Les 10 personnalités qui ont marqué l’Espagne en 2021

Par Nico Salvado
Espagne en 2021

Passage en revue des 10 personnalités qui ont marqué, chacune à leur manière, l’actualité de l’année 2021 en Espagne.

Pablo Hasél, le rappeur qui a incendié Barcelone

Pablo Hasél escribe un poema desde la cárcel: «Arden las calles porque antes nos quemaron» | El Correo

Le rappeur catalan a été incarcéré en février dernier pour purger une peine de neuf mois de prison ferme pour apologie du terrorisme et injures à l’encontre de la couronne et institutions. Sa condamnation concerne une chanson s’attaquant à la famille royale et 64 messages publiés sur Twitter entre 2014 et 2016, accompagnés parfois de vidéos.

Cet épisode judiciaire s’est soldé par 6 nuits d’émeutes à Barcelone provoquant plus d’un million d’euros de dégâts principalement sur le Passeig de Gracia et la Rambla.

L’ultra-conservatrice Isabel Ayuso gagne Madrid

Madrid

C’est l’équivalent de la région Île-de-France. Les près de 8 millions d’habitants de Madrid et ses 178 villes de banlieue ont  accordé en mai la victoire à Isabel Diaz Ayuso. La présidente sortante, représentante de l’aile dure du Partido Popular, a encore musclé son discours durant une campagne menée à la lisière avec l’extrême-droite.

Avec sa campagne de droite dure, mais singulière car optimiste et porteuse d’espoir (après 18 mois de Covid, elle a martèle le mot « liberté »), Ayuso marche dans les pas de la course élyséenne de Nicolas Sarkozy en 2007.  Lui aussi courait après l’électeur frontiste avec dans sa main droite le karsher, mais dans sa main gauche des mots d’espoir comme « ensemble tout devient possible » ou le « travailler plus pour gagner plus ». 

Patrick Juvet est mort à Barcelone

Patrick Juvet Barcelone

En avril, Patrick Juvet a été retrouvé sans vie dans son appartement de Barcelone. L’auteur de “Oû sont les femmes”, carton disco des années 70, assurait mener une vie sage et rangée à Barcelone, mais il n’était pas rare de le croiser dans les discothèques du centre-ville.

Malika Favre, Française de Barcelone, créatrice de l’affiche de la Mercè 2021

Photos illustratrice Merce Clementine Laurent 1 sur 3

L’illustratrice parisienne et résidente de Barcelone depuis 2018, Malika Favre, est la créatrice de l’affiche officielle des fêtes barcelonaises de la Mercè 2021. Une oeuvre unanimement saluée comme l’une des plus réussies de l’histoire du festival de Barcelone.

Manuel Valls, retour en France, d’un expatrié pas comme les autres

manuel valls maire de barceloneArrivé en fanfare en 2018 pour briguer la mairie de Barcelone, Manuel Valls en repart en mai dernier sur la pointe des pieds. « Il n’a rien dit à personne, d’ailleurs je n’ai plus trop de contacts avec lui » explique l’écrivaine Nuria Amat, fidèle soutien de l’homme politique et grande artisane de sa candidature aux municipales. Cette intellectuelle de premier plan en Catalogne raconte avoir battu campagne sans compter, et s’être souvent trouvée face à un mur lorsqu’elle prodiguait quelques conseils à Manuel Valls. « C’est difficile de parler avec lui, il était parfois très français, et pourtant il aurait pu gagner facilement » lâche-t-elle, encore amère.

Comme beaucoup d’expatriés, Manuel Valls pensait comprendre Barcelone, mais en avait manqué les nuances. « Il connaissait la Catalogne, mais comme quelqu’un qui a grandi ailleurs et n’y avait pas vécu récemment, explique le journaliste et écrivain Rafael Jorbail n’avait pas suivi tous les changements politiques des dernières années, il est arrivé avec l’image de la Barcelone de 1992« .

La polarisation de l’échiquier politique catalan, qui a débuté en 2010 et a connu son paroxysme en 2017, ne laissait pas de place à la candidature de rassemblement que voulait incarner Valls en 2018. « Les expatriés qui repartent au bout de deux ou trois ans manquent en général de préparation, ils arrivent avec une méconnaissance des réalités locales », confirme Audrey Marin-Laflèche, experte en accompagnement des nouveaux arrivants à Barcelone. Manuel Valls s’est rendu compte assez vite qu’il faisait fausse route. L’accord avec Ciudadanos, considéré en Europe comme un parti centriste, mais à Barcelone comme un parti très anti-catalan, a bloqué toute possibilité d’alliance avec les socialistes. Mais la campagne est déjà lancée et il faut tenir le rôle. Le résultat est cruel : sa liste arrive 4e du scrutin, avec seulement six élus. « Nous avons échoué, j’ai échoué » reconnait-il ce soir-là.

Mais Manuel Valls veut encore donner du sens à son engagement politique local, et contre l’avis de ses partenaires de Ciudadanos, il apporte son soutien à Ada Colau. Grâce à lui et aux socialistes, elle peut rester à la tête de la mairie. L’ex-Premier ministre français permet ainsi d’éviter que l’indépendantiste Ernest Maragall, arrivé premier du scrutin, ne devienne le nouveau maire de Barcelone.

Malgré l’échec électoral, il reste à Barcelone. Beaucoup par amour : c’est là que vit sa nouvelle compagne, la femme d’affaires Susana Gallardo. Ils se marient en septembre 2019. Manuel Valls tient son rôle de conseiller municipal, travaille ses dossiers, s’intéresse aux problématiques locales. Mais il s’ennuie. Les grandes thématiques nationales lui manquent. Lui qui en France s’était trouvé en première ligne de la lutte anti-terroriste, intervenait dans le débat sur la laïcité et s’épanouissait dans les milieux culturels, tourne en rond dans l’hôtel de ville barcelonais. « Les expatriés qui partent le plus vite sont ceux qui ne s’intègrent pas bien à l’écosystème local ou qui ne réussissent pas à valoriser leur expérience passée, indique Audrey Marin-Laflèche, notre spécialiste en expatriation, mais ils partent souvent avec une petite amertume car ils aiment la vie à Barcelone ». 

Ramon Mas : le leader des discothèques de Barcelone en première ligne contre les restrictions

boites à Barcelone

Pour les plus anciens, il reste le directeur du Becool, le mythique club des hauteurs de Barcelone fermé il y a une dizaine d’années. Pour les plus novices, c’est le créateur du D9 et du Wolf, deux concepts nocturnes de Barcelone qui connaissent un succès. Ou plutôt connaissaient en raison de la calamité Covid.

Maniant aussi bien l’espagnol, le catalan, que le français ou l’anglais, Ramon Mas est devenu le porte-parole ultra médiatique des discothèques en colère contre les restrictions anti-Covid.

José García tourne à Barcelone son prochain film

José García

« En attendant Dalí », c’est le nom du prochain long-métrage de José García qui se tourne actuellement en Catalogne. Le film réalisé par David Pujol dont le tournage a lieu sur la Costa Brava réunit José García, Pol López, Iván Messeguer et Clara Ponsot. Les scènes de tournage se déroulent à Cadaquès et à Barcelone.

La trame principale se déroule dans le Cadaquès des années 70, en plein franquisme. Deux frères, Fernando et Alberto, chefs du meilleur restaurant français de Barcelone, s’enfuient dans la jolie station balnéaire en raison des implications politiques de l’un d’eux. Dans le film, comme dans le village, l’atmosphère de Salvador Dalí est omniprésente.

Un certain retour aux sources pour la star de « La vérité si je mens ! », qui possède la double nationalité franco-espagnole et est originaire de Galice.

Nicolas Sarkozy clashè par les indépendantistes catalans

sarkozy independantistes catalans

Septembre. En déplacement à Madrid pour assister à la convention de la droite espagnole, Nicolas Sarkozy a tenu des propos virulents contre l’indépendance de la Catalogne.  « Le séparatisme [catalan] n’est pas seulement un problème pour l’Espagne, mais touche toute l’Europe car ce serait un exemple pour les autres sécessionnistes. Il n’y a qu’une seule Espagne unie, avec une capitale, qui est Madrid, et avec un roi qui représente l’unité. Cela ne peut jamais changer ». 

Sur les réseaux sociaux, la catalanosphère a immédiatement réagi pour critiquer vertement les propos de Nicolas Sarkozy, mais aussi pour le comparer à Manuel Valls et son échec dans la course à la mairie de Barcelone.

Joan Laporta élu président du Barça

Así es el programa deportivo de Joan Laporta

Après 11 ans d’absence, Laporta devient à nouveau président du F.C. Barcelone.  Le F.C. Barcelone retrouve un leader capable de hausser le ton publiquement contre tout ce qui va à l’encontre des intérêts de son Club. Les socios qui ont élu le nouveau président du Barça se sentent représentés par celui qui va dire tout haut ce qu’ils pensent tout bas dans les groupes de WhatsApp, quitte à casser quelques oeufs sur le thème de l’arbitrage s’il joue en leur défaveur – ou en faveur de l’adversaire, surtout s’il s’agit du Real Madrid.

L’immense toile déployée en face du Bernabeu, en plein coeur de la capitale du pays, avec la photo de Laporta et le slogan « J’ai très envie de vous revoir », a d’ailleurs fait mouche.  Profitant de son aura de président d’un F.C. Barcelone triomphant, Laporta s’est fait élire en 2010 au Parlement Catalan au sein du parti qu’il avait créé pour l’occasion, Solidaritat Catalana per la Independència. Le nouveau président du Barça comulgue donc avec les idées de la Generalitat fraîchement élue.

Une proximité qui est une aubaine pour les dirigeants politiques au pouvoir, même si pendant la campagne Laporta a dit qu’il se voulait rassembleur de tous les courants politiques. Il sait cependant l’importance d’être bien mis avec la direction politique de la catalane.

Christian Marion, nouveau directeur de la Chambre de Commerce française de Barcelone

christian marion chambre de commerce barcelone

L’entrepreneur, diplômé de l’Ecole de Commerce de Reims et de l’ICADE à Madrid, a succédé le lundi 1er mars à Philippe Saman qui après 40 ans à la direction de la Chambre de Commerce française de Barcelone est parti à la retraite, mais non sans avoir soigneusement choisi et formé son successeur. Christian Marion connait bien la maison : il y a travaillé durant 12 ans au sein du département de Services aux Entreprises. Il était ensuite devenu directeur de la toute nouvelle French Tech Barcelona, avant de se lancer lui-même dans l’entrepreneuriat en créant la start-up Famileo.

Avec un tel parcours, le jeune quadragénaire réunissait toutes les qualités attendues du prochain directeur de la CCI française. Plus une : « sa mère est catalane et son père est français, il a donc toujours baigné dans cette double culture, les différences de codes sont pour lui parfaitement intégrées » explique Philippe Saman. Christian Marion indique quant à lui vouloir veiller à ce que l’institution continue de jouer un rôle majeur sur la scène économique franco-espagnole et devienne tout aussi active dans la nouvelle économie « en créant des ponts entre start-ups et grandes entreprises ».

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