelier photographique qui capture l’iris et l’imprime en grand format provenait à 80% du tourisme. « Chacun a une opinion en fonction de sa situation, ceux qui n’ont rien perdu pendant le confinement disent que c’est une bonne chose que les touristes ne soient plus là. Par contre pour ceux qui ont construit quelque chose ici, c’est souvent en lien avec le tourisme et ceux-la sont en train de tout perdre » poursuit le jeune entrepreneur.

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L’atelier « Iris Foto » de Stephane Heno

Avec cette pandémie, les crises s’entremêlent, sanitaire, économique, sociale. Comme à chaque grand épisode dramatique de l’histoire humaine, la tentation du bouc émissaire et de la chasse aux sorcières fait son apparition. Les réseaux sociaux diffusent une odeur nauséabonde de théories complotistes. Les médias sont régulièrement accusés d’être des Cassandres alarmistes.

Les commerçants français face au Coronavirus à Barcelone

Stéphane Heno, lui, vise les hommes politiques. « On se doute bien que la France veut comme tout le monde relancer son économie et préfère que ses ressortissants dépensent leur argent sur le territoire plutôt qu’en Espagne. C’est compréhensible mais la méthode est d’un niveau bien bas, bravo le nouveau Premier ministre, il commence fort ! » s’exaspère le Dijonnais qui vit à Barcelone depuis une dizaine d’années.

Didier Tournon, de son côté pense que la responsabilité incombent aux personnes peu civiques.  « J’ai le sentiment qu’on paye tous l’irresponsabilité de quelques-uns, et je serais favorable à des sanctions beaucoup plus fortes face aux actes d’incivilité ou d’imprudence de quelques abrutis » sentence-t-il.

Les fêtes illégales et les rassemblements dans la rue pour consommer de l’alcool sans masque, ni gestes barrières sont en effet pointées du doigts par les autorités depuis une quinzaine de jours. Elles sont désormais formellement interdites et passibles d’une amende de 15.000 euros.

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Visite du Camp Nou avec Olivier Goldstein

Le guide Olivier Goldstein, qui a perdu 90 % de sa clientèle, reste positif et invite les Français a venir visiter le Camp Nou de Barcelone. « On est tout seuls dans le stade, c’est une expérience unique dans sa vie! » s’enthousiasme cet amoureux du Barça.

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